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Économie

À la Bourse de Damas, des actionnaires désemparés rêvent de l’après-guerre

Focus

Ouverte en 2009, la Bourse de Damas ne représente désormais plus qu'une vitrine que le régime tient à garder pour montrer « que l'économie progresse », selon un analyste.

OLJ
09/12/2015

En attendant un hypothétique rebond, Mohammad al-Haraki est l'un des derniers à fréquenter la Bourse de Damas qui n'a pas échappé à l'effondrement de l'économie syrienne depuis le début du conflit en 2011.
Cet ancien homme d'affaires de 52 ans avait acheté pour plusieurs millions de livres syriennes d'actions dès l'ouverture de la Bourse en 2009, dans l'espoir de toucher le pactole. Mal lui en a pris. « Avant, je venais ici pour compter mes gains. Aujourd'hui, mes pertes sont considérables. Je ne vais pas vendre mes actions car je risque de perdre encore plus », se lamente-t-il. « La Bourse, c'est ma passion mais parfois je viens ici juste pour dormir », avoue M. Haraki, modestement vêtu.
Les chiffres sont éloquents : la valeur des échanges se montaient à 7,8 milliards de livres syriennes (40 millions de dollars) en 2011. Elle n'était plus que de 3,3 milliards (10 millions de dollars) trois ans plus tard. La capitalisation boursière est certes passée de 83 milliards de livres syriennes (380 millions de dollars) en 2011 à 125 milliards (570 millions de dollars) en 2014 mais ce n'est qu'un leurre car, dans le même temps, la monnaie nationale a plongé face au dollar. Le billet vert s'échangeait à 250 livres syriennes (1,13 dollar) en 2014 contre 60 (0,27) en 2011. La faute à un conflit qui a fait plus de 250 000 morts, forcé plus de onze millions de personnes à quitter leur foyer et détruit la plupart des infrastructures du pays. Selon des experts, l'économie syrienne est revenue trois décennies en arrière.
Dans une confortable salle de 160 sièges en cuir noir, face au tableau électronique où s'affichent les transactions, Mohammad al-Haraki retrouve du lundi au jeudi son compagnon d'infortune, Amer Tomé, 50 ans. « Je n'ai jamais manqué une seule séance, même quand les obus pleuvaient sur la ville. Avant la guerre, la salle était pleine d'investisseurs et de courtiers, aujourd'hui il n'y a que nous deux et les employés. Tout le monde est parti », dit-il.

« Vieux fou »
La Bourse a ouvert ses portes en 2009 dans le cadre d'un plan de « libéralisation économique » entamé après l'adoption de « l'économie sociale de marché » lors d'un congrès du parti Baas du président Bachar el-Assad en 2005. Au début, il y avait neuf sociétés cotées. Il y en a aujourd'hui 24 mais les échanges ne sont actifs que sur six d'entre elles, essentiellement dans les secteurs de la finance et des assurances.
Malgré le contexte, le directeur de la Bourse, Maamoun Hamdane, qualifie de « victoire » le seul fait « qu'elle n'ait jamais fermé malgré la guerre ». « Depuis de longues années, les économistes syriens rêvaient d'une Bourse (...). Aujourd'hui nous attendons tous la fin du conflit pour relancer notre programme économique », assure-t-il.
L'analyste Jihad Yazigi estime que la Bourse de Damas est seulement une vitrine que le régime tient à garder pour « montrer que tout va bien et que l'économie progresse ». « La Bourse donne un sentiment de modernité et permet d'intégrer l'économie dans le système international », explique-t-il. « Il est donc très important pour le gouvernement de maintenir cette institution qui lui permet d'affirmer sa légitimité. »
En dépit des pertes qu'il a essuyées, Mohammad al-Haraki continue d'acheter des actions. « On me considère comme un vieux fou, car j'achète des actions cinq ans après (le début de) la guerre et je garde mes anciennes », ajoute cet homme d'affaires. « Je suis même prêt à en acheter davantage si de nouvelles sociétés » entrent en Bourse. « Les prix des actions sont au plus bas, il faut profiter de l'occasion. Demain, quand la guerre finira et que les prix repartiront à la hausse, je les revendrai. Ce genre d'investissements demande de la patience », dit-t-il.

Maher AL-MOUNES/AFP

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