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En Syrie, médecins et secouristes goûtent la quiétude de la trêve

reportage

"D'habitude, chacun de nos 114 centres reçoit 50 appels par jour, mais samedi, nous n'en avons eu au total que 10 sur l'ensemble du pays".

OLJ/AFP/Karam al-Masri avec Maher al-Moumes
29/02/2016

Dans la cour d'une maison traditionnelle, qui leur sert de centre dans un quartier de la ville syrienne d'Alep, sept "casques blancs", la défense civile des régions rebelles, jouent au football : pour la première fois depuis longtemps, ils n'ont personne à secourir.

Ce dimanche, à Bab Nayrab, ils ne doivent pas braver tous les dangers pour chercher sous les décombres la victime d'un bombardement ou sauver sur la ligne de front un civil blessé par un tireur embusqué.
La ville est calme depuis l'entrée en vigueur samedi du cessez le feu, initié par les Etats-Unis et la Russie et soutenu par l'Onu, le premier de cette ampleur depuis le début de la guerre en Syrie qui a fait plus de 270.000 morts en cinq ans.

Tout en sueur, les secouristes s'assoient pour déjeuner pendant que deux d'entre eux lavent une ambulance qui porte encore les stigmates de leurs aventures quotidiennes.
"Nous sommes 2.835 volontaires présents dans huit provinces, depuis mars 2013. D'habitude, chacun de nos 114 centres reçoit 50 appels par jour, mais samedi, nous n'en avons eu au total que 10 sur l'ensemble du pays", commente pour l'AFP Bassem Abdel Rahmane, responsable de la communication des "casques blancs".

En raison du cessez-le-feu, il leur a annoncé une bonne nouvelle. Ils n'auront plus un jour de congé, mais deux, tous les trois jours. En effet, malgré quelques violations, les hostilités ont cessé dans les grandes villes du pays. Médecins et secouristes peuvent profiter de ce répit.

 

(Repère : Les régions de Syrie où le cessez-le-feu est censé être appliqué)

 

"Psychologiquement soulagé"
A Soukkari, quartier rebelle du sud d'Alep, le directeur de l'hôpital n'en revient pas. "Depuis deux jours, nous n'avons vu arriver aucun blessé par balle, aucune victime d'un bombardement, nous n'avons reçu que des malades +normaux+", assure Hamza al-Khatib. "Avant, ils n'osaient pas venir par peur d'être blessés en chemin, ou pire encore, estropiés à l'hôpital, car notre établissement a été à plusieurs reprises la cible de l'aviation ou de l'artillerie", dit-il.

Alep a été particulièrement touchée par la guerre car elle est quasiment la seule ville coupée en deux depuis juillet 2012; les forces du régime et les rebelles s'y affrontent à courte distance de part et d'autre de la ligne de démarcation.

A Damas, la capitale syrienne sous contrôle gouvernemental, les médecins aussi sont plus détendus car ils n'entendent plus le bruit strident des sirènes d'ambulance.
"Ce n'est un secret pour personne : on se sent psychologiquement soulagé, surtout aux urgences où la tension était à son comble quand les blessés arrivaient", confie un médecin de l'hôpital Al-Moujtahid, dans le sud de Damas. "Aujourd'hui, nous avons reçu quelqu'un qui était tombé dans l'escalier, des victimes d'un accident de voiture, des cas qu'on avait oubliés tant nous étions focalisés par les blessés par des armes à feu ou les obus", ajoute-t-il.
Puis, visiblement détendu, il se met à rêver. "Si la trêve continue on aura peut-être l'opportunité de passer des vacances hors de l'hôpital. Je suis optimiste et j'aspire à retrouver la routine d'avant la guerre", soutient-il.

A Daraya, au sud-ouest de Damas, le calme règne en dépit des menaces de l'armée de frapper cette localité rebelle en l'excluant de l'accord de cessez-le-feu. Selon elle, les jihadistes du Front al-Nosra, branche syrienne d'el-Qaëda, y sont présents, ce que réfute l'opposition.
"Bien sûr, nous sommes soulagés depuis l'annonce du cessez-le feu car nous n'avons pas accueilli de blessés de guerre. Mais maintenant viennent nous voir des malades qui n'osaient pas sortir de leurs abris", raconte Diaa al-Ahmar, un médecin de l'unique hôpital. "Cependant, en dépit de la trêve, les gens continuent à mourir par manque d'équipements et de médicaments car la ville est assiégée" depuis trois ans, déplore-t-il.

 

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