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Liban - Tribune

Quel avenir pour les réfugiés syriens du Liban ?

Le conflit syrien, qui entame à présent sa sixième année, a abouti à une crise sans précédent, avec 4,8 millions de réfugiés dans la région et 13,5 millions de personnes directement affectées en Syrie. La guerre dans le pays voisin a eu un impact profond sur le Liban et des répercussions aux niveaux de la sécurité, de l'économie et de la société. La population et les institutions libanaises ont généreusement ouvert leurs portes et accueilli plus d'un million de réfugiés syriens, en répondant à leurs besoins et ceux des communautés qui les ont accueillis. Offrir des services publics de qualité, tels que l'éducation ou les soins de santé primaires, tant aux Libanais – surtout les plus démunis – qu'aux Syriens, est un véritable défi. Mais le Liban a relevé ce défi avec humanité et courage politique.

Dans ce contexte, et après plusieurs années d'exil, la situation des réfugiés syriens au Liban se détériore rapidement. Leurs économies épuisées, ils se retrouvent piégés dans un cercle vicieux de pauvreté extrême, à peine capables de survivre au quotidien. Plus de 70 pour cent vivent actuellement en dessous du seuil de pauvreté national avec moins de 4 dollars par jour, et la plupart ont accumulé des dettes allant jusqu'à 950 dollars par famille, simplement pour subvenir à leurs besoins les plus élémentaires, tels que payer leur nourriture, médicaments et loyer. Les Libanais, eux aussi, ont été gravement affectés par le conflit syrien, avec une économie en récession et une hausse du chômage, en particulier chez les jeunes.
Le soutien de la communauté internationale a été inébranlable : plus de 3,4 milliards de dollars ont été alloués au Liban depuis 2013 et 35 000 réfugiés ont été réinstallés à partir du Liban dans d'autres pays. Malgré tout, l'aide demeure malheureusement insuffisante par rapport aux besoins croissants des réfugiés dont les ressources propres s'amenuisent de jour en jour. Le gouvernement libanais et ses partenaires humanitaires ont demandé 2,48 milliards de dollars cette année dans le cadre du Plan de réponse à la crise pour 2016 (LCRP), le principal appel de fonds adressé à la communauté internationale.

(Lire aussi : Réfugiés syriens : un tableau noir, des ambiguïtés et une absence de stratégie...)

Alors que la cessation des hostilités – qui tient tant bien que mal depuis le 27 février – et le chemin semé d'embûches vers la table de négociations laissent entrevoir une lueur d'espoir, seul un règlement politique de la crise syrienne sera en mesure d'instaurer la paix et la sécurité. Cela répondra aux préoccupations de la population libanaise ainsi qu'à celles de chaque réfugié syrien.

Les réfugiés n'ont qu'un souhait : rentrer, en toute sécurité, dans le pays duquel ils ont été arrachés. C'est ce que me disent chaque jour les réfugiés que je rencontre : ils sont pleinement conscients que leur séjour au Liban est temporaire – juste le temps nécessaire pour assurer leur protection.

En attendant, ces réfugiés doivent survivre en exil et ceux qui les accueillent doivent être soutenus, que ce soit les familles libanaises les assistant ou les institutions fournissant les services de base qui sont si nécessaires à leur survie. Dans ce contexte, l'aide humanitaire ne sera jamais suffisante ;
le soutien à la stabilisation est également nécessaire. La Conférence de soutien à la Syrie et la région, qui s'est déroulée à Londres en février, a démontré que la communauté internationale et les pays d'accueil de la région se mobilisent pour aborder cette crise ensemble avec des ressources et des initiatives supplémentaires. Cela présente une occasion rare qu'il s'agit maintenant de saisir.

(Lire aussi : L’Onu cherche des pays d’accueil pour un demi-million de réfugiés syriens)

Le soutien à l'économie et aux infrastructures libanaises devrait contribuer à la création d'emplois pour ceux qui en ont le plus besoin dans les zones défavorisées, y compris pour les Syriens dans les secteurs économiques où ils ont traditionnellement répondu à une demande sans entrer en concurrence avec la main- d'œuvre libanaise. Cela les aiderait à préserver leur niveau de survie et payer leurs factures. Maintenir leur titre de séjour légal au Liban constitue une préoccupation majeure pour les réfugiés. À l'heure actuelle, beaucoup sont incapables de renouveler leur permis de séjour en raison du coût et des documents requis. Leur souci quotidien est de rester à flot et de garder leurs papiers en ordre.

Au-delà des besoins immédiats, à quoi ressemble l'avenir pour les réfugiés syriens ? La réinstallation dans un pays tiers est une solution, et elle est en cours. L'an dernier, les pays ont doublé le nombre de places disponibles pour permettre aux réfugiés syriens de quitter le Liban légalement. La réinstallation constitue un filet de sécurité pour les personnes les plus vulnérables : les victimes de torture et celles ayant subi des traumatismes graves liés au conflit, les femmes élevant seules leur famille ou les patients souffrant d'une maladie grave qui ne peut être traitée localement. Le HCR demande à la communauté internationale de multiplier les possibilités offertes aux réfugiés en dehors de la région, que ce soit à travers des bourses d'études, des permis de travail ou d'autres programmes d'admission humanitaire temporaire.

Ceci dit, tout le monde – y compris les réfugiés eux-mêmes – s'accorde sur le fait que la solution principale pour les réfugiés consiste en un retour chez eux aussitôt que les conditions le permettront. Et les réfugiés s'empresseront sur cette voie dès lors qu'ils ne courront plus de risques dans leur pays. J'en ai été témoin à maintes reprises à travers le monde. Au fil des décennies, le HCR a aidé plus de 40 millions de réfugiés à rentrer chez eux. Notre soutien va en effet au-delà de l'assistance aux réfugiés en exil ; le but ultime est toujours de trouver des solutions. La paix en Syrie déclenchera une série de programmes considérables d'assistance, de la part du HCR et d'autres acteurs humanitaires, afin d'aider les réfugiés à rentrer chez eux et de faciliter leur réintégration, et ce pendant plusieurs années après leur retour. Peu à peu, ils reprendront leur vie normale – forts de la solidarité qu'ils ont connue dans des pays comme le Liban durant leurs dures années d'exil.

* Représentante au Liban du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR)

Le conflit syrien, qui entame à présent sa sixième année, a abouti à une crise sans précédent, avec 4,8 millions de réfugiés dans la région et 13,5 millions de personnes directement affectées en Syrie. La guerre dans le pays voisin a eu un impact profond sur le Liban et des répercussions aux niveaux de la sécurité, de l'économie et de la société. La population et les institutions...
commentaires (5)

Chère Mireille Girard, Les réfugiés palestiniens sont venus au Liban en 1948, soit depuis 68 ans. Ils y sont encore. Les réfugiés syriens sont venus depuis l'an 2000. Ils repartiront chez eux en 2080 au moins.

Un Libanais

18 h 57, le 03 octobre 2016

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Commentaires (5)

  • Chère Mireille Girard, Les réfugiés palestiniens sont venus au Liban en 1948, soit depuis 68 ans. Ils y sont encore. Les réfugiés syriens sont venus depuis l'an 2000. Ils repartiront chez eux en 2080 au moins.

    Un Libanais

    18 h 57, le 03 octobre 2016

  • L'avenir des réfugiés syriens ne pourra être qu'en Syrie libérée par les résistants du héros Bashar et ses alliés. Tant que subsistera la moindre bactérie salafowahabite importée de ben saoudie il ne.pourra y avoir de paix ni pour eux ni pour nous ni pour le monde.

    FRIK-A-FRAK

    18 h 49, le 11 avril 2016

  • NOUS LES PORTERONS SUR NOTRE BOSSE POUR LONGTEMPS AVEC LE MINCE ESPOIR DE LES VOIR RETOURNER TOUS UN JOUR DANS LEUR PAYS...

    LA LIBRE EXPRESSION

    10 h 01, le 11 avril 2016

  • Oui, mais äâïynéeh, ceci n'est pas l'avis du ministré aux affaires étrangères libanais, le "fameux" béSSîîîl !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    08 h 05, le 11 avril 2016

  • Dans l'espoir que ce fameux jour de retour arrivera le plus vite possible...

    NAUFAL SORAYA

    07 h 22, le 11 avril 2016

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