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Liban

Au palais de Beiteddine, pour ne pas oublier Palmyre

Exposition

Amputée de ses plus beaux temples et de son arc de triomphe, la ville de Palmyre montre désormais un tout autre visage. Les photos exposées au palais de Beiteddine rendent compte de l'étendue des dégâts. Et tentent de préserver la mémoire.

May MAKAREM | OLJ
16/07/2016

Palmyre était le joyau de la Syrie antique. Vieille de plus de 2 000 ans, classée au patrimoine mondial de l'humanité, elle a été partiellement détruite par les terroristes du groupe État islamique qui s'était emparé de la cité en mai 2015. Bien que les experts estiment que « 80 % des ruines sont en bon état », le reste représente une perte considérable. En effet, l'EI a réduit en poussière les plus beaux temples de Palmyre, ceux de Bêl et Baalshamine, des tours funéraires uniques au monde ainsi que le lion d'al-Lât et le célèbre arc de triomphe. Dans une scénographie signée Nada Zeineh, 39 photographies présentent les vestiges avant et après le passage des jihadistes de Daech, dévoilant de visu l'offense faite à Palmyre.

Pour l'occasion, trois bustes palmyriens, prêtés par le musée de l'Université américaine de Beyrouth, y sont exposés. L'accrochage est également accompagné d'un film documentaire sur Palmyre et d'un catalogue édité par Michel Maqdissi, responsable des fouilles et des études archéologiques de Syrie de 2000 à 2012, et de la Polonaise Eva Ishaq, en collaboration avec Amélie Beyhum et le Festival de Beiteddine. L'ouvrage rassemble sur 188 pages illustrées des articles, des témoignages et des documents de 28 archéologues, tels Jean-Louis Huot (Le passé oriental, une mémoire en perdition), Marc Lebeau (Le drame syrien, chronique d'un désastre annoncé), Annie Sartre (Palmyre, anéantissement d'une archéologie), Maurice Sartre (Palmyre, un désastre pour l'histoire), Roof A. Stucky (Le temple de Baalshamine à Palmyre), ou encore Jean-Paul Thalmann, Frank Braemer, Michel Gawlikowski, Janine Abdel Massih et Cheikhmous Ali, directeur de l'Association pour la protection de l'archéologie syrienne (Apsa). Dans une partie intitulée « Désastre partagé », Philippe Marquis témoigne de la catastrophe archéologique en Afghanistan ;
Béatrice André-Salvini de celle en Irak, et Leila Badre se penche sur « Lebanon Archeology and War ». Au sommaire également, Mari, Apamée, Douros-Europos, Tell Afis et le massacre des musées syriens, ainsi que le trafic et l'ampleur du pillage.

Symbole d'une destruction culturelle
Au fil des cimaises, on constate que du sanctuaire de Bêl (32 après J.-C.), monument majeur de la cité de Palmyre, il ne reste que l'encadrement de l'entrée principale. Avec Baalbeck, c'était le plus beau temple du Moyen-Orient romain. Construit en pierre calcaire ocre, il était cerné d'une enceinte de 210 mètres de long et entouré de plus de 375 colonnes de 18 mètres de haut, dont certaines ont l'air d'avoir résisté. Sa cella (espace sacré), dynamité par l'EI le 30 août 2015, était un exemple exceptionnel de l'art palmyrien. Disparus ses grands linteaux sur lesquels étaient sculptées des femmes, avec leurs manteaux les recouvrant de la tête aux pieds, et des Palmyréniens en tenues militaires romaines, symboles de la force et de la puissance.

De la cella du temple de Baalshamine, il ne reste que quatre colonnes. Jusque-là, l'état de conservation de ce petit temple d'ordre corinthien construit en 130 après J.-C. était « presque intact ; ce qui lui a valu l'entrée dans tous les manuels d'architecture antique », selon l'archéologue Rolf A. Stucky.
À ces destructions s'ajoute celle de l'arc monumental, également appelé l'arc de triomphe. De ce vestige datant de l'empereur romain Septime Sévère (IIIe siècle) ne subsiste que deux piliers. La partie centrale et les arches sont à terre. Situé à l'entrée de la rue à colonnades du centre historique, l'arc s'ouvre sur une rue longue de 1 100 mètres bordée de colonnades, qui relie les principaux monuments publics, dont l'agora, le théâtre, les ruines des bains de l'empereur Dioclétien, les temples de Nébo et d'al-Lât. Ces édifices n'apparaissent pas sur le cliché, mais les experts affirment qu'ils sont en bon état, ainsi que la colonnade.

Dans la vallée des tombeaux-tours, sept monuments funéraires ont été pulvérisés. Datant du Ier siècle de notre ère, ces tours en grès à plusieurs étages étaient les tombeaux des familles riches qui contrôlaient le commerce caravanier entre l'Euphrate et la Méditerranée. « Ils témoignent de remarquables méthodes de décorations et de construction, et figurent parmi les monuments les plus représentatifs du site archéologique de Palmyre. » Les fresques des plafonds évoquaient la voûte céleste, et aux scènes de banquets qui décoraient les murs étaient accolés les bustes sculptés des défunts. Chaque tour pouvait contenir une quarantaine de défunts.

Le lion de Palmyre, dit lion d'Athéna, montait la garde à l'entrée du musée. Il n'a pas résisté aux coups de marteau de Daech. En pierre calcaire, datant du Ier siècle avant J.-C., ce vestige, découvert en 1977 dans le temple d'Allat par une mission archéologique polonaise, est une imposante statue de trois mètres de haut pesant plus de 15 tonnes. Les fragments éparpillés ont été ramassés et gardés précieusement pour permettre de « redonner vie à cette statue », comme l'affirment les archéologues Bartosz Markowski et Robert Zukowski à l'AFP. « Seule la partie entourant la narine aura besoin de rajouts. » Quant aux pièces archéologiques conservées dans le musée, « si quatre cents d'entre elles avaient pu être expédiées loin des affrontements, les statues les plus lourdes ainsi que les bas-reliefs ont été tout simplement saccagés ».

Un désastre archéologique
La citadelle arabe ou Qala't Ibn Maan, forteresse arabe du XIIe et du XVIIe siècle qui domine la cité de Palmyre, a aussi souffert des pilonnages. Selon Annie Sartre, « lors de la reprise du site à Daech en mars 2016 par l'armée du régime et ses alliés russes et iraniens, des bombardements ont gravement endommagé la citadelle. Un grand pan de la muraille s'est effondré et d'autres parties du bâti ont été détruites ». Cet imposant château est signalé dans une chronique arabe du XIIIe siècle qui en attribue la construction à l'émir de Homs, al-Malik al-Mujahid Shirkuh, en 1229. Il fut remanié et renforcé au XVIIe siècle par l'émir libanais Fakhreddine qui étendit ses possessions jusqu'à Palmyre.

Outre Palmyre qui a payé un lourd tribut à la guerre, des sites archéologiques d'une valeur estimable ont été mis à sac par tous les belligérants – régime, rebelles, jihadistes – et même par les habitants. Se basant sur des images satellitaires, l'Institut des Nations unies pour la formation et la recherche (Unitar) a repéré 24 sites détruits, 104 ayant subi des dégâts importants et 84 des dommages partiels tandis que 77 autres sont probablement ravagés. Pour ne citer que quelques exemples, dans la région de Hassaké (Nord-Est), l'EI a détruit des statues assyriennes du Ier millénaire. À Doura Europos, la « Pompéi du désert », le panorama est, semble-t-il, méconnaissable en raison du pillage. En outre, Apamée, joyau archéologique romain célèbre pour son cardo maximus (l'axe principal de la ville), a été largement pillé. Quatorze mille trous de fouilles sauvages y ont été répertoriés. La Syrie qui se noie de plus en plus dans la violence va-t-elle perdre sa mémoire ?

 

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