Des cuves de stockage d'hydrocabrus dans la périphérie de Tripoli au Liban-Nord. Photo d'illustration de notre correspondant au Liban-Nord Michel Hallak
Le Liban pourrait bientôt devenir une plateforme d'exportation du pétrole irakien en Méditerranée orientale si plusieurs étapes décisives sont franchies dans les semaines à venir, a déclaré à L'Orient-Le Jour le ministre de l'Énergie et de l'Eau, Joe Saddi, précisant ainsi des informations relayées par les médias.
Pour contourner les blocages et les perturbations du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz - où passait la majorité du pétrole irakien - depuis le début de la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l'Iran, l'Irak a commencé à exporter une partie de son pétrole par voie terrestre via la Syrie. Le brut pourrait prochainement être acheminé par camions-citernes jusqu'à Tripoli, où il serait déchargé, stocké puis réexporté par voie maritime.
« Un accord de principe a été conclu lors de la dernière visite en Irak (en juillet) de la délégation menée par le Premier ministre Nawaf Salam, à laquelle j'ai participé », explique Joe Saddi. « Depuis, des experts irakiens ont été dépêchés pour inspecter les réservoirs des installations pétrolières de Tripoli. Si tout se passe bien d'ici une quinzaine de jours, nous y verrons plus clair sur la suite. »
Les travaux nécessaires seront ensuite programmés et les modalités du futur contrat fixées. La SOMO, l'agence étatique chargé de la commercialisation du pétrole irakien, a conclu plusieurs accords avec des sociétés étrangères, notamment avec l'Américain Halliburton pour accroître la production de pétrole. Elle a également attribué à quatre négociants irakiens des contrats portant sur l'acheminement d'environ 650 000 tonnes de fioul par mois via la Syrie depuis avril 2026. Il n'est donc pas encore clair, à ce stade, qui sera le cocontractant du Liban.
Pas de fourniture de fuel à EDL
Les autorités libanaises devront également préparer les postes-frontières concernés pour accueillir les camions-citernes et harmoniser les procédures douanières et sécuritaires. Hasard du calendrier, des travaux de réhabilitation du poste-frontière de Arida, au Liban-Nord, ont été lancés cette semaine.
Si l'accord de principe débouche sur un accord ferme, le pétrole irakien commencera à transiter par le Liban dans les semaines ou les mois à venir, en fonction de la durée des travaux. Le ministre doit se rendre lundi aux installations pétrolières de Tripoli pour inspecter les citernes. Le futur contrat n'inclura enfin aucune clause prévoyant la fourniture de carburant à Électricité du Liban (EDL), le pétrole irakien n'étant pas compatible avec les centrales du pays.
Le contrat de fourniture de carburant entre EDL et l'État irakien, lancé au plus fort de la crise en juin 2021 et renouvelé à plusieurs reprises, n'a pas été reconduit à son échéance. Depuis, EDL s'approvisionne par appels d'offres. En janvier, le ministère avait annoncé que le fournisseur émirati Energin DMCC fournirait du carburant à EDL pendant cinq mois.
Ce contrat, retardé par la guerre, prévoit une dernière livraison de carburant la semaine prochaine. Deux autres cargaisons, issues d'un appel d'offres remporté par une autre société, doivent être livrées entre la fin août et septembre. Un nouvel appel d'offres vient par ailleurs d'être lancé afin d'assurer la continuité de l'approvisionnement, selon le ministère.
Pour le Liban, dont la crise financière déclenchée en 2019 n'a toujours pas été résolue et qui doit trouver plusieurs milliards de dollars pour financer la reconstruction des zones détruites par Israël lors de la nouvelle guerre avec le Hezbollah, en cours depuis le 2 mars, un partenariat avec des acteurs irakiens constituerait un bon moyen de faire entrer des fonds dans les caisses de l'État et de valoriser ses infrastructures énergétiques.
L'Irak, de son côté, estime avoir perdu entre 40 et 45 milliards de dollars de revenus depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, en raison d'une chute de 90 % de ses exportations de pétrole provoquée par la fermeture du détroit d'Ormuz. Contraint de réduire fortement sa production, il ne peut plus exporter son brut que via la Turquie et la Syrie, selon des déclarations faites il y a deux semaines par Muzhar Saleh, conseiller du Premier ministre irakien.
Lors de son déplacement au Liban-Nord, le ministre constatera également l'état d'avancement des travaux de rénovation du tronçon du gazoduc reliant le Liban à la Syrie, par lequel le pays espère recevoir du gaz pour alimenter ses centrales. Il se rendra aussi à la centrale électrique de Deir Ammar afin de vérifier que les unités de production fonctionnant au gaz sont opérationnelles.
La transition d'EDL au gaz est un des principaux axes de diversification des sources d'énergie au Liban que le ministère tente actuellement de mettre en oeuvre.

