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Derrière les murs

Pour toute une génération de Libanais, le mot « implantation », sans complément de nom, est inséparable d'une hantise récurrente. « Implantation », selon le dictionnaire Larousse : en chirurgie, la greffe d'un organe sur un autre. En coiffure, la manière dont les cheveux sont plantés. En embryologie, le premier stade de la nidation. On a beau chercher, aucune définition ne décrit le problème palestinien tel que nous le percevons, accolé à ce mot étrange et flou qui fait peur à tout le monde, à commencer par les intéressés eux-mêmes.

À l'évidence, les Palestiniens, qui sont aujourd'hui les plus vieux réfugiés du monde et représentent une troisième, voire une quatrième génération d'exilés, auraient dû depuis longtemps se résorber dans notre tissu social, comme le sont par exemple les Arméniens. Naturalisés, ces derniers se considèrent libanais, même s'ils n'ont jamais renoncé à leur culture qui vient enrichir notre diversité. Or, que savons-nous des Palestiniens ? Deux ou trois choses, et forcément de nombreux préjugés :

– Ils vivent derrière les murs infranchissables de camps bien gardés. Voilà qui entretient bien des fantasmes. Que se passe-t-il derrière ces murs ? De quoi vivent ces gens ? Fabriquent-ils des bombes ? De la drogue ? Quelle économie peut-elle se développer dans une enclave ? À quoi ressemblent-ils ? L'ignorance engendre la peur et la peur l'hostilité.

– Ils sont armés. Échappent à la loi. Voilà leur péché originel. D'emblée, ils se sont posés en ennemis intérieurs. Leurs dirigeants leur ont fait croire que le Liban était une patrie de rechange. Ils ont justifié la création de milices sectaires. « C'est à cause d'eux que la guerre de 1975 a éclaté. »

– Ils ont été massacrés sous notre toit. Par les nôtres. Certes, sous bonne garde du mauvais génie israélien. C'est à cause d'eux que nous avons perdu, définitivement, notre innocence.

– Leurs conflits internes ont tendance à déborder. Régulièrement, des bruits d'armes automatiques nous informent que les camps « flambent ». Polarisés, suffocant de misère, d'ennui et de désespoir, les jeunes des camps ont la gâchette et la goupille faciles. Jusqu'à quand l'armée, occupée sur plus d'un front, pourra-t-elle les contenir ?

– C'est à cause d'eux que les Libanaises ne peuvent pas transmettre leur nationalité à leurs enfants. Car oui, imaginez la catastrophe démographique, ou pire, communautaire, si l'épouse libanaise d'un Palestinien, ça peut arriver, mettait au monde un petit Libanais ? Un détail qui a manqué à notre Constitution. Il aurait fallu, tiens, dès le départ, imposer à chaque communauté un contrôle drastique des natalités, de manière à ce que chaque groupe confessionnel majeur soit exactement équivalent en nombre aux deux autres.

À l'heure où revient la ritournelle de « l'implantation », du plus vaseux au plus absurde, ces arguments entretiennent rejet et frustration. Avec l'arrivée de 1,5 million de réfugiés syriens, les 400 000 Palestiniens présents ne peuvent même pas se prévaloir de leur ancienneté. Nous sommes face à un défi de taille. Pour le relever, il est temps d'inventer la formule exemplaire qui fera coexister ces foules sur notre petit territoire sans sacrifier notre identité et notre sécurité. Il est temps de réveiller le génie libanais.


Pour toute une génération de Libanais, le mot « implantation », sans complément de nom, est inséparable d'une hantise récurrente. « Implantation », selon le dictionnaire Larousse : en chirurgie, la greffe d'un organe sur un autre. En coiffure, la manière dont les cheveux sont plantés. En embryologie, le premier stade de la nidation. On a beau chercher, aucune définition ne...

commentaires (10)

En tout cas, la Palestine est Chrétienne avant d'être musulmane.

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

07 h 52, le 01 avril 2016

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Commentaires (10)

  • En tout cas, la Palestine est Chrétienne avant d'être musulmane.

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    07 h 52, le 01 avril 2016

  • La psychose collective qui dure depuis 1967 ou meme 1948: les Palestiniens sont au Liban a titre temporaire, et doivent rentrer chez eux apres la liberation de leurs terres. Il y a un fait accompli que les Libanais refusent de voir, ou bien ils le voient clairement, mais refusent de l'admettre. Cela me rappelle Trump qui veut chasser 11 millions de migrants illegaux: bonne chance.

    Michel Fayad

    18 h 39, le 31 mars 2016

  • Super bien decrit chere Fifi . Cependant ,et concernant les armeniens , ils se sont integres a leur facon , sans trop se melanger avec nous Et pas nous avec eux puisqu ils se sont rassembles dans des quartiers ressemblant a des ghettos . L armenien prend pour epouse une armenienne et quand c est rarement le cas , il convole avec une libanaise pur sang , ce sont ses parents qui prennent la mouche : " il a epouse benet 3arab " . C est comme ca qu il prennent les choses cent ans apres le genocide jusqu a nos jours . Le racisme n a ni age ni lieu , il est univesel et quasi incurable .

    Hitti arlette

    14 h 19, le 31 mars 2016

  • Il est temps d'arrêter de s'auto-flageller. Ce que l'on appelle à tort les "massacres de Sabra et Chatila" n'était que la revanche de patriotes libanais libres aux massacres de Damour et de Saadiyate le 16/1/1976 en sus du blocus pour affamer les villages chrétiens frontaliers par les hordes palestiniennes.

    Honneur et Patrie

    13 h 47, le 31 mars 2016

  • J'ajouterai à cela Fifi , que les chrétiens comme les sunnites , tous deux palestiniens appartenant à un état usurpé par les juifs n'ont été mieux trahis que par leurs propres parrains respectifs . Grâce à Dieu les libanais ont su éviter devenir une petite Palestine, mais surtout grâce à la Vista de grands hommes qu'on combat en ce moment , justement pour avoir su dire NON. MERCI ENCORE UNE FOIS FIFI POUR CET EXCELLENT ARTICLE.

    FRIK-A-FRAK

    13 h 28, le 31 mars 2016

  • Faut surtout pas oublier que les Palestiniens Chrétiens, qui étaient là sur cette "terre promise" bien avant les musulmans (six siècles avant), sont ennuyés autant par ces musulmans que par ces Juifs israéliens !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    11 h 57, le 31 mars 2016

  • Bravo Fifi pour avoir soulever cette question de derrière les murs. Les arméniens 1ers réfugiés d'un massacre ottoman ont un pays aujourd'hui, mais ils restent implantés au Liban et c'est vrai que c'est un enrichissement du fait qu'on leur a ouvert les bras chez nous et ailleurs . Les palestiniens nos voisins ont été trahi par les siens et continuent de l'être, apatrides et rejetés à cause d'une implantation chez eux en Palestine usurpée par des rescapés d'un génocide pratiqué en Occident. Pour eux malheureusement il ne pourra y avoir de solution que dans un retour en terre de Palestine sunnite usurpée. Les syriens ont une patrie , un pays une identité , un gouvernement , un regime , la fin de la guerre est toute proche , il sera mis fin au complot bientôt, ils doivent retrouver leur villages villes et quartiers des que possible, à la victoire contre les salopries que les bensaouds nous ont envoyé. Des hommes travaillent à cet effet , laissons les faire .

    FRIK-A-FRAK

    11 h 01, le 31 mars 2016

  • À l'évidence, les Palestiniens, qui sont les plus vieux réfugiés et représentent une quatrième génération d'exilés, auraient dû depuis longtemps se résorber dans notre tissu social, comme le sont par exemple les Arméniens. Naturalisés, ces derniers se considèrent (de temps en temps) libanais, même s'ils n'ont jamais renoncé à leur culture qui vient enrichir notre diversité." ! Non, non, non et non Mme. Fîfî ! Vous ne pouvez comparer ces Réfugiés "palestiniens" aux Arméniens, mahééék, "exilés" eux ! C'est autre chooose ! Une autre "claaasse" !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    09 h 36, le 31 mars 2016

  • Mme Fifi Il parait que tu ne connais pas l'histoire de ton pays concernant les Armeniens "refugies"

    Vahe Atmadjian

    09 h 04, le 31 mars 2016

  • "À l'heure où revient la ritournelle de « l'implantation », du plus vaseux au plus absurde." ! Entre nous, c'est qui, à coup sûr, le plus "vaseux" ? "Nous sommes face à un défi de taille. Pour le relever, il est temps de réveiller le génie libanais." ! Mais oui, avec le béSSîîîl !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    04 h 58, le 31 mars 2016