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Moyen Orient et Monde

Raison garder

Commentaire
19/07/2016

Le XXe siècle a été celui de toutes les horreurs. Celui des guerres mondiales, des totalitarismes, des crises nucléaires, des camps de concentration, des goulags, des purges, des famines... Ensemble, le nazisme, le stalinisme, le fascisme, le maoïsme et la plupart des mouvements qui se sont revendiqués de ces idéologies ont fauché des centaines de millions de vies. L'homme a alors fait preuve d'une totale inhumanité et a risqué de causer sa propre perte.

Cette histoire, nous la connaissons par cœur. Elle nous a été transmise par nos parents, par nos grand-parents ou par nos arrière-grand-parents. Elle fait partie de chacun de nous. Nous semblons pourtant complètement l'oublier, ou l'occulter, au moment d'affronter à notre tour les périls de notre temps.
Nous semblons oublier ce qu'un homme est capable de faire par idéologie. Nous semblons oublier que la terreur fait partie prenante de notre histoire et que le monde que l'on qualifie aujourd'hui « de fou » l'était déjà hier.

Confrontés à de nouvelles menaces, nous oublions l'obscurité de notre passé et nous réagissons uniquement avec notre mémoire immédiate et en fonction de nos émotions. Les réactions aux derniers attentats qui ont touché jeudi soir la ville de Nice en sont le dernier exemple en date : on redécouvre l'horreur avec aberration, on ne comprend pas le pourquoi ni le comment, on se dit que le monde est fou et qu'il court à sa perte. Notre réaction est profondément paradoxale : nous ne comprenons pas ce qui se passe et pourtant nous en exagérons largement la portée.

 

(Lire aussi : Attentat de Nice: le profil "radical" du tueur se précise, climat politique délétère en France)

 

Pas le plus grand défi de l'époque
Contrairement aux totalitarismes du XXe siècle, le jihadisme n'est pas une menace existentielle pour le monde. Il ne compte que quelques dizaines de milliers de partisans, et, malgré sa volonté de faire le plus de morts possible, il ne tue chaque année « que » – avec tout le respect que l'on doit aux victimes et à leurs proches – quelques milliers de personnes.

Le jihadisme n'est pas le plus grand défi de notre époque. La crise de l'environnement, la crise démographique, l'éclatement du Moyen-Orient, les risques nucléaires, l'hubris de plusieurs dirigeants sur la planète sont, pour ne citer qu'eux, des menaces beaucoup plus importantes. Mais parce qu'il provoque chez nous des réactions disproportionnées et irrationnelles, le jihadisme a un écho supérieur à toutes les autres menaces et ses effets sont destructeurs. Chaque nouvel attentat impacte nos sociétés, renforce leurs dérives sécuritaires et bellicistes, et fait le jeu des courants les plus extrêmes et des postures les plus populistes. En instrumentalisant nos peurs, les attentats font ressortir nos plus bas instincts, nous divisent et nous font perdre la raison. En d'autres termes : ils exploitent nos failles.

 

(Lire aussi : David, Linda, Mehdi, Véronique... Qui sont les victimes de l'attentat de Nice?)

 

C'est parce que ces failles sont présentes que ces attentats sont possibles et que leurs répercussions prennent cette importance. L'État islamique (EI) a su exploiter le chaos moyen-oriental et l'extrême tension qui dicte les relations sunnito-chiites depuis quelques années. Il a également su exploiter la crise de sens qui touche l'Occident depuis la disparition des dernières idéologies modernes, l'hypocrisie de certaines politiques étrangères menées par ces pays et la difficile intégration des communautés musulmanes au sein de cet ensemble. Ce sont nos propres failles qui nous affaiblissent : les mouvements jihadistes ne font que les mettre en exergue et les exploiter, tel un virus dans un système informatique.

Le jihadisme est sans doute la menace la plus spectaculaire, mais également la plus incomprise. Nous avons énormément de mal à concevoir qu'un homme puisse vouloir mourir en tuant le plus de monde possible au nom de Dieu. Nous avons énormément de mal à démêler les nombreux fils qui forment la toile jihadiste, saisir leurs interactions et comprendre leurs évolutions et mutations.

Comment alors combattre un adversaire, qui nous connaît par cœur – puisqu'il est issu de nos sociétés –, dont nous n'arrivons pas à saisir la logique ? Chercher une solution miracle ou bien nous contenter de désigner un bouc émissaire – l'islam, le wahhabisme, la pauvreté, la classe politique, les médias – ne servira à rien. C'est uniquement en comprenant réellement le phénomène, en admettant que nous allons devoir vivre avec pendant des années sans en exagérer l'importance, en nous adaptant sans renier nos propres valeurs que nous arriverons à combattre efficacement le jihadisme. En opposant au culte de la mort le culte de la vie...

 

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AIGLEPERçANT

Si je disais tout simplement que les rescapés d'hier sont devenus les nazis d'aujourd'hui, sur d'autres victimes qui n'ont rien à voir avec les génocides exécutés en europe, ça passe comme ça ou bien on censure ?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TRES BON ARTICLE ! ET LES HURLUBERLUS FANATIQUES ET OBTUS SE DEMANDENT ET CRITIQUENT POURQUOI ON RETOURNE A L,HISTOIRE... OUBLIANT QUE L,AME HUMAINE NE CHANGE PAS ET QU,AINSI L,HISTOIRE SE REPETE SOUS DES FORMES DIVERSES... MAIS ELLE SE REPETE... DES NERON... DES HITLER ET DES BERIA ET STALINE L,HUMANITE EN A VU, EN VOIT ET EN VERRA ENCORE !!!!

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