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Cinema- - Portrait

Charlotte de tous les fantasmes

Elle aura incarné toutes les femmes. Et ses images de bourreau et de torturée resteront à jamais intemporelles. Charlotte Rampling est nommée aux oscars pour le film 45 years*. Une belle trajectoire pour cette antistar.

Charlotte Rampling, sulfureuse dans « Night Porter ».

«Je m'appelle Tessa Rampling. Charlotte est mon deuxième prénom, mais il m'a saisie. Tessa est devenue Charlotte. Dès ma naissance, j'ai connu ce mélange un peu trouble de ce qui vient, passe, de ce qui blesse, de ce qu'on ne peut saisir. Les larmes et les rires se mêlent, nous les enfermons. Chez les Rampling, le cœur est un coffre. Porté par les générations, le secret de famille devient une légende. Nous ne savons que nous taire.»
C'est ainsi que Charlotte Rampling, comédienne iconoclaste, se livre avec justesse et simplicité dans un ouvrage intitulé Qui suis-je ? paru chez Grasset en 2015. Dans le film 45 years qui lui a valu à la Berlinale, à elle ainsi qu'à Tom Courtenay, les Ours d'argent de la meilleure actrice et du meilleur acteur, ainsi qu'une nomination aux oscars, c'est un autre tour de force qu'elle effectue.

Mais qui est exactement Charlotte Rampling? Est-elle Elizabeth Thallman des Damnés, Lucia Atherton de Portier de nuit, Dorrie de Stardust Memories, Marie Drillon de Sous le Sable ou encore Kate Mercer de 45 years?
Pudeur et mystère, tout se mélange dans cette actrice qui sera bientôt septuagénaire et qui accepte ses rides et ridules avec panache. C'est probablement pour cette raison qu'elle a choisi de jouer dans le film d'Andrew Haigh, cette œuvre qui pose un questionnement sur le couple. « Peut-on vivre avec quelqu'un aussi longtemps sans tout savoir de lui?»
Son regard de somptueux épagneul porte toutes les énigmes, mais aussi les blessures de sa vie, notamment la mort d'une sœur qui s'est suicidée après son accouchement. Charlotte Rampling parle très peu aux médias, mais laisse deviner son parcours. Elle n'a que 22 ans lorsqu'elle quitte tout pour l'Italie, cherchant des sujets qui correspondent à son voyage intime, à une exploration personnelle. C'est donc dans cette vieille Europe qu'elle sonde sa mélancolie et son désespoir. Visconti, Cavani et d'autres feront partie de cette introspection.


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L'un des tournants majeurs de sa carrière portera un nom: François Ozon. Après Sous le sable – la dame a déjà la cinquantaine bien avancée–, Charlotte Rampling tournera près de 45 films. François Ozon lui a certainement permis d'effectuer cette ouverture vers soi et vers l'autre. Elle dira d'ailleurs de ce film à l'Express Styles: «Le sujet tenait en quelques mots: une femme, un homme, une maison dans les Landes, une disparition, l'absence. L'absence, la disparition... Ça, je connaissais.»
Charlotte Rampling tourne et tourne encore. Elle avait déjà tourné la page avec Jean-Michel Jarre après une rupture douloureuse. Mais la comédienne fait un travail sur elle-même, se reconstruit et fonce. Ni les médias ni les récompenses ne la concernent, ne lui importent. Ses rôles, ses attitudes ses images, elle les revendique tous et ne regrette rien.
Même qu'à 57 ans, elle fait ses débuts sur les planches avec Petits crimes conjugaux. Une pièce qui sera suivie par La Fausse Suivante de Marivaux à Londres, puis La Danse de mort de Strindberg. «Dominer sa peur, travailler avec elle, est une chose merveilleuse», dira-t-elle dans cette même interview.
Le critique de cinéma britannique Barry Norman a inventé le verbe « to rample » en référence à cette grande comédienne. Plus qu'un verbe, un qualificatif. Et cela ne va finalement qu'à elle.

* « 45 years » d'Andrew Haig a été projeté durant le Festival du cinéma européen. Une seconde projection est prévue mercredi 3 février à 22h15.

 

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