Dossier spécial orientation professionnelle

Les métiers du spectacle

Metteur en scène : un « chef d’orchestre » du théâtre, doté de qualités relationnelles et organisationnelles

Photo AFP

Maestro des planches, le metteur en scène conjugue ses facultés créatrices à sa lecture conceptuelle du texte qu'il visualise et met en mouvement sur scène, grâce à des acteurs qu'il dirige et une scénographie qu'il supervise.

23/03/2016

La mission du metteur en scène
« Un metteur en scène met en forme un texte qui peut appartenir à n'importe quel répertoire », estime Betty Taoutel, metteur en scène et dramaturge. Il joue le rôle du « chef d'orchestre ». Dans ce métier où les limites sont poreuses, il collabore de près avec les membres de l'équipe. Il réfléchit avec le scénographe, l'éclairagiste, pense la musique, le costume, explique les ambiances et son message. Il travaille également avec les acteurs et les dirige. Ainsi, « le metteur en scène guide les autres dans leur réflexion », souligne Betty Taoutel.
Au niveau des étapes du travail, le metteur en scène choisit tout d'abord un texte et le repense, avec son auteur, de façon à « trouver une formulation des idées accessible au public, ce qui peut prendre des mois », explique la jeune femme. Ensuite, les acteurs et les autres membres de l'équipe sont choisis. C'est le début des réunions et des répétitions. Cependant, « la mise en scène commence énormément dans la tête », indique Betty Taoutel. « Pendant les répétitions, nous faisons des essais et des improvisations avec les acteurs pour voir ce que ça donne », révèle-t-elle. Le rythme du travail monte en crescendo avec l'approche de la date des représentations. L'équipe finit par répéter tous les soirs, à raison de cinq heures quotidiennes, pendant six à huit semaines, les samedis inclus.
En parallèle, quand le metteur en scène est dramaturge, il écrit lui-même un texte ou en choisit un et l'adapte à sa manière, « constituant une forme de réécriture ».

 

Les difficultés
Le metteur en scène doit supporter un état de stress permanent, vu la responsabilité qu'il a de mener à bien son projet et d'être prêt le jour de la première. En effet, celle-ci est fixée un an à l'avance, au moment de la réservation de la salle. « Les invitations sont envoyées un mois avant la date de la première. Ça devient une course contre la montre. On doit respecter le temps, enchaîne Betty Taoutel, et ce malgré tous les obstacles qui peuvent entraver le cours ordinaire du travail. »
S'y ajoute une seconde contrainte, celle de la réussite. « Le jour J est sacré, le public et la presse vont donner le verdict, décider si ça va plaire ou pas. Toute une année de travail peut tomber à l'eau si le spectacle ne plaît pas, c'est pour cela que c'est stressant et qu'on a le trac », confie cette professionnelle des planches.
Par ailleurs, le théâtre n'est souvent pas rentable. En plus de la difficulté d'être financé, les rentrées sont imprévisibles, surtout dans ce pays, secoué par des crises politiques ou sécuritaires. « On doit souhaiter d'être chanceux, qu'il n'y ait pas de catastrophes naturelles ou politiques ! révèle-t-elle, un tantinet ironique. Comme on loue le théâtre pour une période limitée, on n'a pas l'occasion de prolonger. »

 

Les qualités requises
« Plus qu'une passion, le théâtre est une addiction dont il est très difficile de sortir. Cela devient un besoin, un besoin de mettre en scène ! affirme Betty Taoutel. La créativité y est ainsi indispensable. Pour l'alimenter, un metteur en scène doit voir beaucoup de spectacles et de films, lire, être curieux et puiser autour de lui. »
Pour exercer cette profession, il faut d'abord faire des études de théâtre et y expérimenter tous ses métiers « afin de pouvoir, plus tard, guider les autres et imposer sa conception ». Il faut ensuite passer par des expériences préalables à la mise en scène. Ainsi, en connaissance de cause, la réalisatrice conseille de « commencer certainement par être acteur ». De plus, enseigner la mise en scène peut aider à s'impliquer dans ce métier. C'est le cas de Betty Taoutel qui a été « automatiquement placée dans la position du metteur en scène », dirigeant ses étudiants, lors des pièces montées dans le cadre de ses cours universitaires.
En outre, un metteur en scène doit effectuer une recherche personnelle et acquérir une expérience diversifiée afin de trouver un style qui va le caractériser.
Il doit posséder aussi des qualités morales, organisationnelles et relationnelles. Ainsi, selon la jeune femme, il doit être généreux, empathique et donner une marge de liberté à ses acteurs pour les motiver. De même, il doit être présent partout sans s'imposer, être très ferme sans être dictateur, car il a une grande équipe à gérer. « La qualité la plus importante est d'être conciliant et juste pour créer une belle ambiance au sein de son équipe. La réussite du spectacle en dépend », ajoute-t-elle.

 

Les débouchés
Mettre en scène des spectacles peut s'effectuer sur commande. Les tarifications n'existant pas, un débutant pourrait gagner environ 5 000 dollars par projet jusqu'à près de 30 000 dollars pour un metteur en scène expérimenté. Cela dépend de divers facteurs, tels que l'expérience du metteur en scène, la grandeur du projet ou le nombre d'acteurs.
Par contre, un metteur en scène peut prendre lui-même l'initiative de choisir des textes et les mettre en scène. « Mais, comme il n'y a pas de salaire, il faut faire un métier à côté, prévient Betty Taoutel, comme enseigner, organiser des ateliers de formation ou travailler à la télé. »

 

Comment devenir metteur en scène

Au Liban, l'étudiant peut obtenir une licence et un master, à l'institut des beaux-arts de l'Université libanaise, ainsi qu'à la faculté des beaux-arts et des arts appliqués de l'Université Saint-Esprit de Kaslik, pour 102 crédits la licence et 36 le master.
À partir du printemps 2016, le département Communication Arts de la Lebanese American University prodiguera un BA en Performing Arts, le théâtre étant inclus dans le cursus.

 

 

 

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