Dossier spécial orientation professionnelle

Art, littérature, design

Le stylisme sous toutes ses coutures

Karine Tawil devant quelques-unes de ses créations.

Devenir styliste, imaginer et concevoir des modèles qui composeront une collection de mode, voilà qui fait rêver des jeunes ayant le sens de l'esthétique et la capacité d'innovation.

23/03/2016

Le stylisme, métier emblématique de la mode, ne cesse d'attirer des talents libanais dont les plus ingénieux se sont hissés au top des grands noms de la haute couture internationale, formant un (dur) exemple que tentent de suivre des jeunes créateurs doués et ambitieux.
Karine Tawil, 33 ans, pour qui le talent et la persévérance ont fait une place au soleil dans cet univers où la concurrence est âpre, radioscope la profession sous toutes ses coutures à l'adresse des futurs bacheliers en quête d'orientation.
D'entrée, la jeune styliste – dont la griffe Karoline Lang, créée il y a cinq ans, a déjà acquis une réelle notoriété – décrit sa spécialité comme appartenant au domaine de l'art. « Il s'agit de créer des modèles en inventant des lignes et des formes que l'on traduit en croquis », explique-t-elle.

 

Anticiper l'air du temps
Mais l'imagination et le bon coup de crayon ne suffisent pas. À côté de sa fibre artistique et du code qu'il se définit, le designer doit jouir d'une intuition extravertie grâce à laquelle « il crée des produits que les consommateurs auront envie d'utiliser », affirme Karine Tawil. Pour ce faire, il doit anticiper l'air du temps en allant à la recherche de leurs désirs et attentes. « Il faut savoir détecter les tendances des prochaines saisons et en imprégner les collections, lesquelles se préparent au moins un à deux ans à l'avance », précise la jeune femme, soulignant que « l'avant-gardisme permet de pressentir et de réaliser les envies du marché, et augmente ainsi les chances de vendre les produits créés ». Pragmatique, elle affirme sans détour que « la finalité première est de vendre » et conseille aux futurs stylistes de garder en ligne de mire le marketing de leurs produits. « Souvent même, une bonne connaissance des notions de gestion n'est pas suffisante, prévient-elle, et le créateur devra avoir recours à des spécialistes de la commercialisation et du management, qui lui donneront de précieux conseils dans la promotion, la vente et la distribution de ses créations. »

 

Un travail d'équipe
Cette ouverture aux autres se manifeste également au niveau technique. Karine Tawil affirme que l'esprit de travail collectif est un élément essentiel pour réussir la confection des modèles. « Je collabore étroitement avec mon chef d'atelier chargé de réaliser le patron de couture pour mettre au point le prototype, indique-t-elle. Il dirige lui-même plusieurs mécaniciens (confectionneurs, NDLR), comme on dit dans le jargon professionnel. » Tous les jours, la jeune styliste se rend à l'atelier pour surveiller le processus de fabrication, apportant ses observations et donnant des instructions pour des modifications et des réajustements, jusqu'à la mise au point définitive. Recevoir des clients, les conseiller et les convaincre fait aussi partie de sa journée type de travail, « ce qui nécessite un sens du relationnel et un don de persuasion », note-t-elle.

 

Les contraintes et le plus
Toujours à pied d'œuvre, suivant un rythme de travail soutenu, Karine Tawil affirme que le nombre de collections de sa marque, Karoline Lang, s'élève désormais à six, ce qui lui impose des délais de livraison « très contraignants ». Parlant de contraintes, elle met en avant « l'obligation de garder à l'esprit les considérations commerciales tout en se concentrant sur le travail de créativité ». Quant au « plus » du métier, la styliste évoque la satisfaction de « donner des émotions et de la joie aux clientes grâce aux produits qu'elles ont désirés et acquis ».

 

La vision d'entreprise
Pour être parvenue à ce point de son parcours, la jeune créatrice a toujours eu une sensibilité artistique qu'un diplôme en gestion de l'Université américaine de Beyrouth (AUB), préconisé par son père, n'a pas éclipsée. Elle a intégré une école de mode à Milan, l'Instituto europeo di design (IED), avant d'obtenir un diplôme de l'Institut français de la mode (IFM), et a effectué des stages dans des maisons réputées (Marni, L'Oréal, Reem Accra, Milia M...) à Milan, Paris, New York et Beyrouth. « Il est indispensable d'acquérir une profonde connaissance de ce métier très concurrentiel avant de tenter de monter sa propre structure », souligne Karine Tawil, qui prodigue un dernier conseil : « Le marché étant sursaturé car truffé de créateurs et de marques, il faut essayer de se démarquer au moyen d'une vision portant, entre autres, sur les objectifs de l'entreprise, l'évolution de la marque et la création de produits respectueux du style et de l'image de la griffe représentée.

 

Les établissements offrant une formation de styliste au Liban

LAU : faculté d'architecture et de design, en collaboration avec Élie Saab et la London School of Fashion.
Diplôme : arts en fashion design. Le cursus est de 4 ans et propose une formation théorique et créative avec des outils techniques et pratiques. Les études se font sur le campus de Beyrouth avec possibilité de suivre les cours de 1re année sur le campus de Byblos.


NDU : faculté d'art, d'architecture et de design (Faad) – département de design-Louayzé.
Diplôme : art en fashion design, obtenu après une formation de 3 ans.


Esmod : École supérieure des arts et techniques de la mode – Aïn Mreissé.
Diplôme : styliste designer mode. Une formation artistique et technique de 3 ans, qui combine le stylisme et le modélisme.
Certificat : programme intensif de 6 mois.


Camm : Fashion Academy – boulevard de Sin-el-Fil.
Diplôme de technicien supérieur de stylisme et de modélisme. La formation est de 2 ans.

 

 

Débouchés
- Salarié dans des bureaux de style, des sociétés de prêt-à-porter, des maisons de haute couture.
- Indépendant (freelancer).
- Styliste possédant sa propre maison de couture.

 

 

Rémunération
- Le salarié : la rémunération dépend de ses compétences et de son expérience, mais aussi de l'entreprise qui le recrute.
- Le freelancer est rémunéré à la pièce et selon la notoriété de l'artiste. Chaque croquis est payé entre 100 et 300 dollars, selon sa qualité et le produit qu'il représente (robe de soirée, robe de mariée...).
- Le designer qui a sa propre marque gagne selon le volume de ses ventes.

 

 

 

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