Entretien express

« Par ces messages sur les réseaux sociaux, ils célébraient la mort de Français »

Les garde-côtes patrouillant hier, dans la baie des Anges à Nice. Giuseppe Cacace/AFP

Peu de temps après l'attentat sanglant perpétré à Nice, qui a coûté la vie à au moins 84 personnes, les partisans de l'État islamique (EI) se sont réjouis sur les réseaux sociaux. L'un deux a notamment twitté : « Le bilan s'élève à 62 croisés et infidèles français tués à Nice, en France. Dieu est grand ! Dieu est grand ! » L'attentat n'a pourtant pas été revendiqué. Que célèbrent alors les partisans de l'EI ? Pourront-ils être condamnés pour apologie du terrorisme ? Romain Caillet, chercheur et consultant sur les questions islamistes, répond aux questions de L'Orient-Le Jour.

Il y a eu des explosions de joie de la part des partisans de l'EI sur les réseaux sociaux. Est-ce qu'il y a eu davantage de réactions de leur part que pour les précédents attentats sur le sol français cette année ?
Évidemment, il y a eu plus d'effusion de joie pour les attentats de Nice, parce qu'il a une ampleur plus importante, et de nombreux tués. Il y a notamment des Américains qui ont été tués. Ce n'est pas du tout la même portée que l'assassinat des deux policiers à Magnanville.

Les partisans de l'EI célèbrent-ils la mort de Français ou bien sont-ils persuadés que l'attentat a été perpétré par cette organisation jihadiste ?
Ce qui est paradoxal, c'est que les journalistes guettaient les revendications de l'EI, et les partisans de même. Par ces messages sur les réseaux sociaux, ils célébraient la mort de Français, et plus généralement d'Occidentaux.

 

(Diaporama : Un 14 Juillet cauchemardesque à Nice : l'horreur, en images)

 

Les posts sur les réseaux sociaux relèvent-ils de l'apologie du terrorisme? Si oui, peuvent-ils être poursuivis pour cela ?
Les jihadistes arabophones se sont organisés notamment sur Telegram (une application de messagerie sécurisée, privilégiée par les jihadistes), afin de diffuser le maximum de chants jihadistes en français ou d’infographies menaçant la France. C’est clair qu’il y a apologie du terrorisme sans aucune ambiguïté. Cependant, la plupart des comptes sont en arabe et domiciliés à l’étranger, il n’y a pas de moyens de poursuivre. Les francophones pro-EI ont été un peu plus en retrait, car les jihadistes français qui sont en Syrie twittent de moins en moins (notamment pour des raisons de sécurité), et que les autres, ceux qui sont toujours en France, ont peur des poursuites judiciaires. Leur attitude sur les réseaux sociaux est comparable à celle qu’ils avaient eue après les attentats du 13 novembre, sauf que cette fois il n’y a pas encore eu de revendication de l’EI.


(Lire aussi : Une question (parmi d'autres) : comment le camion a-t-il pu entrer sur la Promenade des Anglais ?)

 

L'EI a-t-il commandité cet attentat ?
Il faut rester prudent, car il ne faut pas interpréter outre mesure les rares éléments qui filtrent de l’enquête pour le moment. S’il n’y a pas encore eu de revendication de l’EI, il est clair que l’attentat n’a pas été organisé directement par le groupe jihadiste. Après, est-ce que l’auteur de l’attentat a réellement été inspiré par l’EI, ou bien s’agit-il d’un déséquilibré ? Car hormis le fait qu’il ait tiré, le mode opératoire ressemble beaucoup à ce qui aurait pu arriver de pire quand le 22 décembre 2014, un déséquilibré avait foncé sur le marché de Noël à Nantes. Il y a également l’hypothèse que ce soit el-Qaëda. Rappelons que le principal leader francophone pro-Front al-Nosra (la branche syrienne d’el-Qaëda), Omar Omsen, est originaire de Nice. En 2010, dans la revue anglophone Inspire, éditée par AQPA, recommandait d’utiliser un camion afin de foncer sur la foule. Cela dit, aujourd’hui la majorité des jihadistes sont plutôt pro-EI que pro-el-Qaëda

 

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