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Culture

Des mots dont l’Eco restera éternel

Disparition

Une averse d'hommages a salué le départ de l'un des Italiens les plus connus dans le monde, Umberto Eco (1932-2016), romancier mais avant tout sémiologue, linguiste, philosophe, bibliophile, bref un érudit comme le XIXe siècle en faisait si bien. Avec l'humour en plus...

22/02/2016

Aux critiques qui lui disaient que son œuvre était : « Trop érudite, trop philosophe, trop difficile », il rétorquait : « J'écris pour les masochistes. » Et Umberto Eco (1932-2016), romancier, sémiologue, linguiste, philosophe, bibliophile d'ajouter : « Il n'y a que les éditeurs, et quelques journalistes qui croient que les gens veulent des choses simples. Les gens sont lassés des choses simples. Ils veulent être mis au défi. »

Et du challenge, il y en a dans son œuvre, notamment Le Pendule de Foucault. Sans doute, sa boulimie gargantuesque des signes qui le faisait en poser pour son lecteur.
« Médiéviste, philosophe, sémiologue, linguiste, critique littéraire, romancier », lit-on sur son compte Twitter où il est également précisé : « Je ne suis pas un homme de la Renaissance. »

Ce philosophe de formation, célébré sur le tard alors qu'il approchait de la cinquantaine, a réussi un coup de maître avec son premier roman publié en 1980 : Le Nom de la rose s'est vendu à plusieurs millions d'exemplaires et a été traduit en 43 langues. Il a été adapté au cinéma en 1986 par Jean-Jacques Annaud avec Sean Connery dans le rôle du frère Guillaume de Baskerville, l'ex-inquisiteur chargé d'enquêter sur la mort suspecte d'un moine dans une abbaye du nord de l'Italie. Parmi ses chefs-d'œuvre également L'île du jour d'avant (1994) et La mystérieuse flamme de la reine Loana (2004). Sans oublier le truculent Comment voyager avec un saumon.

Mais au-delà de ses considérations sur des sujets aussi éclectiques que l'esthétique médiévale, la poétique de Joyce, la mémoire végétale, James Bond, l'art du faux, l'histoire de la beauté ou celle de la laideur, et s'il fallait trouver un nerf commun aux ouvrages de l'homme qui savait tout, ce serait bien le ralliement à l'anti-bêtise humaine.

À coups d'aphorismes, de pirouettes, de formules savantes, il prenait à l'évidence un malin plaisir à analyser cette bêtise humaine, la traquer dans la culture et la vie quotidienne.
Son ouverture d'esprit ne l'empêchait pas de voir d'un œil critique l'évolution de la société moderne. « Les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d'imbéciles qui, avant, ne parlaient qu'au bar, après un verre de vin et ne causaient aucun tort à la collectivité », a-t-il récemment déclaré, rappelle le quotidien Il Messaggero. « On les faisait taire tout de suite alors qu'aujourd'hui ils ont le même droit de parole qu'un Prix Nobel. C'est l'invasion des imbéciles », avait-il dit. « La stupidité des autres nous indigne, mais le seul moyen de ne pas y réagir stupidement est de la décrire en savourant la grande subtilité de sa trame », affirmait-il.
Le conseil qu'il donnait aux jeunes ? « Vous êtes 10 % inspiration et 90 % perspiration. »

« Celui qui ne lit pas aura vécu une seule vie. Celui qui lit aura vécu cinq mille ans. La lecture est une immortalité en sens inverse », disait aussi l'homme qui possédait 30 000 livres dans son appartement milanais.

Aujourd'hui, l'encyclopédie n'est plus vivante. Mais l'on peut, heureusement, trouver dans les pages, dans cet Eco d'une sagesse érudite et d'une vision critique et fine, de quoi étancher la soif de bien de générations futures.

Ils ont dit de lui

– « C'est un modèle, un personnage inoubliable. C'était à la fois un immense érudit et un très bon vivant », a raconté le réalisateur Jean-Jacques Annaud qui a adapté au cinéma en 1986 le célèbre roman Le Nom de la rose. « Un jour, j'entends un magnifique solo de flûte, c'était Umberto qui interprétait Vivaldi, a confié le cinéaste. Après, on est allé manger, dans un bistrot du coin, des pâtes au fromage dont il s'est goinfré. C'était ça, Umberto. Un personnage d'une gaieté folle » qui « avait une sorte de gourmandise, de joie à patauger dans la connaissance ».
– Son éditeur français, Olivier Nora, PDG des éditions Grasset & Fasquelle, « a salué la mémoire du plus grand vivant des savants, du plus joyeux des érudits, du plus jovial des écrivains, du plus généreux des artistes (...) : l'incarnation même du Gai Savoir ».
– « Il était rond de chair, de cœur, et carré d'esprit », se souvient Jean-Noël Schifano, qui a traduit depuis 30 ans tous ses romans en français. « Rondeur dans le contact, l'amabilité, l'écoute, et en même temps carré dans la vivacité, les répliques, la captation des réalités », a-t-il dit, évoquant aussi un grand francophile, qui récitait des tirades de Cyrano de Bergerac.
– Pour Laurent Binet, prix Interallié pour « La septième fonction du langage », « c'était à la fois un homme qui faisait preuve d'une très grande rigueur intellectuelle et de beaucoup d'humour, d'un sens du jeu ». Il « était capable de parler de publicité ou de faire l'analyse d'un billet de 50 000 lires comme si c'était un texte littéraire ».



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Zaarour Beatriz

Il me semble que des érudits de la "taille" de Umberto Eco, il y en a de moins en moins. Les talents existent sans doute, mais ils sont absorbés par les "écrits" des les réseaux sociaux sur internet....

Il est bien triste de constater que les lecteurs d'ouvrages imprimés sur papier sont rares, surtout parmi les jeunes. Il faut malgré tout garder l'espoir que les bonnes habitudes reviennent et que les livres d'Umberto Eco, lui qui défie le temps, soient lus et appréciés!

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