Liban

Le travail des enfants dans l’agriculture en nette hausse au Liban : l’OIT tire la sonnette d’alarme

Rapport
OLJ
14/07/2016

L'agriculture est un métier dangereux. Et pourtant, au pays du Cèdre qui héberge des centaines de milliers de réfugiés ayant fui la guerre en Syrie, on assiste à une augmentation du travail de l'enfance dans le secteur agricole. Dans un rapport, l'Organisation internationale du travail (OIT) tire la sonnette d'alarme.
Les mots utilisés dans ce rapport sont éloquents. Kowsar Ibrahim n'a que 12 ans. Le soleil n'est pas encore levé que cette petite réfugiée d'Alep taille déjà la vigne. Elle travaillera plusieurs heures pour 6 000 LL. Mais elle ne remettra pas toute la somme à ses parents. Un chawiche en prélèvera 2 000 LL, en guise de commission. La fillette préfère ce travail à la collecte des pommes de terre. « C'est bien mieux et puis il y a de l'ombre », dit-elle. « Ramasser des pommes de terre, c'est travailler dans les champs au soleil. C'est très dur. Je cueille les pommes de terre, je les mets dans des sacs de 20 kg. Et puis je dois porter ces sacs au point de collecte », raconte-t-elle.
Dans sa ville, avant la guerre, la fillette n'avait jamais travaillé de la sorte. Mais depuis que sa famille a fui le conflit il y a trois ans pour se réfugier dans la Békaa, la petite Kowsar doit aider sa famille. Selon la porte-parole de l'OIT, Hayat Osseirane, « le nombre d'enfants qui travaillent a sensiblement augmenté depuis la crise des réfugiés syriens. C'est la pauvreté qui force les familles à compter sur leurs enfants pour survivre », explique-t-elle. Et de préciser que les enfants réfugiés dans la Békaa travaillent principalement dans l'agriculture, l'une des pires formes de travail de l'enfance. « C'est une forme de servitude. C'est totalement inacceptable sur le plan humanitaire et totalement interdit par la Convention 182 de l'OIT », martèle Mme Osseirane. Car mis à part la fatigue physique, les enfants sont exposés aux pesticides. Kawsar, comme tant d'autres enfants, se plaint d'eczéma. « Parfois aussi j'attrape froid ou je souffre de difficultés respiratoires. Je travaille sans protection aucune », raconte la fillette. « De telles expositions peuvent provoquer des empoisonnements et entraîner à long terme des problèmes respiratoires », assure la spécialiste en santé publique à l'AUB Rana Barazi-Tabbara.

Chiffres dramatiques
Les petits Syriens ne sont pas seuls à travailler. « Entre 2009 et 2016, le nombre d'enfants libanais qui travaillent dans les champs a triplé », affirme un spécialiste de l'Unicef, Carlos Bohorquez.
Certes, aucune statistique officielle ne permet de connaître le nombre exact d'enfants qui travaillent au Liban, qu'ils soient Libanais, Syriens ou autre. Le ministère de l'Éducation constate toutefois un taux élevé de décrochage scolaire des élèves libanais. « L'année dernière, 10 000 élèves ont abandonné l'école », affirme Sonia Khoury, directrice du projet Race qui vise à assurer l'éducation à tous les enfants. Au niveau des élèves syriens, les chiffres sont encore plus dramatiques. Sur 482 000 enfants en âge d'aller à l'école, seulement 33 % sont scolarisés. Il faut dire aussi qu'il y a une corrélation entre la saison de la récolte et l'absentéisme des écoliers. « Nous constatons 2 000 à 3 000 absences à cette période », observe Mme Khoury.
Dans un souci de sensibiliser aux dangers du travail des enfants dans l'agriculture, considéré comme l'un des trois secteurs les plus dangereux pour la santé et la sécurité des enfants, l'OIT multiplie les actions, comme cette fête dans le village de Saadnayel dans la Békaa, qui a permis aux enfants de s'adonner à des activités artistiques liées au travail de l'enfance.
La loi protège mal les enfants qui travaillent au Liban. Elle autorise même le travail de l'enfant dans certains travaux agricoles dès l'âge de dix ans, notamment au sein des exploitations familiales. « Une faille qu'il est urgent de combler », conclut la responsable de l'unité de travail de l'enfance auprès du ministère du Travail, Nazha Challita.

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