Ils s'en vont. De plus en plus. De plus en plus vite. À l'heure où le statut de migrant devient un concept particulièrement anxiogène, où l'acte de migration puis l'opération d'installation/intégration ressemblent à un interminable Golgotha, physique et psychologique, quels que soient l'apparence, la religion, le niveau socioculturel ou l'éventuelle double ou triple nationalité du partant, un nombre impressionnant de Libanais ne veut plus de cet ici. Il ne cherche plus que l'ailleurs, n'importe où ou presque. Il le veut, surtout, maintenant, tout de suite. Il s'active. Et peu importent l'âge, la situation, le compte en banque : les étudiants, les parents, les artistes, les entrepreneurs, les intellectuels, tous sont désormais nivelés, par le bas ; fédérés par ce même et irrépressible besoin de s'éloigner le plus possible de ce pays qui les vampirise, les consume et les éreinte. En cinq ans, leur nombre a au moins quadruplé...
Ce n'est pas vraiment à cause de la situation régionale et de ses répercussions au Liban, en termes de sécurité ou de volume de réfugiés : les Libanais, tout le monde le sait, sont infiniment résilients. Ce n'est pas vraiment, non plus, à cause de la déliquescence inimaginable de l'État et de ses institutions, du degré zéro atteint par la et le politique dans un pays qui n'a jamais été aussi près du morcellement clanique et mafieux – au moins l'Afghanistan a sa (loya) jirga : les Libanais sont devenus, et c'est bien là l'immense problème, fondamentalement indifférents. Ce n'est pas vraiment, enfin, à cause des innombrables tracasseries du quotidien, salaires rachitiques, pas d'électricité, pas d'eau, un Internet cacochyme, des services et des droits fondamentaux souvent réduits à leur plus simple expression : les Libanais sont débrouillards, et puis tellement immunisés.
S'ils veulent partir, s'ils font tout pour, s'ils s'en vont, c'est surtout parce qu'arrive un moment où la plus patiente, la plus stoïque et la plus optimiste des intelligences refuse de continuer à se faire gifler avec une hystérique régularité. Avec cette infamie suprême : la crise des déchets et sa désastreuse (non-)gestion. Avec ce zèle de plus en plus moyenâgeux, affolant de bêtise et même plus drôle de certaines instances religieuses de ce pays, notamment celles prétendument consacrées à l'info/intox, et qui n'en finissent plus de dévoyer ce que chaque être humain a de plus intime, de plus réconfortant : sa foi, quelle qu'elle soit. Et enfin, et surtout, avec le stakhanovisme aberrant et pathogène d'une Sûreté générale transformée en concile de Torquemada de tous poils et dont le patron semble oublier qu'elle reste jusqu'à nouvel ordre une institution publique, pas une annexe du Hezbollah.
Toutes confessions confondues, le Libanais veut bien tendre l'autre joue à peine la première se fait violemment claquer. Mais il ne reste plus grand-chose à ce Libanais à part son intelligence. Alors, au bout de la énième avanie, sous les yeux vitreux d'autorités atones, trouillardes ou méprisantes, il tourne le dos, il boucle ses malles et il s'en va, le Libanais.
On n'énumérera pas ici la longue liste des méfaits, entre coercitions, fatwas ou diktats en tout genre. Noyés sous les poubelles et les virus, empêchés de disposer de leur corps comme ils l'entendent, empêchés d'aimer comme ils le veulent, obligés de multiplier les contorsions pour contourner ces cent et une censures plus ridicules les unes que les autres en ce XXIe siècle de l'hypercommunication, voilà que les Libanais et les Libanaises n'ont plus le droit de peindre ou de sculpter ce qu'ils veulent, d'écouter la musique qu'ils aiment et de danser comme tous les jeunes de leur âge à travers le monde, ou de pratiquer le yoga sans être accusés de connivences étroites avec Lucifer. Les voilà aussi forcés de subir d'insensées humiliations, jusqu'à se retrouver interdits de demander pourquoi, quand on leur refuse un renouvellement de passeport, qu'ils soient activistes ou curateurs de génie.
Ne pas se rendre compte à quel point ce pays se noie et ne pas agir est une erreur. Un délit. Pousser tous azimuts ses habitants à l'exil est une faute grave. Un crime.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
LE COMPLOT DE ARAFAT ET DE SES SBIRES LOCAUX DE DELOGER LES CHRETIENS DU LIBAN... AVEC LA COMPLICITE DE KISSINGER... EST MALHEUREUSEMENT REPRIS AUJOURD,HUI PAR D,AUTRES FORCES REGIONALES ET LEURS SBIRES LOCAUX... Y A-T-IL UNE AUTRE COMPLICITE ???
21 h 57, le 01 février 2016