Dossier spécial orientation professionnelle

Les métiers du spectacle

L'éclairagiste, artiste des effets lumineux

Photo bigstock

23/03/2016

La mission de l'éclairagiste
Éclairer une scène signifie donner des clés à la lecture des différents niveaux sous-entendus dans une pièce de théâtre. Ainsi, « un éclairagiste n'est pas un électricien dont la simple et unique tâche est d'allumer un projecteur. Son travail consiste plutôt à concevoir un éclairage, propre à chaque scène, qui transmet au mieux l'idée du metteur en scène », explique Hagop Derghougassian, éclairagiste en exercice depuis près de vingt-deux ans.
Ce métier est conceptuel en même temps que technique. Le travail débute dès les premières réunions d'équipe jusqu'à la représentation. Ainsi, cet artiste accompagne-t-il la lecture du texte, participe aux discussions avec le metteur en scène et le scénographe puis assiste aux répétitions. Commence alors, sur papier, son travail créatif : celui d'avoir sa propre interprétation en matière d'éclairage et de proposer une dramaturgie qui convient à la pièce. Il s'agit, entre autres, selon Derghougassian, « d'exprimer des idées à travers un éclairage et une gamme de couleurs pour donner une certaine signification à une scène », ou de contribuer dans la définition de l'identité des personnages. « Dans une pièce de théâtre, pour éclairer la déesse Athéna, j'ai créé une lumière qui lui était spécifiquement réservée. Ainsi, la teinte dorée annonçait son arrivée ou sa présence sur les planches », relève ce professionnel de l'éclairage.
La phase suivante est celle de la disposition des projecteurs et de la programmation des jeux de lumière. « Le meilleur moment pour installer, c'est la nuit, quand les répétitions se terminent. On peut passer des nuits blanches à travailler, tranquille, avant le retour du reste de l'équipe, le lendemain », révèle-t-il. En effet, c'est un métier dont le rythme est irrégulier, où il n'y a pas de routine, où il ne faut pas compter les heures.

 

Les difficultés
Le métier d'éclairagiste est encore méconnu. « Il faut que les gens acceptent l'idée que créer une lumière est un travail artistique. Ce n'est pas seulement un travail physique et manuel, il faut que l'éclairagiste ait sa place dans l'équipe et que son nom figure sur l'affiche », insiste M. Derghougassian. En découle un problème financier. L'artiste éclairagiste est parfois payé comme un électricien, son travail étant sous-estimé.
La grande difficulté, par ailleurs, reste le temps. « C'est à la dernière minute parfois qu'on engage l'éclairagiste. Or, la création de lumière doit faire partie de la création de l'œuvre », s'indigne cet artiste. De plus, selon le budget, la salle de théâtre est parfois louée juste quelques jours avant la première de la représentation. « Le temps est insuffisant pour installer l'éclairage, faire les câblages... bref, concrétiser ce qu'on a conçu sur papier. On peut même se heurter à de mauvaises surprises si une idée ne peut pas être exécutée. Il est donc important de faire des tests, ce qui demande du temps », dit-il.
La pression générée pendant cette phase peut causer du stress « qu'on doit pouvoir gérer pour ne pas faire des erreurs dans l'installation ou gâcher ses rapports avec l'équipe », estime-t-il.

 

Les qualités requises
Un éclairagiste doit se donner. « Sans passion, on n'est pas artiste, on est technicien. Il ne faut pas alors s'orienter vers l'éclairage », affirme Derghougassian.
Par ailleurs, il est essentiel d'avoir une grande culture générale en histoire de l'art, surtout visuel et théâtral, et de regarder des pièces de théâtre, car « plus on voit, plus on crée ! ». Le son aussi entre en jeu, la musique inspirant la lumière. Enfin, il faut des connaissances physiques, surtout en électricité optique.
Cet artiste de la lumière souligne, en outre, l'importance d'avoir l'œil. « Il faut bien regarder autour de nous, digérer la beauté que l'on voit avant de créer », note-t-il. Pour apprendre, il conseille d'observer les changements de lumière, de températures de couleur, en fonction de la position du soleil.
Enfin, dans ce métier, il vaut mieux avoir l'endurance physique adéquate pour supporter la fatigue et le stress.

 

Les débouchés
Au Liban, les salles de théâtre étant peu nombreuses, il est difficile d'y être employé. Un éclairagiste travaille plutôt en free-lance et il est payé par jour ou par projet. Pour un éclairagiste qui installe les effets lumineux durant la préparation et pour celui qui est responsable de la manipulation pendant la représentation, la rémunération est la même : un débutant est payé en moyenne 50 000 livres libanaises/jour, alors qu'un professionnel, selon son expérience, entre 75 000 et 150 000 LL/jour.
Quant à l'éclairagiste designer, il est responsable du design, de l'installation et de la programmation, et ce depuis les premières réunions d'équipe jusqu'à la première de la pièce. Un débutant qui vient de commencer dans le domaine touche, par projet, environ 500 000 livres libanaises, alors que celui qui a trois ans d'expérience perçoit 2 millions de LL environ. Par contre, l'éclairagiste designer professionnel gagne, par projet, entre 700 et 5 000 dollars, selon son expérience.
L'éclairagiste peut aussi travailler pour des concerts, des installations, des défilés de mode ou aussi fournir un apport à l'architecture d'un bâtiment.

 

 

Comment devenir éclairagiste

Au Liban, la spécialisation n'existe pas. Divers cours, par contre, sont prodigués dans les filières théâtrales, comme à l'Université libanaise, l'Université Saint-Esprit de Kaslik ou la Lebanese American University.
Pour se spécialiser en éclairage, en France, après un bac+2, il est possible d'intégrer l'Ensatt (École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre), à Lyon. L'étudiant obtient un diplôme en arts et techniques du théâtre – parcours concepteur lumière, en 3 ans, pour un coût total de scolarité qui avoisine les 800 euros.
Un diplôme de régisseur technicien de spectacles existe aussi à l'Esad (École supérieure d'art dramatique du théâtre national de Strasbourg), pour un tarif total d'environ 1 400 euros sur un cursus de trois ans.

 

 

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