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Moyen Orient et Monde

La bataille de la Ghouta, un affrontement de longue durée

Décryptage
20/05/2016

La confrontation entre l'alliance formée autour du Front al-Nosra (la branche syrienne d'el-Qaëda) et Jaych al-Islam est également l'expression des rivalités régionales qui opposent Qataris, Turcs et Saoudiens.
L'armée syrienne, soutenue par des unités du Hezbollah, est parvenue à reprendre, hier, la ville de Deir al-Assafir ainsi qu'une dizaine de villages dans le sud de la Ghouta, des mains des combattants d'al-Nosra et d'une alliance de groupes locaux fédérés autour de la branche syrienne d'el-Qaëda.

L'armée syrienne et ses alliés ont finalement investi ces localités assiégées depuis plusieurs mois, mais dont la prise avait été retardée en raison de l'offensive menée par le régime dans le nord, et pour laquelle une partie des troupes mobilisées avait été rappelée du front sud de la Ghouta. La tactique d'encerclement a permis aux forces loyalistes de former une ceinture autour de ces localités, et d'avancer progressivement pour prendre en tenailles les combattants d'al-Nosra. Le resserrement de l'étau qui allait permettre à l'armée syrienne de contrôler le dernier point de passage entre Hastara el-Qantara et Bala a finalement contraint l'alliance d'al-Nosra à battre en retraite.

L'offensive victorieuse a abouti à la reconquête quasi totale par l'armée syrienne de l'ensemble sud de la Ghouta. Le Front al-Nosra s'est replié à l'ouest et à l'est, Jaych al-Islam se retrouve, de son côté, confiné à l'extrême est (refoulé de sa zone d'influence à l'ouest, à l'exception de la localité de Masrata, par les combattants d'al-Nosra). Les forces du régime ont en partie mis à profit le contexte d'affrontement entre le groupe islamiste Jaych al-Islam et l'alliance de factions rivales menées par le Front al-Nosra, confrontation qui s'est durcie au cours de ces trois dernières semaines.

 

(Lire aussi : À l'Ima, Joumblatt revient à la charge : Il faut donner des armes à l'opposition syrienne)

 

Conflit ouvert
Le conflit qui oppose de façon récurrente Jaych al-Islam à d'autres groupes rebelles locaux remonte à la disparition de Zahrane Allouche. L'ex-leader de l'armée de l'islam, qui a habilement unifié les différents groupes d'opposition armés sous une direction militaire commune, avait affirmé son autorité sur l'ensemble de la Ghouta. Peu après le décès de Allouche tué par une frappe russe près de Damas fin décembre 2015, la nouvelle direction est apparue très affaiblie. En l'absence d'un successeur désigné parmi les 17 plus proches collaborateurs de Zahrane Allouche (qui avait lui-même pris soin d'empêcher l'émergence de toute figure rivale), le choix se porte naturellement sur le candidat Issam el-Bouaydani, l'homme du consensus entre les familles traditionnelles, les clercs et les commerçants de la banlieue de Damas.

Mais, derrière l'autorité de façade incarnée par el-Bouaydani, c'est en réalité le guide religieux Abou Abdarrahman Kaaké qui est à la manœuvre. Dans la compétition acharnée qui oppose autorités religieuses et chefs militaires, Kaaké, homme de Riyad, a fini par s'imposer. L'absence de charisme et de poigne de Bouaydani a laissé le champ libre à l'action de Kaaké dont la posture offensive et le radicalisme ont fini par raviver les tensions avec l'ensemble des groupes locaux rivaux, et à transformer les divisons latentes en conflit ouvert.

La bataille de la Ghouta est également l'expression des rivalités régionales qui opposent Qataris et Turcs aux Saoudiens. Si Riyad soutient massivement Jaych al-Islam, Ankara et Doha ont apporté un appui systématique à l'alliance composée d'al-Nosra, Faylaq al-Rahmane, Jaych al-Foustate, Jaych al-Itihad et les alliés au front, une configuration qui laisse entrevoir un conflit de longue durée pour la prise de contrôle de la Ghouta. La période où Jaych al-Islam disposait de la capacité à neutraliser des groupes comptant moins de 1 000 combattants, à l'instar de Fajr al-Oumma, semble aujourd'hui révolue. Le groupe, dont l'autorité est disputée avec acharnement, se retrouve confronté à des factions qui comptent plusieurs milliers de combattants, dans un rapport de force à moyens et nombres égaux et bénéficiant du soutien des puissances régionales.

 

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"La période où l'on disposait de la capacité à neutraliser des groupes comptant moins de 1 000 combattants semble révolue.
Le (régime" bääSSyriaNique, dont l'autorité est disputée avec acharnement, se retrouve confronté à des factions qui comptent plusieurs milliers de combattants, dans un rapport de force à moyens et nombres égaux et bénéficiant du soutien des puissances régionales." !
Khâââï !

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