Dossier spécial orientation professionnelle

Art, littérature, design

Musicologie : plus qu’un métier, une mission qui nécessite talent et motivation

Le père Toufic Maatouk dirigeant l'orchestre.

23/03/2016

Pour tout étudiant qui serait tenté par des études de musique, une constatation s'impose dès le départ. La musique est une véritable mission et non pas un simple métier. Le père Toufic Maatouk, directeur de l'École de musique des pères antonins et chef du département de musique savante européenne à l'Institut supérieur de musique de l'Université antonine, estime ainsi que le musicien est un individu qui a une mission dans la société à laquelle il donne une valeur ajoutée.
Pour lui, il faut penser à la dimension artistique de la musique avant de penser à cette filière en termes de métier. « Un artiste est une personne talentueuse qui touche les gens par son art, souligne-t-il. En chantant, en dirigeant un orchestre, en jouant de son instrument... il communique son art au public. Malheureusement, nous évoluons dans des sociétés où la communication peut souvent être artificielle et légère. Prenons l'exemple d'un écrivain qui publie un ouvrage correct sur le plan linguistique, mais qui n'a aucune consistance, et Shakespeare dont l'œuvre est assez riche et profonde sur le plan intellectuel. C'est ce qui fait la différence entre un artiste talentueux, un artiste qui n'a rien à dire ou encore un artiste de variétés, comme on en voit beaucoup, non seulement au Liban, mais dans les différents pays du monde. »

 

Qualités requises
Les métiers de la musique englobent plusieurs orientations allant de la pratique musicale sous toutes ses formes (chant, composition, distribution, direction d'orchestre...) à la recherche, en passant par l'enseignement. La formation universitaire en musique et musicologie (science de la musique) consiste à acquérir le savoir nécessaire dans chacun de ces domaines et performer les compétences et le talent des étudiants.
L'étudiant peut venir d'horizons littéraires ou scientifiques. Toutefois, pour pouvoir suivre une formation universitaire en musique et musicologie, il doit « être motivé et avoir du talent », souligne le père Youssef Tannous, doyen de la faculté de musique de l'Université Saint-Esprit de Kaslik (Usek). « C'est une filière qui nécessite qu'on lui consacre du temps, notamment sur le plan de la pratique et de l'entraînement », poursuit-il.
L'étudiant doit aussi « avoir des notions de base en solfège, qui est la grammaire de la musique », insiste le père Khalil Rahmé, directeur de l'École de musique de l'Université Notre Dame de Louaizé (NDU).
Pour certaines filières, comme l'enseignement dans les écoles, il faut savoir jouer d'un instrument. Pour la filière de musique savante occidentale ou orientale, il faut avoir son baccalauréat en instruments, qui est l'équivalent de huit ans d'études en conservatoire ou en école de musique.

 

Défis et contraintes
Les métiers de la musique posent de nombreux défis, l'un des plus importants reste, selon le père Toufic Maatouk, « l'impatience », alors que, pour réussir, il faut « avoir une longue haleine ». « Le problème de nos sociétés, c'est qu'elles ne savent plus attendre, constate-t-il. On veut tout à l'instant même. Cela n'est pas valable dans l'art, qui, sous toutes ses formes, ne peut pas être le fruit de l'instantané. »
Pour le père Maatouk, il faut également se remettre toujours en question et travailler sur soi de manière continue. « C'est un domaine qui nécessite une présence et un engagement continus, relève-t-il. Si nous le lâchons, il nous lâche. C'est comme dans le sport, il faut rester toujours en forme. » À cela s'ajoute le risque de se laisser entraîner par la facilité.
Même son de cloche chez le père Youssef Tannous qui souligne de son côté que, très souvent, les boîtes de production recrutent « les personnes dont le profil correspond à leurs visions et leurs politiques du marché, même si ces personnes n'ont aucun talent ». « Cela porte préjudice à la musique d'un pays, son identité et son avenir musical », déplore-t-il.

 

Débouchés et journées de travail
Selon la filière choisie, les débouchés des métiers de la musique englobent notamment l'enseignement musical dans les écoles, conservatoires ou universités, la critique musicale, la recherche, la composition de génériques de films, de feuilletons, de publicités ou autres, l'ingénierie de son, la direction d'orchestre, des fanfares de l'armée ou des Forces de sécurité intérieure, ou encore le chant, les concerts...
« De nombreux musiciens de carrière se dirigent également vers l'étranger, puisque le marché libanais est très restreint, notamment lorsqu'il s'agit de musique classique, de chant d'opéra, etc. note le père Tannous. De plus, nous n'avons pas la culture des récitals et des concerts dans les quartiers et les petites villes. » Et d'ajouter : « Nous encourageons toujours nos étudiants à faire des recherches, qui sont toujours utiles. Nous leur conseillons de se concentrer dans ce cadre sur la musique libanaise et arabe. On peut approfondir ses connaissances dans la musique occidentale, mais on ne pourra pas faire la concurrence aux Occidentaux sur la scène internationale, aussi talentueux qu'on puisse être. Si, par contre, on s'approfondit dans l'étude de notre musique et qu'on la présente avec un haut niveau artistique, on peut atteindre la célébrité mondiale. »
En ce qui concerne les journées de travail, elles dépendent de la filière choisie. Ce qui est certain, c'est que, pour les musiciens, les horaires les plus durs restent ceux qui précèdent la présentation d'un concert ou d'un récital, puisqu'ils sont appelés à travailler pendant de longues heures, souvent jusque tard dans la nuit. La période qui suit la présentation est plutôt calme, mais, là aussi, il ne faut pas que le musicien néglige ses entraînements.

 

La formation universitaire

Les études de musique et de musicologie sont dispensées dans trois établissements :

Université Notre Dame de Louaizé (NDU)
Le département de musique et de musicologie à la faculté d'architecture, d'art et de design propose cinq axes. Lola Beyrouthi, directrice du département de musique et professeur adjointe de musicologie à la faculté, explique :
– La musimédialogie, c'est-à-dire la science de la musique et des médias.
– La musicologie (européenne).
– La musicologie arabe.
– La musicologie du jazz.
– L'éducation musicale.
Les études s'étalent sur trois ans au terme desquels l'étudiant obtient une licence dans l'une des spécialisations susmentionnées. Ceux qui le désirent peuvent pousser plus loin leurs études et faire un master. Les études s'étalent sur deux années.
Le doctorat n'étant pas assuré à la NDU, la faculté dirige les étudiants vers des universités à l'étranger. La NDU a des jumelages avec plusieurs universités à l'étranger, avec qui « nous avons établi également un programme d'échange », précise Lola Beyrouthi.
Les étudiants sont sélectionnés à la suite d'un concours d'entrée.

Université Saint-Esprit de Kaslik
La faculté de musique de l'Usek est le secrétariat général de l'Association scientifique des facultés et instituts supérieurs de musique dans les pays arabes, fondée récemment par la Fédération arabe des universités. L'une de ses missions dans ce cadre est de coordonner avec ces établissements pour mettre au point des programmes communs, des programmes d'échanges de professeurs, d'expertise...
La faculté de musique de l'Usek comprend deux départements : le département de musique et le département de l'enseignement supérieur musical spécialisé.
Le département de musique propose quatre axes :
– La musicologie.
– L'éducation musicale.
– L'ethnomusicologie.
– La musique sacrée sous toutes ses formes : musique syriaque, musique byzantine, chant coranique...
Le département de l'enseignement supérieur musical spécialisé englobe tout ce qui est en relation avec la performance musicale. Ce département propose, en plus de la licence et du master, des études doctorales.
La licence est obtenue au terme de trois ans d'études. Deux années supplémentaires sont nécessaires pour le master.
Un concours d'entrée permet de sélectionner les étudiants.

Université antonine
L'Institut supérieur de musique de l'Université antonine comprend cinq départements qui proposent cinq parcours de spécialisation :
– Musicologie générale des traditions.
– Sciences de l'éducation musicale.
– Musique, technologie et médias.
– Musique savante arabe.
– Musique savante européenne.
Le Centre de recherche sur les traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen a pour vocation le développement de la connaissance et de la pratique des traditions musicales (vivantes, anciennes, savantes, populaires, sacrées, profanes) propres aux sphères culturelles arabe et méditerranéenne.
Depuis 2007, le centre publie la Revue des traditions musicales des mondes arabe et méditerranéen, en collaboration avec l'Université Paris-Sorbonne, avec laquelle l'Institut supérieur de musique est d'ailleurs partenaire.
La licence est obtenue au terme de trois ans d'études. Deux années supplémentaires sont nécessaires pour le master. Les études doctorales s'étalent sur trois ans et sont faites en partenariat avec l'Université Paris-Sorbonne.
Les étudiants sont sélectionnés à la suite d'un concours d'entrée. Les détenteurs d'un BT de musique peuvent aussi se présenter.

 

 

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué