Rassemblées devant le ministère de la Justice, Kafa et les mères des femmes victimes de violence domestique ont appelé à l’accélération des procès contre les coupables.
La fête des Mères, hier, a été imprégnée, pour certaines d'entre elles, de souffrance et de colère contre l'atermoiement observé dans le jugement des personnes coupables de violence contre les femmes. Loin d'être joyeuse, cette fête ne fait que remuer encore plus le couteau dans la plaie. De cet être cher dont la vie a été volée par un conjoint violent, il ne reste plus qu'un souvenir et des portraits qui ornent les coins de la maison.
« La fête des Mères ? Nous la passons en pleurant ! Cela fait deux ans que ma fille a été tuée et son meurtrier est aujourd'hui en liberté ! » Les larmes perlant au coin des yeux, Zeinab Mounzer tente de rester mesurée. Sa fille avait été tuée d'une balle tirée par son mari pour avoir osé demander le divorce, parce qu'elle ne pouvait plus endurer la violence qu'il lui faisait subir. Roukaya était enceinte et mère de deux enfants, alors âgés de 5 et 3 ans.
« Depuis que ma sœur Latifé a été tuée, nous ne célébrons plus la fête des Mères, confie de son côté Fatmé Kassir. C'est une date triste pour ses enfants et pour ma mère qui ne se remet toujours pas de sa mort. Après douze ans de souffrance, Latifé avait réussi à obtenir le divorce et la garde de ses enfants. Six mois plus tard, le 13 avril 2010, son ex-mari était venu lui rendre visite, sous prétexte de voir les enfants. C'est alors qu'il l'a tuée. Il a avoué son crime et a été jugé à dix-huit ans de prison. Mais cela ne suffit pas. Si la sanction avait été plus sévère, elle aurait servi de leçon pour d'autres hommes. »
(Lire aussi : « Bil qanoun », ou la démarche légale pour se protéger de la violence domestique)
Brandissant une pancarte qui dénonce « la peine réduite » dont a écopé le « meurtrier » de sa sœur, Fatmé Kassir a rejoint hier le rassemblement de solidarité avec les mères des femmes victimes de violence domestique, organisé par l'ONG Kafa devant le ministère de la Justice, à Badaro, pour rappeler aux autorités concernées et à l'opinion publique ces dossiers qui sont toujours en suspens. L'ONG a également remis une lettre à la directrice générale du ministère de la Justice, la magistrate Mayssam Noueiri, dans laquelle elle affirme qu'elle continuera à soutenir ces familles et qu'elle ne baissera pas les bras « parce que nous avons des droits et nous continuons à faire confiance au rôle de la justice pour mettre fin à la violence domestique à travers des procès rapides et des sanctions sévères et dissuasives ». L'ONG rappelle dans ce cadre que depuis mai 2013 à ce jour, les cas de vingt et une femmes tuées par l'un des membres de leurs familles ont été rapportés. Pas un seul jugement n'a encore été émis.
« En cette journée, nous ne pouvons pas oublier qu'il y a des femmes qui ont été tuées de sang-froid devant leurs enfants et que des mamans ont perdu goût à cette fête parce qu'elles ont perdu leurs filles, explique Leila Awada, avocate et membre de l'ONG Kafa. À ce jour, pas un seul jugement n'a été émis contre les coupables. Plus encore, certains d'entre eux sont toujours en liberté. Le mari de Roukaya Mounzer a même bénéficié d'une remise en liberté, bien qu'il ait été jugé et que son dossier ait été déféré devant la cour d'assises. »
Et Leila Awada d'affirmer : « On ne peut pas mettre un terme à la violence domestique ou du moins en limiter les dégâts que si les deux processus judiciaires de la sanction et de la protection vont de pair. Pour ce qui est de la protection, la prestation des magistrats est efficace et exceptionnelle. Reste que les procès soient accélérés et que les sanctions soient suffisamment dissuasives. Nous savons tous que le processus judiciaire est lent. C'est la raison pour laquelle nous appelons à la création d'un tribunal chargé des affaires familiales. »
Lire aussi
Une maman est une fleur qui se fane, le billet de Rania Raad Tawk
Pour memoire
Quatre mois après son mariage, elle est tuée par son mari
Elle porte plainte contre lui, il l'abat de 17 balles de kalachnikov


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine