La livre syrienne est tombée à un dollar pour 475 livres au marché noir, heurtée de plein fouet par l’annonce du retrait des troupes russes cette semaine. Muzzafar Salman/Reuters
Usée par une guerre qui a infligé des dégâts incalculables à l'industrie, aux infrastructures et à l'économie, la monnaie syrienne a atteint un nouveau plus bas cette semaine après que la Russie eut annoncé réduire son soutien militaire au président Bachar el-Assad.
La livre syrienne est tombée à un dollar pour 475 livres au marché noir, soit une dépréciation de 90 % depuis le 18 mars 2011, jour où les forces de sécurité ont tiré sur des manifestants dans la ville de Deraa, provoquant une révolution ayant dégénéré en guerre civile. Soutenu financièrement et commercialement par l'Iran, le gouvernement syrien avait réussi à stabiliser la livre au début du conflit. Mais les circonstances ont ensuite conduit à l'effondrement de la monnaie. La perte de contrôle de territoires et de postes de frontières, l'effondrement du commerce, puis les sanctions occidentales et la chute des investissement venus du Golfe ont heurté les cours de plein fouet. Ajouté à cela, la dévastation de villes importantes et le déplacement forcé de la moitié de la population a également contribué à la dépréciation de la livre.
L'effondrement de la monnaie a fait grimper l'inflation, pesant sur le quotidien des Syriens qui éprouvent désormais de grandes difficultés à se procurer des biens essentiels comme la nourriture ou l'électricité. Par ailleurs, si les dépenses budgétaires du gouvernement ont plus que doublé en livre, en équivalent en dollar elles se sont effondrées.
Panique
L'intervention militaire surprise de la Russie en septembre a favorisé Bachar el-Assad, mais n'a que brièvement endigué le déclin de la monnaie. Les récentes déclarations de Moscou, qui a indiqué lundi que la Russie allait retirer ses troupes du pays, ont largement pesé sur la livre. « Ces derniers jours il y a eu encore plus de pression (sur la livre), du fait de la déclaration des Russes », a déclaré à Reuters un homme d'affaires basé à Damas. « Il y a eu une réelle panique. »
Au début de la révolution, un dollar valait environ 47 livres syriennes. « Aujourd'hui le taux de change (officiel, de la Banque centrale) est autour de 406 livres pour 1 dollar, mais il a atteint 475 sur le marché noir », a indiqué Hani el-Khoury, un consultant financier basé à Damas. Il a ajouté que des efforts de la part des institutions publiques avaient empêchés une dépréciation encore plus importante. « Comparativement à l'étendue de la crise et vu son impact dévastateur sur l'économie, la livre aurait pu être bien plus affectée », a-t-il expliqué à Reuters au téléphone.
Des injections de monnaie depuis l'Iran – d'une valeur estimée à plusieurs centaines de millions de dollars – et les paiements en dollars de Syriens travaillant à l'étranger ont aussi contribué à empêcher un effondrement plus important, ont déclaré des banquiers. Le gouvernement a également mis un frein aux échanges monétaires, dans le but de réduire le fossé entre le taux de change officiel et celui du marché noir. Mais ces dernières semaines le taux de change officiel a chuté aussi rapidement que celui du marché noir, montrant les limites de l'influence de la banque centrale.
Dollarisation
La chute de la livre a poussé les traders syriens à se financer de plus en plus en monnaies étrangères, a expliqué M. Khoury, une tendance qui a probablement été accentuée par l'afflux de milliards de dollars d'aide humanitaire internationale dans le pays. « L'économie syrienne a été dollarisée – au niveau des importations et du financement, ainsi qu'au niveau de l'épargne et de l'aide provenant de l'extérieur », a ajouté M. Khoury. Cela, combiné aux pressions continues dues à la guerre, signifie que quelles que soient les mesures prises par les autorités, la livre « devrait continuer à décroître graduellement ».
« Dans chaque rue de Damas il y a un taux différent, idem à Homs, Alep, ou Damas, le taux de change n'est pas le même », a indiqué l'homme d'affaires damascène, ajoutant avoir peu d'espoir quant à la reprise de la livre tant que les combats auront lieu.
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