Liban

Exposition de photos à l’AUB pour représenter la guerre du Liban comme jonction entre passé et présent

Universités
13/02/2016

L'Université américaine de Beyrouth (AUB) a accueilli hier, à l'occasion du 25e anniversaire de la fin de la guerre civile libanaise, une exposition de photos intitulée The war as I see it in Lebanon (la guerre comme je la perçois au Liban), organisée à la bibliothèque Jafet. Ce concours, qui a eu lieu en collaboration avec le Centre international pour une justice transitionnelle, dédié à la jeunesse (ICJT), et le département de sociologie, d'anthropologie et des médias de l'AUB, a permis de récompenser une œuvre en noir et blanc intitulée Dominique, représentant un livre ouvert transpercé par une balle. L'auteure Sibylle George, âgée de 22 ans, est une jeune étudiante en architecture à l'Université américaine de Beyrouth.
L'exposition, comptant au total 26 photos, est désormais ouverte au public pendant deux semaines avant de s'installer sur différents sites à travers le Liban. Le concours, mais plus généralement l'ensemble des photographies exposées, est une façon d'encourager la jeunesse à s'intéresser à la guerre mais aussi de représenter la guerre du Liban comme jonction entre le passé et le présent.
Ce concours est avant tout le reflet d'un travail de réflexion, d'une réflexion critique sur la guerre induite par la nouvelle génération. L'objectif étant d'aller au-delà du simple héritage de la guerre.
Le travail de mémoire est d'autant plus important que les traces de la guerre sont encore visibles aujourd'hui. C'est ce que la gagnante du concours Sibylle George nous montre en se focalisant sur le plus petit des objets, à savoir un livre. Pour elle, « la guerre est rentrée dans nos maisons et nos familles, et a même touché la culture ; nous en avons fini avec la guerre, mais son impact est toujours présent, et ses conséquences aussi ».
Ce que nous apprenons des différents lauréats c'est que par curiosité et non par le biais de l'école qu'ils s'intéressent à la guerre.
L'un des deux seconds prix fut remporté par Sami Ouchane, qui, à travers sa photographie intitulée « Dernier round », a souhaité illustrer l'importance des divisions causées par la guerre civile en reprenant la ligne verte, séparant Beyrouth-Est de Beyrouth-Ouest, pendant la guerre civile. En divisant son œuvre en trois plans, il nous fait suivre la progression de la guerre. Il commence au troisième plan par l'aveuglement, au deuxième plan on passe de l'amnistie à l'amnésie, et enfin le premier plan permet de découvrir le cri sourd de la jeune génération tentant de se débarrasser, de surmonter les divisions de la guerre.
Le deuxième second prix fut attribué à Christina Boutros pour Features of the Truce, une photo montrant une séparation entre deux personnages que tout oppose à la fois, l'âge et le vécu. C'est cet esprit de contradiction, d'opposition qui permet d'illustrer une jeunesse innocente à la recherche de réponses face à une génération ayant connu la guerre mais qui se mue dans le silence. Pourtant, la photographie a permis de réduire le fossé creusé par la guerre entre la génération d'après-guerre et les hommes de la guerre, en les associant au sein d'un même cliché.
Ce concours, soutenu par l'ambassade de France au Liban, mais aussi par l'ambassade de Suisse ainsi que par l'Institut français, l'Institut d'études politiques de l'Université Saint-Joseph et l'Institut français du Proche-Orient, doit permettre de faire vivre un travail de mémoire afin de dépasser les obstacles auxquels le Liban a pu faire face, ou fait encore face. L'ambassadeur de Suisse au Liban, présent lors de la remise des prix, a tenu à souligner l'importance du travail de mémoire, qu'il décrit comme un travail sans fin. Il a réitéré l'engagement de la Suisse aux côtés du Centre international pour une justice transitionnelle (ICTJ) dans l'ensemble des projets prônant la paix, la démocratie et les droits de l'homme. Carmen Abou Jaoudé, qui est membre du conseil d'administration du Centre international pour la justice transitionnelle (ICTJ), complète les mots de l'ambassadeur en insistant sur le rôle de la nouvelle génération. L'ensemble des participants ont réalisé des projets engagés, permettant d'ouvrir le dialogue intergénérationnel, car, pour préserver la paix, la jeunesse doit connaître le passé afin de ne plus le reproduire.
La remise des prix a été suivie d'un débat faisant intervenir l'ensemble des participants au concours autour des étapes permettant de passer outre à la guerre. De ce débat, trois idées majeures furent mises en avant, à savoir la nécessité de parler de la guerre, l'étape de transition et de justice nécessaire non pas pour oublier la guerre, mais pour, au contraire, l'accepter et aller de l'avant, et enfin celle de la modification de l'image souvent négative du Liban.
L'art et la culture seront donc les vecteurs d'expression de la jeunesse libanaise, héritière de la guerre.

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