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Liban

Réfugiés syriens : le fardeau que porte le Liban est réellement gigantesque

Focus

Des réfugiés syriens qui tombent dans la clandestinité, des nouveau-nés non enregistrés, un taux de natalité deux fois plus élevé que celui des Libanais, une éventuelle intégration au marché du travail... Le Liban doit assumer les lourdes conséquences de l'accueil qu'il a réservé au nombre immense de réfugiés syriens.

18/04/2016

Le Liban devrait commencer à recevoir dans les mois à venir les dons de la communauté internationale consacrés à l'aide aux communautés hôtes et aux réfugiés syriens. Selon les chiffres officiels, le pays accueille un peu plus de 1,2 million de réfugiés syriens. Ce chiffre frise les deux millions si l'on compte les ouvriers syriens qui se trouvent au Liban et les ressortissants syriens qui ne sont pas enregistrés auprès du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et qui ont les moyens de subvenir à leurs besoins.

De nombreux diplomates étrangers et hommes politiques libanais omettent dans leurs explications le prix que le Liban devrait payer pour recevoir l'aide de la communauté internationale. L'argent qui devrait être versé suite à la conférence de Londres – le Liban ayant réclamé une aide de onze milliards de dollars, mais dont seulement moins que le tiers pourrait lui être alloué – ne suffira certes pas pour subvenir aux besoins des Syriens et de la communauté hôte. De plus, ces dons sont liés à une condition, celle d'intégrer les réfugiés syriens au marché du travail libanais pour les adultes, et dans les établissements scolaires libanais pour les mineurs.

Dans ce cadre et grâce au programme Race, qui prévoit l'éducation gratuite pour tous dans les établissements publics, que ce soit pour les enfants libanais ou pour les enfants syriens, palestiniens ou irakiens, environ 200 000 petits réfugiés syriens ont intégré l'école dans 238 établissements publics du pays.

(Lire aussi : "Nous sommes tous des migrants" : à Lesbos, le pape tance le monde et emmène 12 Syriens)

Notons que dans ces écoles, les deux tiers des élèves sont désormais constitués d'écoliers syriens. De plus, il demeure 300 000 élèves syriens hors de l'école. Le Liban ne compte pas pour le moment construire de nouveaux établissements pour subvenir aux besoins des petits Syriens. Le pays opte pour la mise en place de deux horaires, celui du matin destiné aux enfants libanais et aux étrangers capables de suivre le cursus sans problème, et celui de l'après-midi destiné exclusivement aux enfants syriens.

Intégration au marché

Sur un autre plan, les projets agricoles et industriels qui pourraient voir le jour, suite à la conférence de Londres, devraient comprendre un nombre d'ouvriers et d'employés syriens. Cela devrait légitimer une situation de mise depuis longtemps au Liban : les Libanais ont toujours fait appel à une main-d'œuvre syrienne dans l'agriculture. Mais les projets pourraient assurer aussi des emplois à des réfugiés syriens plus qualifiés qui pourraient concurrencer les Libanais dans ce cadre.
Cela est déjà visible dans plusieurs régions du pays et dans divers secteurs économiques, les patrons de certains commerces et PME préférant engager des Syriens au noir.

Un autre problème se pose également, il est d'ordre sécuritaire. Plus de 70 % des réfugiés syriens qui se trouvent au Liban n'ont pas leurs papiers en règle. Le gouvernement exige 200 dollars par an pour chaque réfugié syrien qui veut régulariser sa présence au Liban. Or la majorité des réfugiés syriens qui se trouvent dans le pays depuis quelques années ont épuisé leurs économies et se trouvent dans l'impossibilité de renouveler leurs papiers ; ils tombent dans la clandestinité et deviennent ainsi de plus en plus difficiles à contrôler.
Le gouvernement libanais ne compte pas pour autant modifier les mesures adoptées et estime, selon diverses sources officielles, que le fait d'exiger les 200 dollars par réfugié syrien constitue une façon de renflouer le Trésor, et cela probablement au détriment de la sécurité.
En septembre 2014, le gouvernement libanais a adopté des mesures obligeant les ressortissants syriens voulant vivre ou travailler au Liban à remplir certaines conditions. Depuis cette date, ce sont les lois adaptées aux étrangers qui s'appliquent également aux Syriens. Au vu de l'histoire du Liban et de ses relations particulières avec la Syrie, cela n'a jamais été possible même après 2005, année du retrait de l'armée syrienne.

(Lire aussi : Le combat d'Ai Weiwei pour les réfugiés syriens est passé par Ersal)

Pour les Syriens qui désirent travailler au Liban, ils ont besoin désormais, à l'instar de la main-d'œuvre venue d'autres pays, de sponsors. Cela aussi plonge des milliers d'entre eux dans le désespoir. Travailleurs journaliers pour la plupart, ils tombent dans l'illégalité.

Chaque année 50 000 nouveau-nés syriens

Depuis cinq ans, des Syriennes réfugiées au Liban donnent naissance à des enfants, qui ne sont pas enregistrés pour la plupart. Ils ne deviennent pas des apatrides mais ne disposent pas pour autant de papiers officiels.
Il convient de signaler que chaque année, 25 000 enfants libanais naissent dans le pays. Depuis cinq ans, 50 000 enfants syriens de parents réfugiés naissent au Liban. Cela créera sans aucun doute, dans les années à venir, si le conflit se prolonge encore en Syrie ou si le retour se fait attendre après la fin des hostilités, un grave déséquilibre démographique, s'ajoutant à la présence d'environ deux millions d'étrangers au Liban, qui compte 3 millions et demi d'habitants.
Environ 90 % des enfants syriens qui naissent au Liban ne sont pas enregistrés. Leurs parents disposent uniquement d'un certificat de naissance signé par le gynécologue et l'hôpital, leur permettant de les enregistrer auprès du HCR pour bénéficier des aides.

(Lire aussi : Réfugiés syriens : un tableau noir, des ambiguïtés et une absence de stratégie...)

Des ONG comme Beyond (association civile libanaise travaillant avec l'Unicef) et le Norwegian Refugee Council mènent depuis des mois des campagnes de sensibilisation auprès des réfugiés afin qu'ils enregistrent leurs enfants auprès des autorités libanaises et ensuite à l'ambassade de Syrie.
L'enregistrement au Liban se fait auprès de Dar el-Fatwa, autorité religieuse sunnite pour les réfugiés de confession sunnite, du mohafazat où les réfugiés se trouvent, ou encore auprès du moukhtar.
Sachant que la plupart des hommes syriens se trouvant au Liban sont tombés dans la clandestinité car ils n'ont pas renouvelé leur permis de séjour et risquent la prison au cas où ils seraient arrêtés, les autorités libanaises encouragent les femmes syriennes qui viennent d'accoucher à faire enregistrer leurs enfants, et cela même si leurs papiers ne sont pas en règle.
Une fois l'enfant disposant d'un certificat d'une autorité libanaise, sa famille peut le faire enregistrer auprès de l'ambassade de Syrie afin qu'une nationalité lui soit octroyée.

Les Syriens parents de nouveau-nés ou d'enfants nés au Liban font face à plusieurs problèmes. L'un des plus courants frappe les couples qui n'ont pas officiellement enregistré leur mariage, à cause de la guerre en Syrie, et ne disposent donc pas d'un carnet de famille délivré en Syrie, ou même d'un papier officiel accordé par Dar el-Fatwa au Liban. Et dans ce cas, faire enregistrer un enfant est impossible.


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Quel avenir pour les réfugiés syriens du Liban ?, le commentaire de Mireille Girard

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Le Sain réfugié still impeccable craque, et n’accepte pas que sa révolution n’aboutisse qu’à 1 déplacement de servitude. Et finit par avoir marre des critiques et justifications à 2 balles qu’on ose encore lui présenter !
Certes, il s’indigne ; mais il fera le pas de plus puisqu’il persistera à s’insurger. Et grâce à tous les autres Syriens ou Arabes Sains new génération, il poursuivra son implacable Révolution !
Il avait la vérité pour lui mais tout le monde Malsain pour sa perte œuvra, s’écria ce Sain vertueux, et l’on devina sa consternation devant 1 destin si déraisonnable ! Mais que faire si ses "appuis" ont faillis malgré toutes ses envies ? L’agression dont il a été victime est celle de l’incitation à se révolter au-delà du raisonnable n’est-ce pas, puisqu’on l’incita à céder à la tentation de la Révolution malgré la trahison de tous ces Malsains autour de lui.
Comme on sait, le soulèvement est 1 des plaies, heureusement, de ces "fertiles!" Kottors-contrées à régimes policiers since de longues années. Certes, à bas bruit, on chuchotait qu’1 Révolution engageait, et poursuivie elle devait l’être, et qu’il s’agit de vérifier ses réels "appuis" avant de l’engager.
Mais, dans le même temps, les Arabes Sains lui redoublaient les exhortations à perpétuer sa Révolution pour la recréer en vue d'éhhh la parachever. Et à surtout resserrer le garrot, pour de bon cette fois, autour du cou de ces indignes Malsains ou autres indigestes, xénophobes et insupportables.

NAUFAL SORAYA

Vivement qu'on nous débarasse de ce fardeau...

C'est clair depuis le début que chaque sou donné pr la communauté internationale est pour nous clore le bec... Ceux qui se réjouissent des dons ont tort de penser que c'est pour nos beaux yeux et aider "ce pauvre Liban qui subit tellement, qui n'en peut plus, qui est si généreux".... Qu'il cesse de l'être une seconde et on verra les réactions beaucoup moins amicales... On l'a déjà vu, d'ailleurs dès qu'on a femé nos frontières, dès qu'on refuse une entrée...

D'ailleurs, on a dû mendier la part des bénéficiaires libanais dans les projets de soutien aux réfugiés... Si on n'avait pas frôler l'explosion il y a deux ans, tellement les Libanais étaient excédés de cette situation, on aurait continuer à nous traiter comme de la m...

Madame Khoder, si une fois vous pensiez à parler du fardeau sur les Libanais (comme le suggère votre titre) et pas nous décrire encore une fois les malheurs de ces réfugiés qu'on ne supporte plus depuis bien longtemps????????????

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