Kawthar, réfugiée syrienne, 17 ans actuellement, a été violée par son mari, trois jours après son mariage. Elle avait 15 ans. Elle a divorcé un mois plus tard. Kawthar est originaire de Homs. Elle est arrivée il y a trois ans au Liban. Elle habite avec sa famille maternelle dans un camp de Bar Élias, une localité sunnite qui compte 30 000 habitants, 10 000 réfugiés palestiniens et 100 000 réfugiés syriens.
Kawthar est la cadette d'une famille de cinq filles, dont les deux aînées sont mariées sans problèmes. Ses parents sont divorcés et son père, qui est actuellement réfugié en Jordanie, ne s'occupe pas d'eux.
C'est au téléphone que Kawthar, avec sa petite voix, livre son témoignage à L'Orient-Le Jour :
« Mon père ne s'est jamais occupé de nous. Quand nous sommes arrivés au Liban, nous étions dans le besoin. J'ai dit à ma mère que je me marierai, comme ça je ne serai plus un fardeau pour elle. Quand l'entremetteuse est venue, elle m'a parlé d'un homme qui a 28 ans, lui aussi réfugié et originaire de Homs, mais habitant un autre camp que Bar Élias.
« On s'est fiancés durant un mois. Je ne l'aimais pas mais je voulais aider ma famille. Le jour du mariage, il n'est pas venu me chercher. Il a envoyé l'un de ses frères chez nous et il a refusé que ma famille vienne avec nous pour la zaffé. J'étais triste.
« Je me suis refusée à lui durant trois jours. J'appréhendais ce moment. Puis, le troisième jour, vers midi, il est entré avec ses trois sœurs dans la chambre où j'étais. Nous habitions avec sa famille, sous la même tente. Ses sœurs sont des femmes mariées et ont plus de trente ans. Elles ont tenté une première fois de me ligoter, je me suis défendue avec des ciseaux, et j'ai ameuté les voisins avec mes cris. Elles m'ont ôté les ciseaux, et simultanément l'une m'a bâillonnée avec un hijab, les deux autres m'ont attaché les mains chacune avec un hijab et elles ont tiré de toutes leurs forces comme pour m'écarteler. Elles ont pu m'immobiliser. Lui a essayé de me prendre, il n'a pas réussi. C'est sa sœur qui est donc intervenue, elle m'a prise avec les doigts et puis lui a recommencé. Toute sa famille était là. Les voisins aussi. »
Le lendemain, Kawthar appelle sa mère, mais elle reste avec son mari un mois. Elle rentre ensuite chez elle, et un mois plus tard elle divorce.
Plusieurs associations connaissent l'histoire de Kawthar, qui est prise en charge par Kafa. Résiliente, la jeune fille parle des belles choses qui lui sont arrivées depuis son divorce, comme l'ouverture d'un salon de coiffure qu'elle a cependant fermé par manque de clients, le remariage de sa mère avec un réfugié déjà marié mais qui aide cependant la famille, et surtout ses stages chez Kafa. Kawthar, qui refuse de se remarier désormais malgré les nombreux prétendants, a suivi deux stages de photographie. Elle rêve de devenir photographe professionnelle.
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