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L'Orient Littéraire

L'insultant sultan syrien

Photo D.R.

La Question syrienne est l’œuvre d’une grande figure intellectuelle de l’opposition syrienne, Yassin al-Haj Saleh, médecin de formation, qui a passé 16 ans en prison sous le règne de Hafez el-Assad. Ses deux frères ont été enlevés par Daech, avec le père jésuite Paolo Dall’Oglio, à Raqqa, sa ville natale. Sa femme, elle, est enlevée à Ghouta, la banlieue agricole de Damas, par les rebelles salafistes de l’Armée de l’islam. 
 
Haj-Saleh incarne dans sa vie le drame de l’opposition démocratique syrienne prise en étau entre la férocité d’un régime qui n’hésite pas à détruire le pays et la sauvagerie d’une opposition jihadiste.
 
Cet ouvrage est riche d’enseignements et d’informations sur le soulèvement syrien, ses raisons, son évolution et l’émergence d’une structure nihiliste marquée par une violence excessive, une religiosité sévère et la perte de confiance dans le monde extérieur. La convergence de ces trois facteurs est en passe d’engendrer un mouvement nihiliste islamique de type el-Qaëda, l’islam récupérant le terrain perdu par l’arabité après sa transformation en doctrine officielle.
 
Le développement de ce nihilisme islamique en Syrie résulte de la réunion de trois facteurs : la violence extrême utilisée par le régime pour briser « la révolution pacifique des gens ordinaires », l’échec de l’opposition, minée par ses dissensions internes, à présenter une vision collective et un projet consistant, et l’absence de soutien extérieur. L’auteur est particulièrement dur à l’égard de la communauté internationale qui a perdu tout sens moral et toute crédibilité, fabriquant par sa démission et son refus d’assumer ses responsabilités une « question syrienne » qui comme avant elle, la question d’Orient, la question juive ou la question palestinienne « enferme les peuples dans des labyrinthes dont ils sont forcés de chercher l’issue leur vie durant ».
 
Yassin al-Haj Saleh fait la description d’un autre nihilisme, celui pratiqué par le régime et cela à partir d’un slogan, « al-Assad ou personne ». La « théorie » du régime suppose qu’il existe un pays nommé la « Syrie d’Assad » dont dispose le propriétaire, Assad, comme de son bien privé. Le propriétaire de la « Syrie d’Assad » réussit dans sa mission car il dispose d’une « machine », l’État, qui se charge de tuer, torturer, humilier… Cette machine s’évertue à démontrer le caractère exceptionnel, la sagesse et le génie du propriétaire de l’État. Sa légitimité repose non pas sur la loi, mais sur son unicité et sa supériorité qui le rendent irremplaçable.
 
La « Syrie d’Assad » est un programme politique en soi dont l’objectif est de déposséder les opposants de la moindre légitimité nationale. L’opposant est nécessairement un traitre, car il n’y a pas d’autre Syrie que celle d’Assad. Rompre le lien entre le général, la Syrie et le spécifique, Assad, équivaut à la destruction de l’entité. L’expression « Assad ou personne » doit être entendue comme la condition même de l’existence de la Syrie. 
 
L’auteur conclut par une analyse remarquable de la nature du régime d’Assad, « le sultan moderne », qui allie despotisme, communautarisme et clanisme en un État, « l’État sultanien », fondé sur la notion d’« éternité » qui se traduit par la dévolution héréditaire du pouvoir. Cet État est composé en fait de deux États, l’un apparent, dépourvu de pouvoir, et l’autre occulte, détenant un pouvoir de décision illimité. Cet État occulte est fondé sur le communautarisme que le régime a fabriqué et érigé en mode de gouvernement, de rétribution et de division et qu’il tente aujourd’hui d’utiliser pour se présenter comme le défenseur des minorités, notamment chrétiennes.
 
Ce chapitre est important pour tous ceux qui cherchent à comprendre le rôle du régime syrien dans la guerre libanaise. Beaucoup se souviennent de ce portrait géant du président Hafez el-Assad au barrage de l’armée syrienne à Madfoun (entre Jbeil et Batroun) avec la mention : « Avec toi pour l’éternité et après l’éternité. » Le message est clair aussi bien pour les Libanais que pour les Syriens : l’« éternité » est acquise, portez désormais votre attention sur l’« après éternité ».

 

BIBLIOGRAPHIE
La Question syrienne de Yassin al-Haj Saleh, Actes Sud/Sinbad, 2016, 240 p.

 

 

Lire l'intégralité de L'Orient Littéraire ici.


La Question syrienne est l’œuvre d’une grande figure intellectuelle de l’opposition syrienne, Yassin al-Haj Saleh, médecin de formation, qui a passé 16 ans en prison sous le règne de Hafez el-Assad. Ses deux frères ont été enlevés par Daech, avec le père jésuite Paolo Dall’Oglio, à Raqqa, sa ville natale. Sa femme, elle, est enlevée à Ghouta, la banlieue agricole de...

commentaires (5)

MERCI AUSSI A MESSIEURS FRANGIEH ET SALEH DE NOUS RAPPELER CE QUE NOUS LIBANAIS VIVANT DANS LE PAYS AVIONS ENDURE DE CE REGIME REPRESSIF QUI DETRUIT DEPUIS PLUS DE CINQ ANS SON PAYS ET MASSACRE SANS PITIE, AVEC SES ACCESSOIRES, SES PROPRES CITOYENS...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

16 h 51, le 17 juillet 2016

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Commentaires (5)

  • MERCI AUSSI A MESSIEURS FRANGIEH ET SALEH DE NOUS RAPPELER CE QUE NOUS LIBANAIS VIVANT DANS LE PAYS AVIONS ENDURE DE CE REGIME REPRESSIF QUI DETRUIT DEPUIS PLUS DE CINQ ANS SON PAYS ET MASSACRE SANS PITIE, AVEC SES ACCESSOIRES, SES PROPRES CITOYENS...

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    16 h 51, le 17 juillet 2016

  • wow wow wow ... mais laissez moi affirmer ici qlq chose .. il faut illuminer les gens petit a petit car comme on dit dans notre groupe : trop de lumiere aveugle !! mille merci a l'OLJ, Mr Frangieh et Mr Saleh pour nous avoir indiquer cet ouvrage c'est tres fort, et oui la syrie des assad sont les INVENTEURS DE CE CONCEPT DE TOTALITARISME BIEN SUR IL Y EN A D'AUTRE SAUF QUE LES AUTRES NE METTRONT JAMAIS LEUR PAYS A FEU ET A SANG POUR RESTER AU POUVOIR mouahaha !!!

    Bery tus

    15 h 43, le 17 juillet 2016

  • J'ai rien compris, à ce verbiage " politico/anti/pour" n'importe quiet quoi...! bon à suivre ...

    M.V.

    13 h 45, le 17 juillet 2016

  • Une très description d'une famille qui s'est appropriée un pays en imposant une dictature hors du commun. Hitler disposait de Gobbels pour envouter le peuple allemand. La famille Assad a mis en place la plus détestable des méthodes : police secrète, fichage des opposants, emprisonnement sans jugement des opposants, tortures pour parvenir à massacrer son peuple, obligeant le peuple syrien à fuir ces atrocités, détruisant le pays pour mettre à genoux les opposants, Avec l'appui de la Russie et de l'Iran, la mollesse d'un Obama, le petit Hitler peut y parvenir avec les regrets traditionnels de l'ONU et les doux jugements d'un Obama Dans la situation actuelle du MO Bashar El Assad est un tout petit pion et tout le monde se trompe d'ennemi : Daesch en profite, dispose de finances, et de moyens militaires pour prolonger ses méfaits pour des années. Malheureusement, les syriens restés "fidèle" à cette famille d'assassins n'ont aucun moyen de les chasser : ils sont bien encadrés, surveillés et gare à la moindre révolte ou absence d'aller voter. On est très loin de la guerre contre Israel et de l'aide à apporter au peuple palestinien. Les arabes n'ont pas compris qu'ils ne peuvent pas compter sur les russes, iraniens ou américains Il n'y aura pas de miracles dans la solution de paix au MO mais encore beaucoup de morts, innocents. Triste d'évoquer un tel avenir, sans aucun pessimisme

    FAKHOURI

    13 h 33, le 17 juillet 2016

  • Un article qu'on aurait pu faire sur d'autres dirigeants , mais qu'on osera pas , parce qu'on fait partie d'un clan , soi même.

    FRIK-A-FRAK

    12 h 22, le 17 juillet 2016