Hussein Illaik s’adressant au chef de l’État sur un ton de défi dans une vidéo ayant largement circulé sur les réseaux sociaux. Capture d’écran
Un journaliste pro-Hezbollah, Hassan Illaik, fait, depuis lundi, l’objet d’un mandat d’amener émis par le procureur général près la Cour de cassation, Ahmad Rami el-Hajj, à la suite de la publication sur X de violentes critiques à l’encontre du régime saoudien, qu’il accuse d’imposer « un blocus criminel » aux gouvernorats du nord du Yémen, aux mains des houthis.
L’information a été confirmée par une haute source judiciaire, qui précise qu’il ne s’agit pas d’un mandat d’arrêt, mais d’une décision par laquelle le juge Hajj a ordonné au service des renseignements des Forces de sécurité intérieure (FSI) de le conduire auprès du parquet pour y être interrogé.
Hassan Illaik a aussitôt réagi à la démarche du juge Hajj en affirmant sur X que ce dernier a été nommé à son poste (en mars dernier) « sur décision de Yazid ben Farhane (émissaire du royaume saoudien au Liban) ». Il a déclaré ne pas être étonné de voir que le procureur est devenu « un outil du pouvoir politique pour réprimer la liberté d’expression (…) », estimant que « quiconque demande l’arrestation d’un journaliste pour avoir critiqué Mohammad ben Salmane (le prince héritier saoudien, NDLR) fera de même pour des critiques visant (Benjamin) Netanyahu », a-t-il encore écrit.
Pour lui, les faits reprochés relèvent du tribunal des imprimés, tandis que le juge Hajj considère avoir la compétence de l’interroger, au motif que les propos en question ont été publiés sur un réseau social, et non dans un média.
Hasan Illaik a fait suivre, mardi, son commentaire initial par un autre, également publié sur X. Il a ainsi estimé que le juge Hajj a ordonné son arrestation « sous couvert d’un mandat d’amener ». « Il s’agit d’un abus de pouvoir tant sur la forme – puisque Ahmad Rami el-Hajj a délivré le mandat d’amener avant même la date prévue de (son) audition – que sur le fond », a-t-il déclaré, soulignant qu’il n’avait pas violé la loi. « La décision de m’arrêter n’a qu’un seul objectif : satisfaire le ’’tuteur saoudien’’ », a-t-il ajouté, avant de conclure : « Très bien, Ahmad Rami el-Hajj, Nawaf Salam (chef du gouvernement), Joseph Aoun (président de la République) et toi, ministre de la Justice des banques (en référence à Adel Nassar)… Au nom de Dieu, commençons. »
Hassan Illaik avait déjà été convoqué, en janvier dernier, par le prédécesseur du juge Hajj, Jamal Hajjar, à la suite d’une vidéo publiée sur la chaîne YouTube al-Mahatta, en réaction à un discours du président Joseph Aoun dans lequel celui-ci dressait le bilan de sa première année de mandat et réaffirmait sa volonté de cantonner les armes aux seules forces étatiques. « Tu assièges ton peuple et nous nous taisons. Tu empêches la reconstruction et nous nous taisons. Tu exécutes les ordres américains et nous nous taisons… » avait-il alors lancé au président Aoun. Il avait estimé que « s’il existait un véritable État, une véritable loi et une véritable justice au Liban », Joseph Aoun aurait dû être « soumis à une enquête plutôt qu’être élu président ».
Hassan Illaik avait pris part à la campagne menée contre le chef de l’État, à la suite de son discours prononcé le 31 juillet 2025, dans lequel ce dernier réitérait sa détermination de monopoliser les armes aux mains de l’État et appelait à retirer le « prétexte » que l’arsenal du Hezbollah offre à l’ennemi pour mener des attaques au Liban. Le journaliste pro-Hezbollah s’était alors directement adressé à Joseph Aoun en lui lançant : « Ce sont tes propos et ceux du Premier ministre qui sont des prétextes pour l’ennemi. »
« Jugé et emprisonné »
En juin dernier, Hassan Illaik s’en était aussi pris au juge Hajj, estimant qu’il doit être « jugé et emprisonné » à la suite d’une décision de ce dernier d’arrêter, à la demande des autorités françaises, et sur base d’une notice d’Interpol, le propriétaire d’une entreprise spécialisée dans les équipements électriques, Rabih Tawil. Ce commerçant est soupçonné d’être impliqué dans une affaire d’importation de matériel entrant dans la fabrication de drones au profit du Hezbollah. Interrogé par la branche des renseignements des FSI, il avait nié avoir eu connaissance d’une quelconque utilisation matérielle des équipements importés. M. Tawil avait néanmoins été déféré devant le commissaire du gouvernement près du tribunal militaire, Claude Ghanem, qui avait engagé des poursuites à son encontre et l’avait renvoyé devant la première juge d’instruction Ghada Abou Alwane. Celle-ci avait ordonné sa remise en liberté en échange du paiement d’une caution, quelques jours plus tard, dans l’attente de la fin de ses investigations.



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