Dossier spécial orientation professionnelle

Les métiers de la santé

La santé publique au service de la santé des populations

L'un des éléments de la santé publique est de prévenir les maladies. Ci-contre, une campagne de vaccination contre la poliomyélite.

23/03/2016

La santé publique est un ensemble de disciplines qui visent à maintenir la bonne santé d'une population. Les professions de la santé publique se situent au niveau de la surveillance, de la prévention, de la détection et du contrôle des maladies et de leurs facteurs de risque au niveau collectif. En clair, l'objectif de la personne qui travaille dans ce domaine est d'étudier, de prévoir et de planifier les mesures médicales, administratives ou autres qui doivent être prises afin d'empêcher qu'une maladie se répande au sein de la population. Cela implique des connaissances en médecine, mais aussi en gestion des systèmes et en statistiques (pour effectuer des études épidémiologiques sur le degré d'extension de maladies au sein d'une population). Une personne qui désire travailler dans le domaine de la santé publique peut, évidemment, avoir fait des études de médecine, mais cela n'est pas nécessaire et indispensable.


« À la différence des médecins qui s'occupent directement du patient, les travailleurs de la santé publique s'occupent d'une population, comme celle d'une école, d'une entreprise ou d'une région », explique Salim Adib, médecin-épidémiologiste et professeur de santé publique à l'Université américaine de Beyrouth. « Le domaine d'activité peut bien sûr s'étendre au niveau national ou même international, notamment en cas de pandémies, ajoute-t-il. C'est le concept de la santé globale (Global Health). »


Historiquement, « la santé publique est une émanation de la médecine sociale et préventive, poursuit Salim Adib. Des médecins avaient alors compris qu'il fallait aller au-delà du curatif et faire de la prévention. Ils ont également réalisé que le contexte social dans lequel vivent les gens est un facteur important pour leur santé ». Ainsi, pour avoir une population en bonne santé, il faut en plus travailler sur le niveau de pauvreté, sur l'éducation, l'hygiène collective, etc.
Le métier a commencé à se développer à partir du XIXe siècle. Puis se sont développés les programmes académiques qui ont lentement attiré des candidats qui ne viennent pas de milieux en relation avec les professions de la santé : sociologues, gestionnaires, etc.

 

Mission du travailleur de la santé publique
Si le travailleur en santé publique est employé, dans une ONG à titre d'exemple, il est appelé à analyser le profil des clients (enfants, adolescents, vieillards...), voir si les ressources utilisées correspondent à la demande, identifier les personnes qui auraient dû être servies, mais qui ne l'ont pas été, etc. La génération d'évidence sera transformée en politiques corporatives qui permettent de mieux atteindre les projets voulus.
S'il est académicien, il va enseigner, soutenir des étudiants en thèse, faire des projets de recherche. « Souvent, il est consultant auprès des ministères, précise Salim Adib. Dans ce cas, il aide à mettre en place des plans nationaux, évaluer des projets en place, lancer de nouveaux projets importants pour le système d'informations de la santé, définir les priorités de santé dans le pays, les mesures à prendre en cas d'une menace sanitaire, comme une épidémie... Idéalement, c'est un travail qui doit se faire au niveau de l'équipe d'un ministère, mais les salaires offerts ne sont pas capables d'attirer ce niveau de compétences. De ce fait, les travailleurs de la santé publique au niveau académique sont très souvent amenés à offrir leurs services aux ministères, parce que c'est notre laboratoire. »

 

Contraintes et défis
« Oh, mais vous n'êtes pas médecin ! » Cette phrase à laquelle seront confrontés de nombreux travailleurs de santé reste, selon Salim Adib, la plus grande difficulté de la profession. « Par la force des choses, on ne peut pas imaginer dans notre culture légale et sociale qu'on parle de la santé sans être médecin », constate-t-il.
Une deuxième limitation reste celle liée aux salaires, ceux-ci n'étant pas systématiquement élevés. « Souvent, les structures dans lesquelles on travaille sont dirigées vers les groupes les plus défavorisés, constate-t-il. De ce fait, on prime l'offre du service sur les salaires. » « Très souvent, donc, les travailleurs en santé publique se trouvent dans un état de semi-volontariat à vie », note-t-il.

 

Aptitudes et compétences
Les travailleurs en santé publique doivent avoir une capacité d'empathie envers cette population qu'ils vont servir. « Il faut aussi avoir la volonté de s'engager, qui n'est pas toujours présente, avance Salim Adib. Il existe en fait deux écoles. Selon certains collègues académiciens, le rôle du travailleur en santé publique consiste à générer l'information et la transmettre aux décideurs politiques. D'autres sont plus engagés dans les activités extracurriculaires et œuvrent pour changer les politiques et les pratiques de santé. »

 

Débouchés
Les champs d'exercice d'un travailleur en santé publique sont variés. Il peut ainsi travailler au sein d'une agence publique, comme les ministères, les municipalités, les centres de santé primaire... « Malheureusement, la loi libanaise est toujours restrictive pour tout ce qui concerne une position publique dans les domaines de la santé, signale Salim Adib. C'est-à-dire que, conformément à cette loi, on peut occuper un poste dans le secteur de la santé publique, à condition d'être à la base infirmier, dentiste, médecin, pharmacien ou psychothérapeute. Cela est dû au fait que la loi est vétuste, mais aussi à cette manière de considérer la santé comme étant une entité médicale, alors qu'il s'agit d'une entité multisectorielle. La santé n'est pas uniquement le fait de guérir une maladie, mais aussi de la prévenir. »
Un agent de santé publique peut également exercer au sein d'une ONG, d'une agence internationale comme le UNHCR (Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés), le Pnud (Programme des Nations unies pour le développement), le FNUAP (Fonds des Nations unies pour la population)... « qui ont des ouvertures pour les activités en rapport avec la santé et le bien-être des populations déplacées et celles qui les reçoivent », mais aussi au sein des sociétés privées qui ont une vision de responsabilité sociale envers leurs groupes.


Il est évident que les détenteurs d'un master en santé publique peuvent briguer des postes plus élevés, comme ceux de directeurs, alors que ceux munis d'une licence occuperont des postes de cadres moyens. « Personnellement, je ne suis pas pour les licences en santé publique, insiste Salim Adib. À mon avis, la santé publique est une spécialité qui vient s'ajouter à une certaine expérience qui a mené les gens par diverses voies à s'intéresser à la santé d'une façon globale, holistique. Très souvent, malheureusement, les étudiants terminent leur licence et s'inscrivent directement en master. Ils passent ainsi six ans à étudier sans vraiment acquérir une expérience de base. C'est une chose que nous ne voulons pas encourager, mais qui arrive. »

  

Formation universitaire

La santé publique est enseignée à la faculté des sciences médicales à l'Université américaine de Beyrouth (AUB), la faculté des sciences médicales à l'Université de Balamand, l'Institut de gestion de la santé et de la protection sociale à l'Université Saint-Joseph (USJ), et la faculté de santé publique de l'Université libanaise. Selon le système adopté dans chacune de ces universités, l'étudiant obtient au terme de trois ou de quatre années une licence en santé publique.
Un concours d'entrée permet de sélectionner les étudiants.
Ceux qui le désirent peuvent pousser encore plus loin leurs études et s'inscrire pour un master. En plus des universités susmentionnées, des masters en santé publique sont proposés à la faculté de santé publique de l'université La Sagesse et la faculté de santé publique à l'université Jinan. Les masters sont souvent concentrés sur l'une ou l'autre des disciplines de la santé publique : épidémiologie, biostatistiques, gestion de la santé, santé environnementale, éducation à la santé, santé du travail, santé scolaire, etc.
Pour le moment, il n'existe aucun programme de doctorat (PhD) dans les sous-spécialités des disciplines de la santé publique au Liban.

 

 

 

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