Une croissance de 2 % en 2016 serait « acceptable » pour le gouverneur de la Banque centrale, Riad Salamé. Photo Nasser Trabulsi
Le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, a profité d'un discours donné hier à l'occasion du forum économique arabe à l'hôtel Phoenicia pour dresser un état des lieux plutôt optimiste de l'économie libanaise.
Reprenant à son compte la prévision de croissance pour 2016 du Fonds monétaire international – à 2 % pour le Liban contre 3 % dans la région – M. Salamé a considéré que cette performance serait « acceptable », compte tenu « de la situation actuelle au Liban ». Il a ensuite énuméré une série de prévisions de la BDL pour l'année 2016 : « Nous nous attendons à ce que les dépôts bancaires augmentent de 4,5 % à 5 % en 2016, soit l'équivalent de 8 milliards de dollars. Cette moyenne est suffisante pour financer les secteurs privé et public au Liban. En ce qui concerne l'inflation, elle est limitée à 1 %. Le pouvoir d'achat des Libanais est donc stable. » En 2015, l'inflation avait été quasi nulle. Quant aux prêts bancaires, la Banque centrale anticipe « une croissance d'environ 5,5 % en 2016 ». En 2015, les prêts ont enregistré une hausse de 6,5 %.
Refus de la « monnaie hélicoptère »
M. Salamé a ensuite attribué une grande part du maintien de l'activité à la politique de soutien à l'économie de la Banque centrale. « 67 % de la croissance résulte des plans de relance lancés par la BDL », a-t-il avancé, sans préciser la période envisagée ni sa méthode de calcul. La BDL avait estimé il y a quelques mois que la croissance en 2015 était quasi nulle, tandis que le FMI l'avait estimée à 1 % et la Banque mondiale à 1,8 %.
(Lire aussi : Salamé : « La stabilité de la monnaie est un pilier »)
Cette année encore, la BDL a prévu une enveloppe d'un milliard de dollars pour soutenir l'économie, selon des modalités similaires aux plans de relance pour les trois années précédentes, soit l'octroi de crédits subventionnés aux banques qui les réallouent à certains secteurs – majoritairement l'immobilier et les PME – moyennant une marge substantielle. Selon le gouverneur de la BDL, ces plans ont ainsi permis aux banques commerciales d'accorder « 130 000 prêts au logement », soit une hausse de 30 000 prêts par rapport à octobre de l'année dernière. Une stratégie que le gouverneur de la BDL juge préférable à celle de « monnaie hélicoptère », faisant actuellement l'objet de débats au sein de plusieurs Banques centrales, et qui repose sur la distribution directe de liquidités aux ménages, sans passer par les banques commerciales afin de s'assurer que les fonds alimentent bien l'économie réelle.
Seul point noir au tableau esquissé par le gouverneur : le déficit de la balance des paiements, qui a atteint 644 millions de dollars au premier trimestre, mais dont l'effet sur « la stabilité du taux de change de la livre libanaise et des taux d'intérêt de base », est compensé par « le niveau élevé des réserves en devises étrangères » de la BDL, s'est-il empressé ajouter.
Enfin, Riad Salamé a commenté l'engagement du Liban à appliquer la norme d'échange automatique d'informations fiscales dès septembre 2018 – annoncé mercredi par l'OCDE et confirmé le même jour par le ministère des Finances dans nos colonnes – en considérant que « cette décision fait tomber tout ce qui a été dit sur une inscription du Liban sur une liste noire (des paradis fiscaux). » « Le Liban est devenu un pays normal, avec une surveillance normale », a enfin martelé M. Salamé avant d'ajouter que « le secteur bancaire doit faire tout ce qui est nécessaire pour maintenir ses relations avec le monde extérieur (...) et les transferts depuis et vers le Liban resteront normaux ».
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