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Culture - Rencontre

L’orgue, « pour un appel de toutes les sensibilités humaines »

Dans le sillage de La semaine de l'orgue au Liban, entretien avec Daniel Matrone, organiste de la cathédrale Saint-Louis des Français, à Rome.
Sans pompe mais en toute simplicité, discussion à bâtons rompus autour d'un concert attendu ce soir, au couvent Saint-Élie, Maaysa.

Daniel Matrone : « Il faut beaucoup de courage, dans un tel environnement et contexte, pour donner la voix, en toute exclusivité, à un instrument rassembleur, mêlant le liturgique et le profane. » Photos Michel Sayegh

La frange châtain clair dans les cils, les lunettes sur des yeux bleus, emmitouflé dans un ample cabas bleu marine, Daniel Matrone (un nom typiquement napolitain, dit-il), né à Annaba (ville de saint Augustin) en Algérie (où est mort Camille Saint Saens, décidément les coulisses de la musique sont impénétrables), français d'origine italienne, a très vite eu le coup de foudre avec l'orgue. Histoire passionnelle qui ne s'est jamais démentie et au contraire a enflé avec la fuite du temps.
« Non seulement roi des instruments, précise le musicien, mais le plus spatial... Quoique déjà attelé à l'étude du piano, c'est l'orgue qui l'a emporté. Dès l'âge de dix ans, j'ai eu sous les doigts, par la circonstance des choses et des événements, trois claviers et cinquante jeux... Et toujours heureux de partager avec le public le sacré et le profane. Cet instrument mystérieux, car haut perché et caché, m'a toujours fasciné. J'en aime surtout les sonorités extraordinaires. »

Et que pensez-vous de ce premier festival exclusivement voué à l'orgue au Liban, du 31 janvier au 6 fevrier ? « Cela montre d'abord l'échange des idées ainsi que la culture cosmopolite des Libanais. Il faut beaucoup de courage, dans un tel environnement et contexte, pour donner la voix, en toute exclusivité, à un instrument rassembleur, mêlant le liturgique et le profane. Il ne faut pas que les musiciens donnent ces concerts d'une manière conventionnelle. Il s'agit là, certes, d'un partage chrétien mais aussi un appel ouvert à toutes les sensibilités humaines... »


(Lire aussi : Cinq fois SOL)


Élève de Maurice Duruflé, Daniel Matrone a concocté un menu de plus d'une heure où sont interprétées des œuvres de la période baroque dont des pages de Dietrich Buxtehude, Louis-Nicolas Clérambault, JSBach, Johann Ludwig Krebs. Et en changement de ton et à horizon orientaliste, les mélodies populaires de Grèce et d'Orient de Louis Albert Bourgault-Ducoudray, transcrites pour l'orgue par Daniel Matrone. Et, pour terminer, l'artiste lèvera le voile sur son côté compositeur et donnera à écouter ses Variations sur un Noël. Comment définit-il son écriture d'organiste ?
« Incapable de la définir ou de la qualifier, dit il en souriant, mais je souhaite qu'elle soit porteuse de sensibilité et d'émotion... Ce sont des frontières ouvertes pour un horizon ouvert. »

Quelles sont vos impressions pour un premier voyage en terre des cèdres ?
« Je suis frappé par la lumière, dit-il. Une lumière apaisante. Et en tout musicien, il y a un grain de peintre. C'est ce regard conjugué qui me fait tant aimer la lumière, ici. Et puis, malgré tous les problèmes, il y a cette extraordinaire gentillesse des gens... »
Un dernier commentaire, souhait, message ?
Laconique, spontanée, précise comme un cri libératoire, la réponse fuse : « Que la musique serve à la paix. »

Daniel Matrone donne, ce soir, un concert d'orgue au couvent Saint-Élie, sanctuaire de l'Enfant Jésus de Prague, Maaysa à 20h.

 

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