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Culture - Mois De La Francophonie

Pourquoi écoute-t-on, aujourd’hui, Lady Gaga ?

Alan (Sapritch) Lemesle n'avait jamais quitté sa France natale. Pour la première fois, l'artiste fait sa valise pour la défaire à Beyrouth*, heureuse élue. Dans ses bagages, un spectacle détonant et délirant sur l'histoire de la musique.

Sapritch : « Le disco est une maladie inventée pour liquéfier les cerveaux. »

Alan Lemesle, né au Havre en 1981 et musicien de formation, choisit le pseudonyme de Sapritch, en hommage à l'actrice française d'origine arménienne Alice Sapritch. Il pratique le rap, joue de la guitare et s'essaie à la comédie, à l'école de la vie. Dans un petit village près de Tulle, le fief de François Hollande, auprès des arbres aux troncs lignifiés, il tente de retrouver sa propre ligne de vie et réfléchit à ses branches artistiques. Un passage à vide qui aura duré deux ans, avant qu'il n'atterrisse sur les planches, avec un «one-man-show conférence». Et à Beyrouth, dans le cadre du Mois de la francophonie, à l'invitation de l'Institut français du Liban.


Pourquoi écoute-t-on aujourd'hui Lady Gaga? Telle est la question existentielle que pose Sapritch. Sur scène, il campe le rôle d'un professeur de conservatoire dont le sérieux ne tardera pas à se confondre aux fous rires du public enchanté...


Le spectacle retrace l'histoire de la musique occidentale des années 30, du blues, jusqu'à nos jours, en passant par les Beatles, les Stones, Sting, ou Santana. Le récit est interrompu par des morceaux de musique que Sapritch partage avec son public, ou qu'il joue et auxquels se greffent des commentaires drôles, caustiques et acerbes pour traduire le fond de sa pensée (ou pas). Induire le spectateur en erreur et le pousser à se poser des questions, à réfléchir, voire, dit-il, à établir un contact avec son voisin «est un exercice périlleux» qu'il se plaît à faire. Son personnage sur scène possède deux personnalités. Toutes deux sont au service du spectacle. Elles conversent avec un batteur virtuel, qui est même affublé d'un prénom, Roland, et elles engagent à rire ou à s'interroger.

 

(Lire aussi : Philosophe, certes, mais ni musicien ni mélomane, juste musicolâtre...)

 

Le disco est une maladie
Sapritch évoque le disco pour n'en dire que du mal. Il expose sa théorie surréaliste: mis au point par les Américains pour envahir l'Europe, le disco est une maladie inventée pour liquéfier les cerveaux, on y a mêlé les gènes harmonieux de la soul aux microbes contenus dans le rythme endiablé de la bourrée auvergnate. «C'est le cancer du funk», martèle-t-il. Il se souvient de la partition magique des Beatles et leur suite d'accords que l'on retrouve à peu près dans la plupart de leurs chansons, sans omettre de mentionner au passage l'industrie du disque et la guerre déclenchée par les maisons de production («pur mensonge commercial», dit-il), qui oppose les Beatles aux Stones, à but purement lucratif.
Citant le dernier disque de Bénabar, «le Vincent Delerm du pauvre», où il raconte les faits d'un quotidien tant de fois décrit, Sapritch lui trouve un autre titre: Pas la peine de l'acheter, c'est le même que celui d'avant. Il ne manquera pas de signaler l'insertion des morceaux classiques tels que Mozart chez Boris Vian ou Dvorak chez Gainsbourg. Enfin, pour l'artiste, le rap est une musique engagée et rebelle, celle qui fait résonner les maux de la France.

 

La résistance du mot
Sapritch avoue que son spectacle n'est pas toujours objectif, mais qu'il invite à la curiosité et à l'esprit critique. «C'est comme, dit-il, regarder les infos à la télé, pour aller par la suite vérifier laquelle des trois chaînes dit la vérité.» Et de poursuivre: «Je suis un amoureux des mots, je m'attelle à préserver, dans mon spectacle, un niveau de langage très élevé et à pratiquer un français des plus corrects. Je déplore le manque de communication devant les caisses de supermarché, en ascenseur ou sur le palier d'un immeuble.»
La musique trace des chemins que Sapritch invite à emprunter, pour que les langues se délient, pour que les liens se tissent, pour que l'enchantement opère. Sapritch déploie tout son talent et n'oublie pas de bien garder avec lui la baguette magique que Brune, l'aînée de ses trois filles, sûre des pouvoirs de son père, lui avait confiée pour son spectacle. Un spectacle prévu, à l'origine, pour être joué une seule fois, mais qui se produit encore, 4 ans et 200 représentations plus tard...

 

* « T'as vu ce que t'écoutes ? ! », conf' humoristique de Sapritch, ce soir à la MJC de Zouk Mikael, 20h (tél. : 09/644427-8), et demain samedi 19 mars, à 19h, au théâtre Montaigne de l'Institut français (tél. : 01/420232).

 

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