Le candidat du parti Horizons à l’élection présidentielle française de 2027, Édouard Philippe, testant un simulateur de vol lors d’une visite au Congrès national des sapeurs-pompiers, à La Roche-sur-Foron, le 1er octobre 2026. Photo Olivier Chassignole / AFP
Un robot qui va éteindre le feu au coeur de l'incendie. Un camion « augmenté » par l'Intelligence artificielle (IA) devenu à lui seul un centre de commandement... Les pompiers, réunis en congrès, s'interrogent sur l'intégration des nouvelles technologies qui promettent de reconfigurer leur rôle et leurs casernes.
Installé au World Rescue and Protection Exhibition, à La Roche-sur-Foron (Haute-Savoie), sur les contreforts du massif des Bornes, le 132e congrès annuel des sapeurs-pompiers a servi jeudi d'écrin à la démonstration des avancées technologiques qui s'apprêtent à inonder les « casernes du futur ». L'Intelligence artificielle, les drones, la robotique, la prédiction, les véhicules connectés seront bientôt partout dans le quotidien des soldats du feu, mais « la technologie ne remplacera pas le sapeur-pompier », promet toutefois la Fédération des sapeurs-pompiers. « Elle doit lui permettre d'anticiper davantage, de décider plus vite, de s'exposer moins et d'intervenir plus efficacement », a-t-elle ajouté.
Le congrès, qui s'est ouvert mercredi en plein bras de fer entre pompiers et gouvernement, a fait place jeudi au défilé des véhicules augmentés et des entreprises technologiques venues vanter leurs dernières innovations. À l'instar du Renault 4 électrique rouge pompiers, surmonté de drones longue portée et bardé de capteurs reliés à de l'Intelligence artificielle, déjà testé en avril à Paris mais pas encore produit à échelle industrielle.
« Supers pouvoirs »
Le véhicule, « ancré avec les besoins du terrain », est équipé d'un « écosystème complet et intégré » au service des pompiers, ce qui en fait une voiture « transformée et augmentée en centre de commandement », a vanté jeudi Laurence Bechon, représentante du groupe Renault au sein du conglomérat Software République, un groupement d'entreprises dont font également partie les Français Thalès et Dassault Systèmes.
Le géant des réseaux sociaux Meta aussi est venu présenter « le champ des possibles » et proposer aux pompiers de leur fournir « des super pouvoirs », notamment avec ses nouveaux bracelets et lunettes virtuelles pas encore commercialisés, qui peuvent permettre de contrôler un événement « façon Minority Report », le film de science-fiction à l'époque futuriste de Steven Spielberg, comme décrit par le chercheur en IA de l'entreprise, Christian Keller.
Autant d'innovations et de possibilités ouvertes par l'intégration de l'IA qui sont à la fois « enthousiasmantes et effrayantes », a observé le Colonel Ludovic Inès, directeur adjoint de l'Entente Valabre, un établissement public spécialisé dans la prévention et la gestion des risques naturels.
« Approche humaine »
« On a un déversoir de choses dont on n'imaginait même pas que ça pouvait exister, mais la question c'est : qu'est-ce qu'on veut en faire, et comment le sapeur-pompier, qui doit garder une approche humaine, va utiliser cette technologie à bon escient ? », a-t-il interrogé. Prenant l'exemple des feux de forêt, le Colonel Inès a développé: « Quand on commence à mettre bout à bout des données satellitaires, l'historique (du territoire), la traduction de tout ça par l'IA... derrière, on doit avoir une aide pour que in fine, un être humain prenne la décision ».
« En bon pompier, je me dis : est-ce que tout ça va faire partir plus vite un camion ? », a pour sa part freiné le sapeur-pompier volontaire Marc Riedel, par ailleurs PDG de l'entreprise AUM Biosync. « Il y a un foisonnement tel qu'on se demande à quoi ça sert si on n'est pas capable de digérer cette masse d'informations », a-t-il ajouté.
Les sapeurs-pompiers ont par ailleurs débattu de la possibilité, à l'avenir, d'envoyer des robots pour éteindre des incendies. Pour le Colonel Ludovic Inès, l'idée présente a minima un avantage: au coeur des incendies en forêt, la puissance dégagée par le feu est telle qu'elle « ne permet pas à un humain d'intervenir à moins de 400 mètres, sinon c'est un accident mortel », quel que soit l'équipement porté.
« Donc qu'est-ce qu'on fait ? », a-t-il encore interrogé. « On attend le feu ? Ou alors on profite de l'innovation technique ? »
