Le ministre de l’Énergie, Joe Saddi (deuxième à droite du chef du gouvernement, Nawaf Salam) lors de la réunion avec le Premier ministre qatari au Sérail, le 16 octobre 2026. Photo tirée du compte X de la présidence du Conseil
« Si aucune évolution est constatée, nous n’allons certainement pas rester les bras croisés. » Voilà comment une source haut placée des Forces libanaises résumait récemment pour L’Orient-Le Jour l’approche du parti face à ce qu’il estime être l’atermoient du gouvernement à répondre aux requêtes du ministre de l’Énergie, Joe Saddi, pour résoudre la crise de l’électricité. Jeudi, dans la foulée de la décision de M. Saddi de bouder le Conseil des ministres, les FL ont franchi un nouveau cap : leurs trois autres ministres se sont retirés de la séance gouvernementale au Sérail. Le message en direction du pouvoir, à commencer par le chef du gouvernement, Nawaf Salam, est clair, et toutes les options semblent désormais ouvertes, y compris une éventuelle démission de M. Saddi. Mais pour le moment, les FL optent pour l’escalade calculée afin de « ne pas secouer le camp souverainiste », comme l’avait dit le chef du parti, Samir Geagea, à L’OLJ, dimanche.
Comme attendu, le dossier a « électrisé » le Conseil de jeudi. D’autant plus que « les ministres FL s’étaient préparés à évoquer le sujet de l’électricité lors de la réunion pour presser le gouvernement à répondre aux demandes de Joe Saddi », indique une source ministérielle. Une référence au forcing du ministre de l’Énergie pour débloquer plus de fonds pour le compte de son ministère afin de pouvoir régler la crise du secteur. « Surtout que le projet de budget 2027 montre que les autorités n’ont aucun problème à accorder des fonds au Conseil du Sud, mais ne veulent pas répondre aux demandes de Joe Saddi », dit un ministre FL qui a requis l’anonymat. Selon lui, « toute la polémique se résume au fait que la priorité est accordée au Conseil du Sud aux dépens de l’Électricité du Liban et du ministère de l’Énergie, à l’heure où le ministre veut assurer le courant électrique à tous les Libanais », dit-il. Il fait référence à l’organisme chargé du développement du Sud et considéré par les détracteurs du président de la Chambre, Nabih Berry, comme un des outils de son clientélisme. Nombreux observateurs estiment dans ce cadre que le Premier ministre veille à ne pas perturber sa relation avec le chef du législatif. Une lecture que les milieux du Sérail rejettent.
Ce point a été soulevé lors d’un débat houleux entre Nawaf Salam et les ministres FL jeudi. « Le chef du gouvernement est connu pour être parfois colérique. Il s’est donc énervé puis s’est calmé. Puis nous avons quitté la séance », raconte un ministre FL sous couvert d’anonymat. « Il est normal que M. Salam soit en colère. D’autant plus que la démarche des ministres est allée à l’encontre des ententes conclues (avec le ministre Saddi) », confie une source gouvernementale. L’OLJ a appris dans ce cadre que lors de leur réunion mercredi au Sérail, Nawaf Salam et Joe Saddi s’étaient entendus sur les grandes étapes de la prochaine phase et que le chef du gouvernement a soutenu le ministre FL dans sa détermination à mettre fin à la crise de l’électricité. Un point qu’il aurait réitéré lors de son entretien avec M. Saddi vendredi au Sérail. Un peu plus tôt, ce dernier s’était rendu à Baabda où il a été reçu par le président de la République, Joseph Aoun. « L’atmosphère de la réunion était positive, le ministre bénéficiant également de l’appui du chef de l’État », raconte une source proche des FL.
« Le gouvernement du Hezbollah »
De toute évidence, la tournée de Joe Saddi auprès des deux pôles de l’exécutif moins de 24 heures après la réunion gouvernementale traduit la volonté des FL, mais aussi du Sérail, de contenir l’escalade survenue jeudi.
Parallèlement, Joe Saddi continue de remplir ses obligations pour régler la crise de l’électricité. « Il est clair qu’il établit une nette distinction entre sa décision de bouder les séances gouvernementales et la nécessité d’aller de l’avant en matière d’électricité », indique un proche de l’intéressé, excluant une démission, du moins pour le moment. Il n’empêche que cette option demeure « sur la table », pour reprendre les termes d’un responsable FL. « Cela fait plus de quatre mois que nous pressons pour que le ministère de l’Énergie obtienne les sommes requises pour améliorer le courant électrique à tous les Libanais. Après tant de promesses non tenues, il fallait hausser un peu la barre, sans pour autant rompre complètement avec le cabinet », ajoute-t-il.
Avec quatre ministres au sein de l’équipe Salam, les FL sont le plus grand parti chrétien du gouvernement. De quoi pousser le cadre cité plus haut à lancer ce message en direction de Nawaf Salam : « Sans nous, le gouvernement serait celui du Hezbollah. Ils doivent garder cette réalité en tête. »


Le point à 19 h : des éléments du Hezbollah encerclent brièvement des policiers venus fermer un dépôt de médicaments, le Qatar annonce un projet pour l’électricité au Liban