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Liban

« L’argent n’a aucune importance. Ici, on me respecte et on m’aime »

Social

Une ONG, Message de paix, cherche à rendre productifs des adultes « à capacité spécifique ».

25/03/2016

Raymond a 55 ans. Il travaille depuis plus de onze ans à l'ONG Message de paix, qui s'occupe de personnes à capacité réduite. Aujourd'hui, il se concentre sur la confection de bougies. « Je suis très heureux de travailler ici. Sinon, je ne serais plus là », affirme-t-il.
Raymond reste évasif quand on lui demande combien il touche. Il répond avec un sourire satisfait : « L'argent n'a aucune importance. L'important, c'est qu'ici, on me respecte et on m'aime. »
Ici, c'est le centre de Message de paix, à Bickfaya. « Ce centre a comblé un vide au Liban », affirme d'emblée le Dr Hajjar, responsable de l'ONG. Il existe, à travers le pays, différentes structures (médicales ou d'accueil) dédiées aux personnes à besoins spécifiques, notamment des jeunes. Mais Message de paix vise, pour sa part, les personnes adultes « à capacité spécifique ».
« Nous insistons sur le terme capacité, pour montrer que ces personnes peuvent être productives, elles peuvent travailler. Elles ne sont pas un fardeau pour leur famille et la société », précise le Dr Hajjar. Le projet consiste donc à accueillir ces adultes, dont l'âge varie entre 18 et 55 ans, pour les rendre autonomes.
« À partir donc de l'idée d'un centre d'accueil, nous avons tenté d'évaluer la capacité de ces personnes, pour les former à intégrer les différents ateliers (bougies, décoration, plexi et cuisine). Elles pourront ainsi travailler dans un des ateliers selon leur habileté et leur capacité de travail à un rythme soutenu (2, 4 ou 6 heures) », explique-t-il. Le centre accueille actuellement 40 personnes, dont certaines sont salariées.


C'est le cas de Paul, qui est très minutieux dans son travail, mais lent. Son parcours est une vraie success story. Il y a 10 ans, il passait son temps dans les rues du camp de réfugiés palestiniens de Dbayé. Il buvait et était régulièrement maltraité par les jeunes du quartier qui se moquaient de lui. Aujourd'hui il est salarié, inscrit à la Sécurité sociale, et il connaît ses droits selon le code du travail libanais. Paul touche 700 000 livres par mois, plus 8 000 livres quotidiennement comme frais de transport. Il vient tous les jours au travail par bus. Ses parents, eux, ne travaillent plus. Il explique : « Une partie de mon salaire va à la maison. Puis je recharge mon téléphone portable, j'achète des habits. » Il travaille dans l'atelier du plexi. Il sait maintenant lire et écrire. Comme tous les jeunes de son âge, il communique par WhatsApp.
Le centre d'accueil a donc évolué pour devenir un centre d'aide par le travail (CAT) dans le but d'assurer aux adultes à capacité spécifique une formation à caractère professionnelle.
Le travail dans leur cas peut remplacer une thérapie de groupe ou un programme éducatif. Le travail les aidera aussi à mieux s'insérer en société, à mieux interagir en groupe.

 

Double défi
Avec la réussite de cette première initiative, « nous avons créé différents départements pour consolider la chaîne de production. En effet, il ne suffit pas de produire. Il faut d'abord savoir les besoins du marché, les nouvelles tendances, pour écouler les produits fabriqués. Il faut par ailleurs trouver les matières premières à bon prix pour ne pas être dépassé par les concurrents. Et il faut enfin un département marketing pour écouler la marchandise », explique le Dr Hajjar.
Ainsi, il y a un double défi à relever. D'abord, il faut évaluer et utiliser les aptitudes des personnes qui veulent intégrer le centre, ensuite il convient de réfléchir comme toute société qui ne veut pas faire faillite.
Par ailleurs, « nous avons découvert qu'un certain nombre de ces personnes ont des capacités minimes qui ne leur permettent pas de se concentrer pour travailler. Pour ces personnes, nous avons conçu un Centre d'accueil de jour (CAJ) », poursuit le Dr Hajjar. À partir donc du principe de la dignité humaine, l'ONG estime que toute personne a droit à une qualité de vie visant à son épanouissement et à celui de sa famille. Une série d'activités (dessins, musicothérapie, sport), entre 8h du matin et 14h, du lundi au vendredi, sont actuellement proposées à 35 personnes dans le cadre du CAJ.


Une troisième catégorie de personnes est également prise en charge par l'ONG. Il s'agit des personnes âgées à capacité réduite et celles dont les parents sont trop vieux pour s'occuper d'elles ou décédés. Au Liban, il existe des institutions psychiatriques et des maisons de repos pour vieux. Mais ces deux types d'institutions ne font pas l'affaire pour cette catégorie de personne à capacité réduite.
Pour elles, Message de paix a conçu une maison d'accueil. Il s'agit d'un endroit qui recrée une atmosphère familiale afin de ne pas déraciner ces personnes et les déstabiliser. Ce centre qui a la capacité de recevoir 24 personnes en accueille actuellement 12.
Entre les trois départements, le centre accueille donc actuellement entre 75 et 80 personnes.

 

L'autofinancement
Message de paix a été conçue dès le départ pour ceux qui n'ont pas les moyens d'envoyer leurs enfants dans des centres privés. « Notre choix a donc été d'accueillir gratuitement ces personnes, en leur prodiguant une qualité de vie de premier choix », précise Hector Hajjar.
Comment dès lors financer un tel projet ? « Nous avons trois axes principaux, explique-t-il. D'abord l'État couvre une partie importante des frais. Ensuite, des donations privées sont versées. Enfin, les recettes de la production des ateliers couvrent l'essentiel des dépenses. »
« Notre objectif reste toutefois l'autofinancement, ajoute-t-il. Par exemple, en 2015, l'État n'a pas honoré ses obligations durant les douze mois. On a quand même réussi à financer tous nos projets jusqu'à ce que l'État verse son dû, un an plus tard. »


Message de paix est contrainte de se développer rapidement et efficacement pour répondre aux énormes défis qui l'attendent si l'ONG ne veut pas être anéantie par le marché et pour trouver de nouvelles opportunités de travail à ceux qui frappent à sa porte.
« Malgré le fait que nous sommes une ONG, nous avons le défi d'être au même niveau que nos concurrents, le même service et le même prix », explique-t-il, en laissant la parole à l'une des travailleuses du centre. Marie-Thérèse n'est plus jeune. Elle est atteinte d'une maladie dégénérative. Mais à l'atelier où elle travaille, « les problèmes restent dehors ». Elle crée la bonne humeur autour d'elle. Malgré son handicap physique, elle travaille consciencieusement. « Nous sommes comme un chapelet, dit-elle, pour bien faire le boulot, il faut que nous travaillions méticuleusement en groupe, chacun fait ce qu'il doit faire avec précision. »


Pour Hector Hajjar, ce succès peut devenir un projet pilote pour la création d'autres centres : « Nous avons aujourd'hui la capacité d'accueillir 35 personnes dans le CAJ. Or, dans chaque localité, nous pouvons trouver 35 personnes à capacité spécifique. Nous œuvrons donc à exporter notre expérience afin de la décentraliser, en transposant notre modèle dans les municipalités à travers de petits centres d'accueil. » Ces nouveaux centres pourront créer du travail pour les jeunes (assistantes sociales, éducateurs, infirmiers), tout en permettant aux personnes concernées de rester dans leur région, dans leur environnement, à travers ce service de proximité.

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