Chris Rock : c’est à lui que reviendra le dernier mot.
Les organisateurs des oscars se sont engagés à doubler d'ici à 2020 le nombre de femmes et de personnes issues des minorités au sein de l'académie décernant les prestigieuses récompenses du cinéma américain, tout en supprimant le droit de vote aux membres désormais inactifs à Hollywood.
L'annonce de ce programme de discrimination positive fait suite à la polémique soulevée par l'absence d'acteurs ou de réalisateurs noirs dans la liste des nominés pour l'édition 2016, qui se déroulera le 28 février.
La réforme annoncée par l'académie des oscars, présentée comme l'une des plus importantes en 88 années d'existence, a été approuvée à l'unanimité de son comité directeur. La modification des droits de vote n'entrera toutefois pas en vigueur pour l'édition du mois prochain.
Trois postes supplémentaires réservés à des femmes ou des représentants de minorités vont être créés au sein du comité directeur, qui passera à 51 « gouverneurs ».
L'académie va aussi élargir la procédure d'adhésion, qui se fait actuellement par parrainage, en lançant « une ambitieuse campagne mondiale pour identifier et recruter de nouveaux membres qualifiés représentant une plus grande diversité ».
« L'objectif du comité directeur est de s'engager à doubler d'ici à 2020 le nombre de femmes et de membres issus de la diversité au sein de l'académie », est-il écrit dans un communiqué.
Suppression du droit de vote après 10 ans d'inactivité
L'Academy of Motion Picture Arts and Sciences n'a jamais publié la liste de ses membres, dont le nombre est évalué à environ 6 000. D'après une étude menée en 2012 par le Los Angeles Times, près de 94 % de ses membres sont blancs et 77 % sont des hommes.
En ce qui concerne les droits de vote, ils s'éteindront au bout de 10 ans pour les nouveaux membres sauf en cas d'activité dans le milieu du cinéma au cours de la décennie concernée. Un droit de vote à vie ne sera plus attribué qu'après trois périodes de 10 ans ou en cas de nomination ou d'attribution d'un oscar.
Ces nouvelles règles vont s'appliquer rétroactivement aux membres actuels de l'académie. Ceux qui n'ont pas participé à un film au cours des 10 dernières années vont donc perdre leur droit de vote, sauf s'ils sont nominés ou remportent un oscar, précise l'académie.
Pour certains, conclut Bertrand Boucey, pour le service français de Reuters, le problème ne réside toutefois pas tant dans l'académie des oscars que dans le milieu de cinéma hollywoodien dans sa globalité, qui relègue souvent les femmes et les représentants des minorités dans des rôles secondaires ou stéréotypés.
Par qui le scandale arrive
C'est Jada Pinkett Smith, épouse de Will Smith (bizarrement non nominé cette année pour Concussion et pour cause...), qui a mis le feu aux poudres en créant la polémique. Certes, il y a eu dans le temps des exemples de boycott, mais c'étaient de simples réactions individuelles. À citer Marlon Brando en 1973 qui a envoyé une émissaire apache pour refuser la statuette et lire une lettre signée par l'acteur, fustigeant le traitement des Indiens. Ou comme Georges C. Scott qui ne fit même pas l'effort de venir pour refuser l'oscar mais resta gentiment à la maison voir un match de hockey. Mais cette année, la polémique est plus grave et ne fait que s'amplifier depuis le cri d'alerte de madame Smith, soutenue par le cinéaste Spike Lee.
Qui est pour et qui est contre ?
Un hashtag #OscarsSoWhite s'est créé et les comédiens ont choisi leur camp.
Michael Moore (Bowling for Columbine) a très vite suivi le mouvement. Ce qui n'étonne pas, puisqu'il s'est érigé depuis quelques années en défenseur de tous les droits. Il est suivi par Will Smith (évidemment) et par Snoop Dog. George Clooney, lui, va plus loin. Il accuse l'académie et précise dans Variety que « celle-ci faisait du meilleur boulot dans le temps ».
Pour Whoopi Goldberg, le problème est bien plus vaste et touche l'industrie du cinéma en général. Dans son émission The View, sur ABC, elle dénonce ainsi le boycott. « Pourquoi est-ce une conversation que nous n'avons qu'une fois par an ? » s'interroge-t-elle. « Chris Rock présente la cérémonie, donc en la boycottant, vous lui faites subir exactement ce que l'industrie vous fait subir », argue-t-elle. Ce qu'il faudrait dénoncer, selon l'actrice, n'est pas le manque de nommés noirs mais le manque d'acteurs noirs dans les grosses productions hollywoodiennes. Et d'ajouter : « Madame Smith possède une boîte de production, pourquoi ne le fait-elle pas au courant de l'année au lieu d'attendre les oscars ? » Pour sa part, Matt Damon, nommé en tant que meilleur acteur pour The Martian, s'est exprimé lors du festival de Sundance sur les mesures prises par l'académie pour modifier la composition de ses membres (76 % d'entre eux sont âgés et blancs) : « C'est une première étape. La route est longue, mais je suis heureux que cela commence à bouger. »
Quant à Robert Redford, il s'est dit non intéressé par ce (faux) problème, car d'ores et déjà, il n'aime pas cette cérémonie. Pour lui, ce n'est ni l'âge, ni la couleur, ni le sexe de l'artiste qui l'intéressent, mais bien son travail.
Enfin, Chris Rock, à qui est revenu l'honneur de présenter cette édition, a avoué qu'au lieu de boycotter la cérémonie, comme le lui demandaient 50 Cent et Jada Pinkett, il avait préféré choisir la tribune des oscars pour la critiquer haut et fort. On suppose que son mot d'introduction sera incisif et drôle.
Rendez-vous est donc donné le 28 février.


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