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Santé

Discrimination des femmes et alimentation

Lawrence Haddad est le principal auteur du «Rapport 2016 sur la nutrition mondiale ».

Au cours du siècle dernier, la bataille pour garantir l'égalité des femmes et des jeunes filles a été menée dans les écoles, dans les isoloirs et dans les conseils d'administration des 500 entreprises classées premières par le magazine Fortune. Toutefois, si nous voulons éradiquer l'inégalité entre les genres, nous ne pouvons plus négliger un facteur qui est à la fois l'une de ses causes et l'une de ses conséquences majeures, à savoir la malnutrition.
Aujourd'hui, quelque 1,6 milliard de personnes dans le monde souffrent d'anémie, une maladie due à un déficit en fer et qui constitue l'un des symptômes de la crise alimentaire mondiale qui affecte de manière disproportionnée les femmes. En effet, l'anémie les touche deux fois plus que les hommes : près d'une femme sur trois dans le monde en souffre. L'anémie joue aussi un rôle dans 20 % des décès maternels.
En 2012, l'Assemblée mondiale de la santé a fixé comme objectif la réduction de 50 % du taux d'anémie d'ici à 2025. Mais au rythme actuel des choses, ce taux ne sera pas atteint avant 2124. Malgré les progrès durement acquis en faveur des femmes, nous affichons un retard d'un siècle sur un problème qui est important pour leur santé et leur développement, tout comme pour leurs enfants.
Il y a toutefois un espoir. Si nous investissons dès maintenant dans une meilleure alimentation, nous pourrons assurer un meilleur avenir aux femmes et aux jeunes filles partout dans le monde – pour les prochaines cent années et même au-delà.
Nous ne pouvons plus traiter la discrimination entre les genres et la malnutrition comme étant deux problèmes séparés. Les deux problèmes sont inextricablement liés. Ils se renforcent mutuellement et affectent les femmes dans toutes les étapes de leur vie. La malnutrition sous toutes ses formes est à la fois une cause et une conséquence du profond déséquilibre du pouvoir entre les hommes et les femmes.
L'inégalité entre les genres commence dès avant la naissance. Chaque année, 16 millions d'adolescentes mettent au monde un enfant, essentiellement dans les pays à revenus faibles et moyens. Si une maman vit dans une région où le taux affiché dans le retard de croissance est élevé, et qu'elle est adolescente, son enfant va probablement en être victime. Par conséquent, il sera plus exposé aux maladies et au sous-développement cognitif irréversible, ce qui nuira à son éducation et l'empêchera d'atteindre son plein potentiel.
Ces enfants auront souvent des revenus faibles, ce qui augmentera la probabilité qu'ils souffrent de malnutrition et qu'ils soient, de ce fait, prédisposés ultérieurement aux maladies chroniques telles que le diabète ou l'hypertension. Vu les préjugés économiques et sociétaux que subissent les femmes dans la plupart des pays, les filles se trouvent plus gravement désavantagées, et ce dès leur plus jeune âge. Ce cycle s'autoentretient : ces femmes dépourvues de droit et mal nourries donnent naissance à des bébés frappés eux aussi par la malnutrition, ce qui perpétue le cycle des inégalités.
Pour améliorer l'alimentation des femmes de tout âge, il faut intensifier les actions en matière de nutrition et veiller à ce que les autres programmes d'aide au développement prennent en compte cette question. Ainsi, il faut à tout prix encourager l'allaitement dès la naissance ou aussitôt que possible – un outil incroyablement puissant à la fois contre le retard de croissance et l'obésité.
Les programmes de développement doivent prendre en considération les inégalités entre les genres. Les mesures de protection sociale qui visent à améliorer le droit des femmes peuvent par exemple avoir un effet positif sur leur alimentation et celle de leur famille.
Dans plusieurs pays, les femmes mangent après les hommes, ce qui réduit leurs chances d'avoir la bonne alimentation. Les dispositions prises en faveur de la maternité et de l'allaitement sont également insuffisantes, ce qui explique les difficultés que peuvent avoir les femmes à s'occuper comme il le faudrait de leurs enfants. Les programmes visant à encourager le changement dans le comportement et à introduire de nouveaux modèles de communication et de rôle au sein de la famille et dans la société peuvent aider à diminuer la pression résultant des normes sociales qui sont nuisibles en termes de nutrition et de genres.
Pour réussir, il faudrait mettre en place un plan d'action politique. Le Rapport sur la nutrition mondiale sera publié le 14 juin prochain. Il vise à évaluer les progrès réalisés, à améliorer la responsabilisation des différents acteurs afin de respecter leurs engagements et à émettre des recommandations à l'intention des gouvernements et des intervenants majeurs afin de mettre fin à toutes les formes de malnutrition d'ici à 2030.
Le débat doit s'engager dès aujourd'hui. Les travaux de la conférence Women Deliver 2016 – le plus grand rassemblement des défenseurs des femmes et des jeunes filles depuis dix ans – viennent de se terminer à Copenhague. La conférence a réuni plus de 5 000 personnalités, responsables politiques, militants et militantes venus de 150 pays différents pour discuter, entre autres, de la manière de briser le cycle de pauvreté et d'inégalité entre les genres qui mine la santé des femmes. L'appel à l'action pour rompre le lien entre la nutrition et l'inégalité des genres doit retentir partout sur la planète.
Nous devons éliminer tous les facteurs qui permettent de perpétuer l'inégalité des genres. Cela commence par une meilleure alimentation pour tous. Les progrès à venir en dépendent.

© Project Syndicate 2016. Traduit de l'anglais par Patrice Horovitz.

Au cours du siècle dernier, la bataille pour garantir l'égalité des femmes et des jeunes filles a été menée dans les écoles, dans les isoloirs et dans les conseils d'administration des 500 entreprises classées premières par le magazine Fortune. Toutefois, si nous voulons éradiquer l'inégalité entre les genres, nous ne pouvons plus négliger un facteur qui est à la fois l'une de ses causes et l'une de ses conséquences majeures, à savoir la malnutrition.Aujourd'hui, quelque 1,6 milliard de personnes dans le monde souffrent d'anémie, une maladie due à un déficit en fer et qui constitue l'un des symptômes de la crise alimentaire mondiale qui affecte de manière disproportionnée les femmes. En effet, l'anémie les touche deux fois plus que les hommes : près d'une femme sur trois dans le monde en souffre. L'anémie joue...
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