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Économie

Liban : Quand la francophonie distingue l’entrepreneuriat au féminin

Liban - Récompenses

Deux femmes entrepreneuses ont été primées cette semaine par l'Agence universitaire de la francophonie (AUF) pour leurs projets jugés innovants.

29/01/2016

Qui a dit que le français n'était plus un passeport pour la réussite dans les affaires ? A priori pas Aline Gemayel et Stéphanie Hanna, qui ont remporté l'édition 2015 du prix de la femme francophone entrepreneuse (FFE). Les lauréates ont reçu leurs trophées à l'occasion de la journée d'information sur les activités de l'Agence universitaire de la francophonie (AUF) au Moyen-Orient, organisée mercredi à l'hôtel Smallville. Stéphanie Hanna, ancienne banquière d'affaires, a remporté le premier prix et ses 12 000 euros (13 150 dollars) de dotation, avec sa start-up Essmak.com, spécialisée dans les étiquettes pour les objets d'enfants. « C'est une validation de mon plan de développement par mes pairs et un tremplin pour rencontrer des investisseurs », se réjouit-elle. Aline Gemayel, architecte de formation, a quant à elle remporté le deuxième prix de 8 000 euros (8 770 dollars), avec son projet Modeo Systems qui propose à ses clients de confectionner et commander leurs meubles sur une application mobile. « Je vais pouvoir réaliser un prototype plus avancé et développer davantage la qualité de mes produits », se félicite-t-elle.

Lancé en 2011, le prix FFE est organisé par l'AUF et l'incubateur Berytech. Le premier fournit le soutien financier et le second assure l'accompagnement des start-up. « Le but est de valoriser le rôle des femmes dans entrepreneuriat en promouvant la francophonie. L'enveloppe consacrée au prix FFE a doublé en 5 ans pour atteindre 20 000 euros. Cette année, nous avons présélectionné 10 des 15 candidatures, qui ont exposé ensuite leurs projets en français devant le jury », explique Hervé Sabourin, directeur du bureau régional de l'AUF. « Nous évaluons l'aspect innovant de chaque projet, sa faisabilité, son montage financier, mais aussi sa durabilité », ajoute-t-il.

(Lire aussi : « Les femmes sont de très bonnes clientes pour les banques »)

 

Le grand saut
Les deux lauréates ont fait le grand saut en changeant de carrière. « Après 13 ans dans les banques d'affaires entre Londres, Dubaï et Beyrouth, je voulais me lancer dans une nouvelle aventure », se souvient Stéphanie Hanna. « J'ai travaillé 4 ans dans différents cabinets d'architectes sur des projets résidentiels. J'ai décidé d'utiliser mon expertise à des fins plus innovantes », explique Aline Gemayel.

Comme de nombreux innovateurs, c'est en faisant face aux aléas du quotidien qu'elles ont eu le déclic. « J'ai trois enfants, et à chaque rentrée scolaire, je passais un temps fou à remplir, coller et coudre des étiquettes sur leurs objets et vêtements. Aujourd'hui, je propose aux mamans de commander des étiquettes personnalisables avec des logos et le nom de leur enfant déjà écrit, qui peuvent être collées ou repassées sur des tissus. Ça change la vie ! » vante Stéphanie Hanna. « Après mon mariage, j'ai emménagé dans un nouvel appartement que j'ai voulu personnaliser. La recherche de meubles me prenait beaucoup de temps, et le sur-mesure coûte très cher. J'ai donc réfléchi à une solution offrant des produits modulables de qualité et à prix réduits en un temps record », raconte Aline Gemayel.

Avec ses étiquettes personnalisables, Stéphanie Hanna a déjà noué des partenariats avec une vingtaine de garderies à Beyrouth, huit à Dubaï et une en Arabie saoudite. La start-up compte aussi sur les achats en ligne, avec la création d'un site Internet qui a couté 30 000 dollars. « Je prévois d'augmenter mes capacités de production, d'élargir mes gammes de produits, et de recruter des commerciaux pour les Émirats et l'Arabie saoudite. Ces deux marchés sont prioritaires car on y trouve beaucoup de jeunes mamans à fort pouvoir d'achat », précise la lauréate.

Accélérer leur croissance
De son côté, Aline Gemayel n'a pas encore commencé la commercialisation de ses produits et compte se concentrer dans un premier temps sur le marché libanais. Elle a déjà un accord avec 15 clients et prévoit de livrer 200 clients dans tout le pays durant sa première phase de test. « Le marché de l'ameublement au Liban est de 450 millions de dollars, mais mes concurrents traditionnels ne se positionnent pas encore sur mon créneau », estime-t-elle. Elle compte aussi viser dans un second temps les marchés du Golfe.

Alors que de nombreuses start-up peinent encore à trouver des fonds suffisants pour accélérer leur croissance, les deux lauréates ont déjà assuré un capital de départ, fût-ce de manière sensiblement différente. « Essmak.com a démarré avec un apport personnel de 100 000 dollars, mais depuis la circulaire 331, il y a davantage d'opportunités pour trouver des levées de fonds », avance Stéphanie Hanna, faisant référence au mécanisme mis en place par la BDL pour autoriser les banques commerciales à investir dans l'économie de la connaissance en garantissant 75 % des montants. « Je suis d'ailleurs actuellement à la recherche de 300 000 dollars auprès d'investisseurs en capital-risque », poursuit-elle. Aline Gemayel a, elle, déjà ouvert une partie de son capital. « J'ai assisté à des ateliers de formation accordées par le groupe Bader et l'accélérateur Speed. Ce dernier a investi 30 000 dollars dans Modeo Systems et est de fait devenu actionnaire de la société à hauteur de 10 % », explique la jeune entrepreneuse qui cherche désormais 800 000 dollars pour continuer à développer son projet.

 

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