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Alarmes d’Orient

D'aucuns le disaient chargé de présents : entre autres largesses, un président flambant neuf, plat somptueux servi sur un plateau d'argent et nappé d'une sauce française alliant avec un surprenant bonheur caviar iranien et dattes d'Arabie. En réalité, Jean-Marc Ayrault n'avait rien d'autre à offrir qu'un vigoureux et fort bienvenu témoignage d'amicale préoccupation, assorti de pressants appels au dialogue interne et au compromis : l'élection d'un chef d'État ne pouvant être, selon lui, que le fruit d'une entente entre Libanais.


La France n'a certes pas les mêmes moyens diplomatiques, économiques et militaires que d'autres puissances. C'est au niveau de l'attachement sincère à la pérennité du Liban qu'elle se classe, en revanche, au tout premier rang des nations. Aux Nations unies, elle se bat, tel un coq gaulois, pour chaque particule des innombrables résolutions relatives à notre pays. Elle est la locomotive du groupe international rassemblant les amis du Liban. Et des centaines de ses fils continuent, depuis des décennies, de risquer leur vie au sein de la force onusienne stationnée à la frontière sud.


Tant de sollicitude traduit aussi, veut-on croire, un certain sentiment de responsabilité envers ce petit pays qu'elle avait façonné de ses propres mains. À plus d'un titre, un Liban privé, depuis plus de deux ans déjà, de président de la République est un ouvrage inachevé, sinon raté. Car il ne s'agit plus, comme en 1943, de rassurer la communauté maronite en lui réservant une place prépondérante dans l'édifice institutionnel libanais.

La gageure, aujourd'hui, consiste à sauvegarder un modèle de coexistence islamo-chrétienne, un symbole menacé d'extinction, dans un Levant en proie à la violence et aux dérives religieuses. Dans ce cadre s'inscrit d'ailleurs la rencontre prolongée qu'a eue hier, à Bkerké, avec les chefs des Églises locales, le ministre français des AE. C'est ce message de solidarité qu'a transmis aux patriarches et évêques le représentant d'une France républicaine, et donc jalouse de sa laïcité, et qui s'alarme néanmoins de l'exode massif des chrétiens d'Orient : qui ne craint pas surtout, comme l'a montré Jean-Marc Ayrault, de clamer son inquiétude.
Inquiète, la France l'est visiblement aussi des retombées de la crise syrienne sur notre pays, qu'est venue aggraver (pour ne pas dire appeler) l'équipée du Hezbollah aux côtés du régime Assad. En incluant la milice dans les nombreux contacts bilatéraux qu'il a eus à Beyrouth, le ministre français a certes fait preuve de réalisme, s'agissant là en effet d'une force politique majeure, première responsable, de surcroît, du blocage de la présidentielle. Il n'empêche que cette entrevue a replacé en mémoire ce flou artistique dont s'entoure l'Union européenne pour classer comme terroriste la seule aile militaire du Hezbollah...


Non moins bizarre – et lourde de périls cette fois – est la politique européenne visant à fixer provisoirement les réfugiés syriens au plus près de leur pays : et à assister financièrement les pays d'accueil, en attendant le jour béni où ces infortunés pourront regagner leurs foyers. Or le minuscule Liban n'est pas un de ces pays fortement peuplés et capables d'intégrer ou d'assimiler, sans grand mal, réfugiés et migrants. Il n'est pas la Turquie, dont le président offre la citoyenneté à ses hôtes en espérant en faire des électeurs reconnaissants : manœuvre déjà opérée à plus modeste échelle, et sans trop s'encombrer de scrupules, par certain ministre libanais de l'Intérieur des années 90. Aucun de tous ces pays ne se voit inviter à héberger une misérable masse représentant le quart de sa population. Abritant de longue date un demi-million de réfugiés palestiniens, c'est bien de ce provisoire qui dure qu'est déjà malade le Liban.

Issa GORAIEB
[email protected]


D'aucuns le disaient chargé de présents : entre autres largesses, un président flambant neuf, plat somptueux servi sur un plateau d'argent et nappé d'une sauce française alliant avec un surprenant bonheur caviar iranien et dattes d'Arabie. En réalité, Jean-Marc Ayrault n'avait rien d'autre à offrir qu'un vigoureux et fort bienvenu témoignage d'amicale préoccupation, assorti de...