Dossier spécial orientation professionnelle

Les métiers de la santé

L’orthophonie, une discipline paramédicale en pleine évolution

23/03/2016

Assis derrière une table, un petit garçon essaie de trouver l'image qui correspond à la question que son thérapeute lui a posée. L'enfant présente un retard de langage. Ce jeu fait partie de la rééducation orthophonique.

 

Discipline paramédicale en pleine évolution, l'orthophonie consiste à « traiter les troubles de la communication et du langage oral et écrit, comme à rééduquer la voix ou le rythme de la parole, comme le bégaiement », explique Joumana Rizk, cofondatrice et ancienne présidente de l'Association libanaise d'orthophonie (ALO).
On entend par troubles de la communication, les troubles envahissants du développement, le spectre de l'autisme à titre d'exemple. « Un enfant qui présente l'un de ces troubles ne peut pas interagir avec son entourage. L'orthophoniste intervient pour rétablir la communication entre l'enfant et son entourage, et mettre en place un langage verbal », souligne-t-elle.
Le langage oral concerne le développement du langage, comme l'articulation, la parole et le langage chez les enfants, mais aussi chez les adultes souffrant de certaines maladies neurologiques (Alzheimer) ou ayant été victimes d'un accident vasculaire cérébral (aphasie, perte du langage oral acquis).
En ce qui concerne les troubles du langage écrit, ils englobent les troubles « dys », c'est-à-dire la dyslexie (difficulté à lire), la dysorthographie (difficulté à bien écrire), la dyscalculie (difficulté de comprendre le nombre et la valeur qui lui est attribuée), la dysphasie (trouble du langage oral ou le mal des mots) et la dysgraphie (difficulté à tracer des lettres dans un espace donné, entre deux lignes à titre d'exemple, en allant à une allure correcte).
Pour ce qui est de la rééducation de la voix, l'orthophoniste intervient en cas de dysphonie, un trouble vocal consécutif à des polypes, des nodules ou des forçages vocaux.

 

Les débouchés
Les champs d'intervention d'un orthophoniste sont vastes et variés. Le spécialiste peut ainsi exercer dans un cabinet privé, dans les écoles, dans des institutions de rééducation spécialisées dans les handicaps ou encore dans les milieux hospitaliers dans les services d'otorhinolaryngologie (ORL), de pédiatrie, de néonatologie, de neurologie, de gériatrie, etc.
« La présence des orthophonistes dans les hôpitaux est importante, parce qu'elle permet de poser des diagnostics très tôt », précise Joumana Rizk. Et d'insister : « L'orthophonie est un métier intéressant, parce que chaque cas est différent. C'est aussi un métier de coopération, dans le sens où l'orthophoniste fait partie d'une équipe pluridisciplinaire. Il ne peut pas travailler seul. Il doit collaborer avec les autres intervenants. Cela est d'autant plus intéressant qu'on n'est pas seul face au cas. »


En moyenne, une séance de rééducation orthophonique dure entre trente et quarante-cinq minutes selon la pathologie. Quant aux horaires de travail, ils dépendent du profil des patients. « S'il s'agit d'enfants, nous sommes obligés de les prendre après l'école, donc les après-midi et les samedis, note Joumana Rizk. Si l'orthophoniste est salarié, il a des horaires classiques. S'il travaille dans le privé, il peut fixer ses propres horaires. » Et la spécialiste d'ajouter : « Quel que soit le cas, chaque rééducation doit commencer par un bilan qui permet de poser un diagnostic et des objectifs de travail. Le nombre des séances dépend aussi du cas et peut aller de quelques séances à plusieurs années de travail. »
Comment se déroule une séance d'orthophonie ? « Elle dépend des cas, répond la spécialiste. Chez l'enfant, on favorise beaucoup le côté ludique. On essaie de créer une situation de jeu dans laquelle il est amené à échanger, communiquer, parler. On intervient aussi auprès des parents pour les amener à travailler avec leur enfant. L'orthophonie n'est pas un travail administratif, bien qu'il y ait des rapports à rédiger. Elle reste avant tout un métier de communication, dans le cadre duquel il faut créer des liens de confiance avec les patients. On ne travaille pas avec des machines, mais avec un être humain. »

 

Les difficultés
Comme toute profession, l'orthophonie a ses propres contraintes. La difficulté majeure reste « la non-reconnaissance du métier ». « Il n'existe pas de statut légal pour l'orthophonie, déplore Joumana Rizk. Un projet de loi pour la réglementation de la profession est toujours en cours d'examen au Parlement. Une situation d'autant plus contradictoire que l'Université libanaise, qui est l'université nationale, assure cette formation. »
Joumana Rizk estime qu'il s'agit d'une difficulté majeure, « parce qu'en l'absence d'une reconnaissance officielle et légale du métier, il n'existe pas d'instance qui contrôle cette pratique et en garantit la qualité du travail ». « Aujourd'hui, tout un chacun peut prétendre être orthophoniste et personne n'a le droit de le contredire. Par ailleurs, comme il s'agit d'une discipline paramédicale, les actes d'orthophonie sont prescrits par des médecins et devraient par conséquent être remboursés par la Caisse nationale de Sécurité sociale, comme c'est le cas à l'étranger. Au Liban, ils ne le sont pas, ce qui est dommage parce que certains parents ne sont pas en mesure de payer les frais de la rééducation qui est souvent longue », explique-t-elle.

 

Salaires et compétences
Comme la profession n'est pas réglementée, le tarif des séances n'est pas fixe. « Chaque spécialiste fixe les siens, note Joumana Rizk. En France, par exemple, les prix sont fixés par la loi, tout comme les actes médicaux. Il y a un prix de base qu'on appelle AMO. Chaque acte orthophonique correspond à "X" AMO. Le fait d'exercer en privé reste évidemment plus lucratif, parce que, dans les institutions, les salaires dépendent de l'ancienneté et de l'expérience. »
Quelles sont les compétences requises ? « Il faudrait d'abord avoir son bac. Les étudiants peuvent venir d'horizons littéraires ou scientifiques, mais ils doivent avoir une bonne maîtrise de la langue orale et écrite (être bons en orthographe et en syntaxe...), comme ils doivent posséder au moins deux langues sur trois (arabe, français et anglais). Pour être orthophoniste, il faut aussi être logique et patient, et avoir une bonne présentation, d'autant qu'il s'agit d'un métier de contact. Il faut aussi avoir des habilités et des capacités d'empathie, sans toutefois s'effondrer », précise enfin Joumana Rizk.

   

Formation universitaire

L'orthophonie est enseignée à la faculté de médecine de l'Université Saint-Joseph et à la faculté de santé publique de l'Université libanaise. Un concours d'entrée et un entretien oral permettent de sélectionner les meilleurs candidats.
Les études s'étalent sur un minimum de quatre ans au terme desquels l'étudiant obtient un diplôme. Il peut poursuivre avec un master, les études s'étendant sur un ou deux ans.
Le cursus comprend des matières linguistiques, de didactique arabe, de français, d'anglais et de mathématiques, de phonétique, de phonologie, de neurologie, d'audition (système nerveux, systèmes auditifs sensoriels...), de psychologie, de pathologie, de rééducation, etc.
L'étudiant doit aussi effectuer des stages qui sont sanctionnés par une note de recherche ou d'un mémoire pour l'obtention d'un diplôme. Dans un premier temps, les stages sont effectués dans les écoles régulières. Ensuite, l'étudiant est appelé à travailler avec des patients en rééducation.

 

 

 

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