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Société - Université Libanaise

Le Parlement autorise le recteur de l’UL à briguer un nouveau mandat ; la loi fait polémique

Le mandat de Bassam Badran arrive à échéance le 12 octobre prochain. La loi initiale ne lui permettait pas de présenter sa candidature pour deux mandats consécutifs.

Le Parlement autorise le recteur de l’UL à briguer un nouveau mandat ; la loi fait polémique

Le recteur de l'Université libanaise, Bassam Badran à son bureau. Photo d'archives Anne-Marie El-Hage/ L'Orient-Le Jour

Le Parlement libanais réuni jeudi en séance plénière a accordé au recteur de l’Université libanaise, Bassam Badran, le droit de se représenter pour un nouveau mandat de cinq ans non renouvelable, alors que selon le statut de l’université publique, le recteur ne peut cumuler les mandats consécutifs. Au vu du tollé suscité par cette perspective parmi certains groupes parlementaires (Forces libanaises, Kataëb, contestataires) qui ont dénoncé une procédure « sur mesure » au bénéfice de la communauté chiite, elle a été conditionnée par la formation préalable du Conseil de l’université, organisme décisionnel de 38 doyens, professeurs, représentants de l’exécutif, inexistant depuis 2018. Une tâche difficile qui incombe au gouvernement, profondément divisé sur la question. Le législatif a dans ce cadre prorogé de six mois le mandat du recteur qui arrive à échéance le 12 octobre prochain.

« La loi a été modifiée pour accorder au président de l’UL le droit de se porter candidat pour un second mandat, à la condition que sa nomination coïncide avec celle du Conseil de l’université, avec un délai supplémentaire de six mois accordé au Conseil des ministres pour finaliser ces nominations et les publier par un décret unique », a annoncé sur X le rapporteur de la Commission parlementaire de l’Éducation, Edgard Traboulsi.

A L’Orient-Le Jour, ce dernier explique que l’adoption du texte fait suite au dépôt d’une proposition de loi autorisant le renouvellement du mandat du recteur de l’UL, par les députés Achraf Beydoun (chiite, proche du président du Parlement Nabih Berry), Hassan Mrad (président de la commission parlementaire, un sunnite proche du tandem chiite Amal-Hezbollah), ainsi que par lui-même au nom du Courant patriotique libre. « Vu l’opposition de certains parlementaires, cette proposition de loi a été amendée et liée à la nomination du Conseil de l’université sur proposition du chef du CPL Gebran Bassil. Elle a alors été adoptée quasiment à l’unanimité », se félicite M. Traboulsi, évoquant une dizaine de voix contre seulement.

Continuité de l'institution ou atteinte à la gouvernance ?

L’objectif d’un tel texte est « la continuité et la stabilité » de l’institution, assure le député, dans un contexte d’incertitude sécuritaire et de conflits à répétition entre Israël et le Hezbollah.

Si la loi a bien été votée et entrera en vigueur dès sa publication dans le Journal officiel, la polémique ne faiblit pas. « Scandaleux ! », a réagi la députée Halimé Kaakour issue de la contestation populaire qui dénonce « une loi dangereuse, taillée sur mesure pour maintenir une personne en poste, qui va à l’encontre du principe de la bonne gouvernance et risque d’entraîner un problème structurel au sein de l’UL ». « Cette loi ouvre de plus la voie à un conflit d’intérêt, car le recteur gère l’élection du Conseil alors qu’il est candidat », gronde-t-elle, évoquant « un marché entre toutes les parties communautaires du Parlement au détriment du principe de l’alternance des pouvoirs consacré par l'accord de Taëf ».

Même refus de la députée Najat Aoun Saliba également issue du soulèvement populaire qui s’interroge sur le « timing » de la loi, « en dernière minute, au moment du départ du recteur afin de lui permettre de travailler 10 ans au lieu de 5 ». « Un renouvellement de mandat doit se dérouler en début et non en fin de mandat », fait-elle remarquer. La députée rappelle aussi qu’« en l’absence du Conseil de l’université, c’est le recteur qui prend les décisions importantes, d’où le conflit d’intérêt lié à sa décision de rester ou pas ». Elle s’insurge aussi contre « l’absence de bilan du mandat du recteur Badran, alors que des professeurs de l’UL ont élevé la voix contre des infractions ou des injustices qu’il aurait commises ».

Contacté par L’OLJ, Bassam Badran, qui n’a jamais caché sa proximité avec le président du Parlement, rappelle que la loi précédente accordait déjà au recteur la possibilité de se présenter plus d’une fois, « à la condition que les mandats ne soient pas consécutifs ». « La loi adoptée par la quasi-totalité des députés présents permettra d’assurer la continuité, en autorisant le recteur à présenter sa candidature parmi 5 candidats et mener sa stratégie à bien, s’il est élu », affirme-t-il. Parmi ses réalisations, « la construction de nouveaux campus universitaires à Zahlé notamment, la revalorisation des salaires des professeurs qui avaient fondu durant la crise financière de 2019, et l’intégration au cadre des professeurs vacataires à plein temps ». Alors que les élections estudiantines étaient interrompues depuis 20 ans, le recteur assure aussi avoir préparé le terrain pour qu’elles se déroulent le 27 mars dernier. « La date avait été annoncée. La guerre en a décidé autrement », se désole-t-il, espérant reprogrammer le scrutin dès que possible.

Au-delà de la polémique, quel constat sur le plan sociologique ? Pour Hala Awada, maître de conférences à l’Institut de sciences sociales de l’UL, en cherchant à éviter une paralysie institutionnelle à la tête de la seule université publique du Liban, « le Parlement ne fait que reporter l’issue de six mois ». « Le devenir de la présidence de l’UL est conditionné à un accord politique global portant sur l’ensemble des nominations du Conseil de l’université », souligne-t-elle.

Dépendance de l'université vis-à-vis de la classe politique

La chercheuse déplore également « la fragilisation de l’autonomie de l’UL », désormais « davantage exposée aux rapports de force politiques ». « La fonction de président est bien plus liée aux décisions politiques qu’à l’évaluation scientifique, à l’expérience et au mérite académique », souligne-t-elle. Et si cette loi peut éviter un blocage institutionnel, elle « renforce aussi les logiques clientélistes et la dépendance structurelle de l’université vis-à-vis de la classe politique », alimentant « frustration et perte de confiance » au sein de la communauté universitaire. « Elle affaiblit également le principe de l’alternance démocratique dans l’occupation des nombreuses fonctions administratives et académiques vacantes », note Hala Awada.

L’enseignante-chercheuse met de plus en garde contre le lien établi entre la prolongation du mandat du recteur et la constitution du Conseil de l’université : « Tout retard dans un accord sur la nomination des doyens ou des membres du Conseil de l’Université se répercute automatiquement sur la stabilité de la présidence », prolongeant « une situation d’exception qui empêche l’instauration d’une gouvernance universitaire stable et autonome ».

Le Parlement libanais réuni jeudi en séance plénière a accordé au recteur de l’Université libanaise, Bassam Badran, le droit de se représenter pour un nouveau mandat de cinq ans non renouvelable, alors que selon le statut de l’université publique, le recteur ne peut cumuler les mandats consécutifs. Au vu du tollé suscité par cette perspective parmi certains groupes parlementaires (Forces libanaises, Kataëb, contestataires) qui ont dénoncé une procédure « sur mesure » au bénéfice de la communauté chiite, elle a été conditionnée par la formation préalable du Conseil de l’université, organisme décisionnel de 38 doyens, professeurs, représentants de l’exécutif, inexistant depuis 2018. Une tâche difficile qui incombe au gouvernement, profondément divisé sur la question. Le législatif a dans ce cadre...
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