Anniversaire

Le triple coup de Poutine pour les cinq ans de la guerre en Syrie

C'est le cadeau de Vladimir Poutine pour l'anniversaire des cinq ans du conflit syrien. Juste après que L'Orient-Le Jour eut mis sous presse son dossier spécial Guerre en Syrie, an V.
Le président russe a ainsi annoncé hier le début du retrait, à partir d'aujourd'hui, de la majeure partie de son contingent militaire, compte tenu du fait que la mission a été « globalement accomplie ». Le nouveau coup de poker du maître du Kremlin a surpris tout le monde. Mais que signifie réellement cette annonce ? Est-ce un nouveau tournant majeur, au moment de la reprise des négociations de Genève, ou un coup de communication savamment orchestré ?

Plusieurs hypothèses sont plausibles. L'intervention russe, débutée le 30 septembre dernier, a effectivement permis d'atteindre les objectifs officieux, à savoir sécuriser le réduit alaouite – notamment la province de Lattaquié – et reprendre la main sur le dossier diplomatique. Les Russes sont revenus sur le devant de la scène internationale, ont écarté l'hypothèse d'une défaite militaire de leur allié Bachar el-Assad et ont fait une démonstration grandeur nature de leurs avancées technologiques en matière de défense. Mais leur objectif officiel, à savoir la lutte contre le terrorisme, est quant à lui loin d'être atteint. L'État islamique (EI) est encore là tout comme la branche syrienne d'el-Qaëda, le Front al-Nosra.

Qu'est-ce qui motive alors la décision de M. Poutine de retirer les forces russes ? La première interrogation peut concerner la réalité de ce retrait dans le sens où le Kremlin a précisé que « la partie russe conserve sur le territoire syrien un site de maintenance de vols », sûrement la base aérienne de Hmeïmim, dans la province de Lattaquié. Cela devrait lui permettre de continuer de bombarder l'opposition armée à M. Assad, sous prétexte de lutte contre le terrorisme.

(Éclairage : Washington et Moscou, maîtres du jeu en Syrie)

 

Cadeau empoisonné
Avec cette déclaration, M. Poutine réalise en fait un triple coup. Un : c'est un moyen d'éviter l'enlisement alors que l'opération syrienne a un prix exorbitant pour une économie russe asphyxiée par les sanctions internationales et la baisse des prix du pétrole. Deux : c'est un gage de bonne volonté, adressée aux Occidentaux, à la veille des négociations syriennes. Moscou veut montrer qu'il n'est pas inflexible et envisage peut-être de coopérer avec les Occidentaux pour préparer la reprise des territoires de l'Est syrien, sous le joug de l'EI. Trois : c'est enfin un moyen de mettre le président Assad sous pression, en lui montrant que les Russes ne lui sont pas définitivement acquis. Les Russes ne semblent pas favorables, contrairement au président syrien, à une opération visant à reconquérir l'Est syrien. Certaines rumeurs font également écho d'un certain agacement des Russes vis-à-vis du manque de coopération de M. Assad.

Après l'annonce du Kremlin d'un accord entre le président Poutine et son homologue syrien sur les modalités de ce retrait, le régime a affirmé dans la soirée que la Russie continuera à le soutenir dans sa lutte contre le « terrorisme ». Damas a fait cette déclaration alors que Moscou, par le biais de son ambassadeur à l'Onu, a insisté sur le fait qu'il était désormais passé en « mode politique, en mode de cessation des hostilités », et que la diplomatie russe avait reçu l'ordre « d'intensifier (ses) efforts pour aboutir à un règlement politique en Syrie ». Deux messages qui pourraient sembler contradictoires, compte tenu du fait que Moscou et Damas considèrent comme terroristes tous les opposants armés à Bachar el-Assad. L'annonce du président russe ressemble fortement à un cadeau empoisonné. Mais pour qui ? Pour Damas ? Pour les Occidentaux ? Pour l'opposition syrienne ? Ou pour les trois ?

 

Pour mieux comprendre
Au moment donc de mettre sous presse le dossier consacré au cinquième anniversaire du soulèvement syrien, le président russe n'avait pas encore fait son annonce. Mais, avant celle-ci, le conflit syrien avait déjà connu plusieurs tournants majeurs, qui ont permis à M. Assad de conserver son pouvoir et ont provoqué une onde de choc, qui s'amplifie d'année en année, sur l'échiquier mondial. La révolution syrienne de 2011, devenue guerre civile puis guerre par procuration, est aujourd'hui l'imbrication d'une multitude de conflits qui orientent non seulement la perception que les Syriens ont de leur propre guerre, mais aussi celle qu'en a le reste du monde.

C'est pour mieux comprendre comment ces cinq années ont détruit la Syrie, ont mis la région à feu et à sang, et ont déstabilisé les relations internationales que L'Orient-Le Jour a préparé ce dossier. Pour répondre ne serait-ce qu'à une seule question : Syrie an V, pour quoi, pour qui et comment en est-on arrivés là ?


Lire aussi dans notre dossier spécial Guerre en Syrie, an V

Le fédéralisme pour réunifier la Syrie ?, le commentaire d'Antoine Ajoury

1 001 guerres de Syrie – et une seule question, l'analyse d'Anthony Samrani

Quatre idées reçues sur la guerre en Syrie, le décryptage de Caroline Hayek

Pourquoi et comment Bachar el-Assad est encore au pouvoir, le décryptage de Lina Kennouche

Un sunnite, un chiite, un chrétien : 3 regards, 3 guerres, 3 Syrie, les témoignages recueillis par Samia Medawar

Un échiquier mondial chamboulé à cinq niveaux par le conflit syrien, l'article de Géraud de Vallavieille

À Alep, l'hyperrésistance de Hassan et Alya, le récit de Chérine Yazbeck

Les civils en Syrie et la « responsabilité de protéger », la tribune de Tarek Mitri


C'est le cadeau de Vladimir Poutine pour l'anniversaire des cinq ans du conflit syrien. Juste après que L'Orient-Le Jour eut mis sous presse son dossier spécial Guerre en Syrie, an V.
Le président russe a ainsi annoncé hier le début...

commentaires (4)

Je me demande pourquoi quand je prend à mon compte certaines des vérités énoncées dans cet article , à moi , on ne me publie pas ??? J'ajouterai qu'il est trop tôt de tirer des conclusions sur cette décision de se retirer après l'accomplissement des bénéfices sur le terrain , parce que je ne pense pas que les russes ayant fait engranger aux résistants syriens des victoires, se mettraient en mode de retrait défaite ??

FRIK-A-FRAK

11 h 53, le 15 mars 2016

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Commentaires (4)

  • Je me demande pourquoi quand je prend à mon compte certaines des vérités énoncées dans cet article , à moi , on ne me publie pas ??? J'ajouterai qu'il est trop tôt de tirer des conclusions sur cette décision de se retirer après l'accomplissement des bénéfices sur le terrain , parce que je ne pense pas que les russes ayant fait engranger aux résistants syriens des victoires, se mettraient en mode de retrait défaite ??

    FRIK-A-FRAK

    11 h 53, le 15 mars 2016

  • Oui,Syrie an V ,POURQUOI,POUR QUI ,ET COMMENT ON EST ONT ARRIVE LA ?????????????L'HISTOIRE LE DIRA...

    Soeur Yvette

    10 h 56, le 15 mars 2016

  • UN EXPERT RUSSE EN ANALYSE DIPLOMATIQUE, ECONOMIQUE ET MILITAIRE A DIT HIER QU,IL Y A ENTENDEMENT -CONNIVENCE- ENTRE OBAMA/POUTINE... QUE LA PREMIERE RAISON DU RETRAIT RUSSE C,EST LE SAIGNEMENT A BLANC DE LEUR ECONOMIE... CHOSE QUE J,AVAIS MENTIONNEE PLUSIEURS FOIS DANS CE FORUM EN SPECIFIANT QUE L,ECONOMIE DECIDE DE QUI EST GRANDE PUISSANCE OU NE L,EST PAS ECONOMIQUEMENT COMME MILITAIREMENT... A CAUSE DE L,INTERVENTION EN SYRIE... ET LE DESACCORD AVEC LES DERNIERES DECLARATIONS DE ASSAD ET DE MOUALLEM... POUR LE RUSSE TOUT EST NEGOTIABLE ! ET RIRONT TOUJOURS BIEN ET FORT...CERTES... QUI RIRONT LES DERNIERS ! NON SEULEMENT AILLEURS MAIS AUSSI A LA DEMEURE...

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    06 h 59, le 15 mars 2016

  • Vladimir Potine ,est un bon tacticien ...il valide sa position ...pour bien démontré qu'il est incontournable sur le terrain et à la table de négociation ...par contre, pour ce qui est de Normal 1er ...il est contournable en 3D ...dans le temps et l'espace ......

    M.V.

    06 h 24, le 15 mars 2016