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Culture - Flash Design

Lina Karam et Sarah Saleh : de l’art (graphique) à la mode, et vice versa...

Deux designers graphistes libanaises à l'étranger. L'une installée à Paris, l'autre temporairement à Milan. De générations, styles et parcours différents, elles partagent une même (furieuse) envie de s'exprimer artistiquement et librement.

Lina Karam dans son univers de motifs et couleurs.

Retour à la peinture pour Lina
Dans son atelier parisien situé juste en face du musée Picasso, Lina Karam, grande brune classieuse d'origine libanaise installée en France depuis 40 ans, peint inlassablement de grandes toiles. Des huiles, toutes en mélanges de motifs, couleurs et lumière, qui restent pour la plupart d'inspiration très méditerranéenne. Vagues, fleurs, effigies antiques, gouttelettes miroitantes ou encore coquillages s'allient, se juxtaposent, se superposent aussi par endroits, sur ses toiles, dans une ronde picturale fantasque, libre et exubérante... Trois adjectifs qui peuvent s'appliquer aussi bien à la peinture de Lina Karam qu'à sa personnalité.
Car avant de s'isoler dans le calme de son atelier, cette artiste et designer libano-française de 58 ans a vécu frénétiquement les aléas et ivresses du milieu de la mode dans les années 80 et 90.
Diplômée en graphisme de la Met de Penninghen et en dessin d'anatomie de l'École des beaux-arts de Paris, elle se lance fiévreusement, au début des années quatre-vingt, dans la peinture et tâte aussi, occasionnellement, de l'illustration de mode. Ses toiles aux associations de motifs et figures hétéroclites attirent l'attention d'un grand groupe d'industrie textile du luxe. On lui commande des dessins pour des tissus. C'est ainsi qu'au hasard des rencontres avec des artistes, designers et stylistes de grandes maisons, elle se retrouve à collaborer (pour la création de motifs textiles) avec les studios d'Yves Saint Laurent, de Giambattista Valli pour Ungaro, de Gucci époque Tom Ford... Grâce à ce dernier, « avec qui j'ai travaillé plusieurs saisons », signale-t-elle, elle acquiert une certaine renommée dans le milieu.

 

(Lire aussi : Marc Dibeh transporte son « Badaro, rue du Musée » à Paris)

 

« Je dessinais à main levée toutes sortes de motifs... Qui se sont transformées en vitrines, en tapis, en cartons d'invitation, en sacs, en foulards, en vêtements, comme cette jupe YSL (vintage, un modèle de la collection 1998) que je porte, dit-elle. Et puis, après avoir fait le tour de cette industrie, après avoir vécu à fond cette période de créativité extraordinaire dans le monde de la mode, je me suis lassée d'être derrière la scène. Et ma vraie passion a fini par me rattraper il y a une dizaine d'années. » Un retour à la peinture qui lui ouvre de nouvelles portes. À l'instar de celles (virtuelles) de la galerie Saatchi en ligne qui désormais expose ses œuvres. « Deux de mes toiles ont particulièrement été appréciées : Shells and Pink Heart et Ondulations mythologiques. J'ai aussi participé à la dernière Biennale de Venise. Et je participe à deux expositions collectives en septembre, « le Salon des artistes du 3e arrondissement de Paris » et « Art Projects » à la galerie Yvon Lambert. En me consacrant totalement à ma carrière de peintre, je réalise enfin le rêve de mes débuts », confie la dame. Quand à la mode, même si Lina Karam s'en est éloignée, celle-ci la rattrape toujours, à travers des demandes de collaborations ponctuelles, avec de grands groupes comme Zara ou Deborah Make Up. Ce dernier l'a d'ailleurs élue artiste de l'année 2016 au Salon du design de Milan pour le packaging pimpant qu'elle a concocté à ses bâtons de rouge à lèvres.

 

(Lire aussi : « Stay at Home », de Beyrouth à Milan)

 

Les collages de Sarah la rebelle
Une bouille qui a gardé les rondeurs de l'enfance, mais de la détermination plein les yeux... À tout juste 20 ans, Sarah Saleh sait ce qu'elle veut et comment l'exprimer. Cette étudiante en 3e année de graphic design et art direction à la Nuova Accademia Di Belle Arti (Naba) à Milan, est férue d'art graphique mais, encore plus, d'art tout court. Résolue à se lancer dans « la photo editing, tout en expérimentant, en parallèle, un art plus manuel », la jeune fille a réuni ces deux univers dans sa toute première exposition intitulée « AkuPunkture », présentée à Milan au mois de juin.
Sur le thème de la femme assujettie, voire martyrisée, par les diktats de la mode et de l'apparence, Sarah Saleh a réalisé une série de collages-photomontages détournant les images retouchées des magazines ainsi qu'une installation élaborée à partir d'objets récupérés (mannequin de couture, bouchons de bouteille, fils et photos...), formant une caricature tridimensionnelle des stéréotypes de la beauté sur papier glacé. L'ensemble de l'œuvre est provocant et émotionnel et se situe dans la mouvance en vogue actuellement du mélange de bricolage fait main, de photographie et de remaniement numérique.
La jeune graphiste rebelle déstructure ainsi le mythe de la perfection physique qui corsète et aliène la femme contemporaine et lui inflige mille et un aiguillons... « Qu'elle soit italienne obsédée par la mode ou libanaise botoxée », affirme sans ambages cette graine d'artiste. Laquelle a exposé son travail au Lume (Laboratorio universitario metropolitano), un lieu où étudiants, artistes et intellectuels se rejoignent dans une même quête, exigeante, d'un art soutenu par une réflexion engagée. Talent à suivre.

 

 

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