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Moyen Orient et Monde

Les chiites bahreïnis, « otages » du conflit entre Riyad et Téhéran

Éclairage

La répression pourrait pousser la communauté majoritaire à se radicaliser.

24/06/2016

Petite monarchie du Golfe, Bahreïn ne fait pas habituellement les gros titres de la presse internationale. Ces dernières semaines, toutefois, de nouvelles mesures contre l'opposition chiite ont fait couler beaucoup d'encre.
En 2011 déjà, en pleine vague de soulèvements populaires dans la région, le mouvement de contestation de cette communauté majoritaire à Bahreïn (plus de 70 % de la population est chiite, contrairement à la famille régnante, qui est sunnite) avait été très vite étouffé dans l'œuf par les autorités, largement aidées par des troupes saoudiennes. Depuis, les pourparlers entre al-Wefaq, principal groupe d'opposition, et le pouvoir sont tombés à l'eau et les activités du mouvement chiite ont même été suspendues pendant quelques mois à l'automne 2014. De nombreux activistes ont été emprisonnés, comme Nabil Rajab, militant des droits de l'homme et président du Centre bahreïni des droits de l'homme, arrêté pour la énième fois à la mi-juin pour avoir entre autres « répandu de fausses rumeurs » dans le but de susciter des troubles à Bahreïn.

Ces mesures répressives, habituelles dans la monarchie, ont pris une tournure nouvelle, néanmoins, avec la déchéance de nationalité lundi du plus haut dignitaire chiite du pays, cheikh Issa Qassem, par le ministère de l'Intérieur. Ce dernier l'accuse notamment d'« encourager le confessionnalisme » et de « servir des intérêts étrangers », en une allusion évidente à l'Iran, accusé de vouloir instaurer une république islamique dans la monarchie. La déchéance de nationalité est d'ailleurs courante à Bahreïn, et aurait été utilisée contre plus de 200 personnes (défenseurs des droits de l'homme, journalistes, activistes, médecins...) depuis début 2015 seulement, selon un document du 22 juin de Human Rights Watch (HRW).

Pour David Rigoulet-Roze, chercheur rattaché à l'Institut français d'analyse stratégique, et rédacteur en chef de la revue Orients stratégiques, la question chiite est pour la famille régnante, les al-Khalifa, « un sujet ultrasensible, surtout dans le contexte actuel régional de polarisation confessionnelle ». « Compte tenu des tensions entre Riyad et Téhéran, l'idée est donc d'éviter de donner la moindre impression de faiblesse et cela va effectivement dans le sens d'un renforcement de la répression », explique le chercheur à L'Orient-Le Jour.

(Lire aussi : Vives tensions à Bahreïn après la déchéance de nationalité d'un chef chiite)

 

Nouveau tournant ?
Du côté iranien, la réponse ne s'est pas fait attendre et a été virulente. Fait inédit, le général Qassem Souleimani, haut responsable des gardiens de la révolution, corps d'élite de l'armée iranienne, a prévenu que les autorités de Bahreïn ont franchi une « ligne rouge » en s'attaquant à cheikh Qassem, ce qui, d'après un communiqué publié par l'agence de presse iranienne Fars, « ne laissera d'autre choix au peuple que de recourir à la résistance armée ». Cette déclaration n'est « pas anodine » et représente une « provocation », estime M. Rigoulet-Roze. Celui-ci rappelle aussi que les sunnites sont minoritaires dans cette monarchie, dont la famille régnante tente de développer ce qu'il qualifie de « logique de naturalisation » de non-Bahreïnis dans le but d'équilibrer la donne face à une majorité chiite.

 

(Lire aussi : Prison et retrait de nationalité pour huit chiites coupables d'avoir fondé le "Hezbollah bahreïni")

 

La communauté chiite se retrouve donc « otage », selon les termes du chercheur, de la guerre froide et/ou par procuration qui fait rage entre l'Arabie saoudite et l'Iran à plus d'un égard, et sur plus d'un champ de bataille dans la région (Yémen, Syrie....). D'autant plus que le cheikh Qassem « n'a jamais poussé la communauté chiite (à la violence) »... Les derniers développements marquent donc un nouveau tournant pour la contestation bahreïnie qui pourrait dégénérer. Comme en 2011, il est évident que l'Arabie saoudite apporterait tout son soutien aux Khalifa, qui depuis lundi déjà répriment violemment les manifestations organisées quotidiennement par des partisans du cheikh Qassem, surtout dans son village natal de Diraz. Les autorités ne peuvent ignorer les risques que représentent de telles mesures, qui pourraient alors pousser de nombreux chiites, qui déjà s'estiment lésés par la famille régnante, à la radicalisation et peut-être même à des actes de plus en plus violents.

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TOUS LES CHIITES DES PAYS ARABES SONT VICTIMES DE L,EXPANSIONNISME PERSE QUI LES UTILISE... RELIGION ET DESAPPARTENANCE Y FACILITANT LES CHOSES... CONTRE LEURS PAYS DANS LE BUT CHIMERIQUE D,ASSEOIR LEUR INFLUENCE SUR TOUS LEUR VOISINS ARABES...

BOSS QUI BOSSE

WHATTTTTTTTTTTT ??????????????

COMME UNE CONNERIE PEUT ENTRAÎNER UNE AUTRE, ON DIRA QUE LE PEUPLE SYRIEN SUNNITE EST L'OTAGE DU CONFLIT ENTRE L'IRAN NPR ET LA bensaoudie aux abois. ..

Non mais c'est vrai quoi , d'un côté c'est un peuple qui se soulève et de l'autre un peuple pris en otage ??????????? WHAT ????????????

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