L’édito de Émilie SUEUR

Où sont les femmes ?

L’édito
08/03/2016

Quel est le point commun entre la lutte contre le cancer, l'ours polaire, les personnes disparues, l'eau, le logiciel libre et la femme ? Réponse : ils ont tous leur journée mondiale. Celle de la femme tombe aujourd'hui. On aurait préféré que la femme, à l'instar de l'homme, en soit exemptée, mais la situation ne le permet pas.

Par respect pour celles et ceux qui ont lutté ou luttent depuis des décennies pour les droits de la Libanaise, il faut rappeler que de belles victoires, sur un champ de bataille pourtant bien miné, ont été enregistrées. Il fut un temps où une Libanaise ne pouvait ouvrir un commerce sans l'autorisation de son mari ou témoigner au registre foncier, ce au même titre que les mineurs, les fous, les sourds ou ceux ayant fait l'objet de certaines condamnations pénales.

Mais aujourd'hui, alors que la réalité devient virtuelle, l'intelligence artificielle, le corps 2.0 et l'espace la prochaine destination touristique, la femme libanaise ne bénéficie toujours pas de droits somme toute très basiques.

Des droits comme celui, privilège masculin, de transmettre sa nationalité à ses enfants. Une égalité de traitement, au niveau du statut personnel, quand il s'agit d'héritage, de divorce ou de garde des enfants, serait également urgente. Sans parler de la nécessité de laisser le religieux et la tradition à la porte de la chambre à coucher et d'ouvrir la voie à une criminalisation du viol conjugal.

Mais il y a aussi tout ce champ en dehors du droit.

Mercredi dernier, en prévision de cette journée mondiale de la femme, nous avons fait une petite expérience. Nous avons rassemblé toutes les photos publiées par Dalati et Nohra, l'agence officielle du gouvernement libanais qui couvre l'activité politique locale. Sur ces photos, nous avons cherché les femmes, que ce soit au niveau des activités du gouvernement, du Parlement ou de la scène politique en général. Le gouvernement ne comptant qu'une ministre et la Chambre quatre députées (sur 128 parlementaires), le résultat de cette expérience est à la fois sans surprise et édifiant. Le peu de femmes visibles sur ces photos sont la plupart du temps membres du public ou des médias.

L'on peut regretter, dénoncer, condamner cette situation. L'on doit, ensuite, comprendre les raisons de cette sous-représentation, se mobiliser et s'engager. Les Libanaises, surtout, doivent s'engager. Elles le font déjà admirablement au sein de la société civile. Cela ne suffira pas. Elles devront aussi descendre dans l'arène politique, investir toutes les instances étatiques et travailler le corps libanais de l'intérieur, avec les armes de la politique, pour changer la société.

Dans quelques mois devraient avoir lieu les élections municipales. Pour une fois que des élections sont organisées au Liban, il s'agirait de ne pas laisser passer cette opportunité.

 

Lire aussi
Donner aux femmes les moyens de devenir des agents du changement, la tribune de Ban Ki-moon

À la une

Retour à la page "L'édito"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Zaarour Beatriz

Merci Mme Sueur de défendre les droits "basique des femmes"! Et c'est bien dit!

À mon humble avis, l'égalité entre l'homme et la femme rendrait la vie trop monotone; je préfère défendre la complémentarité

stambouli robert

tant que les homes de religion se meleront des affaires prives les femmes n'auront aucune chance de changer leur statut
la negation de la nationalite aux enfants des femmes vient de l'epoque des palestiniens qui epouseraient des filles libanaises et dont les enfants deviendraient alors Libanais

Gebran Eid

ELLES SONT EN ARABIE SAOUDITE CHÈRE ÉMILIE.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL Y A QUAND MEME UNE GRANDE DIFFERENCE... TRES CHERE MADAME EMILIE SUEUR... LES CI-HAUT ENUMERES ONT ENCORE L,ESPERANCE CAR ILS NE DEPENDENT PAS... COMME LA FEMME... DES BARBES ET DES TURBANS !!!

Soeur Yvette

Oui,donner aux femmes de devenir des agents du changement...oui elle en ait capable...

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Au-delà du ton violent, Nasrallah et Hariri maintiennent entrouverte la porte des négociations...

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué