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Le bestiaire de Gucci en croisière à l’abbaye de Westminster

La mode

Juste après Dior, c'était le tour de la griffe Gucci de présenter, paradoxalement, son défilé croisière dans un Londres froid et pluvieux. Mieux, la réponse de l'enseigne italienne à la maison de luxe française qui avait investi Blenheim Palace, le Versailles britannique, fut rien moins que l'abbaye de Westminster, théâtre de 16 mariages royaux et de tous les couronnements depuis 1066.

08/06/2016

Il faut croire que l'abbaye de Westminster porte bonheur au groupe Kering, puisque c'est la robe Alexander McQueen, portée par Kate Middleton à son mariage dans ces mêmes murs, qui a lancé Sarah Burton, qui succédait au créateur à la tête de la direction artistique de la marque. C'est donc dans cette abbaye gothique et solennelle que Gucci, l'un des principaux fleurons de Kering, a présenté son défilé croisière 2017. Sous la direction d'Alessandro Michele, en charge de la création depuis janvier 2016, c'est une collection déjantée, mêlant l'irrévérence romaine, la folle liberté britannique et un savoir-faire inouï qu'ont pu découvrir les invités installés sur les bancs de pierre entourant le cloître de l'abbaye. Cerise sur le gâteau, les places, sur ces mêmes bancs, étaient indiquées sur des coussins brodés d'animaux sur fond de velours vert, dans le plus pur style élisabéthain. Ce « cadeau de retour » a d'ailleurs enflammé les réseaux sociaux, récoltant plus de vues que la collection elle-même. Mais loin d'être une erreur stratégique, les analystes murmurent qu'il s'agit d'un avant-goût de la collection d'objets d'intérieur et petits meubles que compte lancer la marque dans un avenir proche.

Une collection débridée
On savait que les fleurs faisaient partie des codes de Gucci, mais là, Michele s'en est donné à cœur joie, soulignant au passage que les fleurs sont inséparables de la nature anglaise. Les imprimés fleuris régnaient donc sur la collection, avec notamment un éblouissant patchwork représentant un jardin de pensées sur un manteau de vison coloré. Mais pas que. Défileront tour à tour, sur l'air de Scarborough Fair, des robes à pois en mousseline légère, du tartan à foison, des jeans javellisés, des ensembles preppy détournés, avec des vestes en fourrure fluo rebrodées d'animaux, chiens, serpents ou lapins sur des jupes plissées qui rappellent la haute tradition de l'éducation britannique. Les nœuds chers à Michele sont ici démesurés et jouent les cocardes, évoquant le goût très anglais de l'uniforme. Partout les couleurs explosent, insolites, et les coupes, de la robe victorienne retaillée selon la mode des années 40 au caban des sixties, des bas écossais à la veste du collégien, au bomber de soie brodée, au denim clouté, habillent hommes et femmes au même vestiaire hybride et déjanté. Le tout se résume dans une allure punk et souvent androgyne, hommage à Vivienne Westwood, Malcolm McLaren ou Alexandre McQueen ensoleillé par une gaieté italienne qui tourne le dos à la philosophie austère de ce mouvement écologique et anarchiste. Les souliers à brides et à multiples boucles, pour l'homme comme pour la femme, jouent les fils conducteurs dans ce joyeux chaos.

Le « oui, mais » de Westminster à Gucci
Comment a donc fait Gucci pour convaincre le révérend John Hall, supérieur de l'abbaye, d'accueillir son défilé sous les vénérables voûtes ? En février dernier, sans toutefois révéler l'événement, il indiquait au Times que « l'abbaye est par-dessus tout un lieu de culte, mais il nous faut également créer des événements pour y attirer le public et amener celui-ci à découvrir ses merveilles ». Une formule gagnante pour tous donc, mais avec des conditions : le cloître a été loué à Gucci, sous réserve de faire respecter par ses invités certaines consignes, comme celles de parler à voix basse, de ne pas fumer sur les lieux, de s'abstenir de photographier autre chose que le défilé. Achevée en 960, l'abbaye de Westminster est l'église d'un monastère bénédictin. Son clergé et ses administrateurs, soit 300 personnes, sont logés dans des maisons attenantes au cloître. Dans ce magnifique bâtiment gothique, considéré comme le plus important d'Angleterre, sont par ailleurs enterrés sir Isaac Newton, Charles Darwin, George Frideric Handel, sir Winston Churchill, Charles Dickens, Rudyard Kipling, Jane Austen et les sœurs Brontë, ainsi qu'un mystérieux William Shakespeare.

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