Le gouvernement libanais a adopté, le 21 décembre dernier, la décision d'exporter les déchets, sur base d'un contrat avec deux compagnies, l'une britannique, Chinook, et l'autre néerlandaise, Hova. Photo d'archives. Michel Sayegh.
Vu hier sur l'autoroute Émile Lahoud : sur la « montagne » de déchets qui jouxte la bretelle (allant vers Hazmieh), et qui relie désormais deux ponts, un tracteur, perché, tente de redistribuer les tonnes de déchets. Voilà combien chaotique est devenue la gestion des déchets, alors que les plans gouvernementaux et les échecs se succèdent, sept mois après la fermeture de la décharge de Naamé. Idem pour l'option d'exportation, déjà décriée pour son coût exorbitant, ses multiples obstacles et l'opacité de son processus ?
Un militant de la société civile, Raja Noujaim, de la Coalition civile contre le plan gouvernemental pour la gestion des déchets, estime que cette nouvelle option comporte en elle les facteurs mêmes de son échec. « La version du contrat que nous avons pu consulter ne mentionne ni la compression ni le traitement préalable des déchets, explique-t-il. Or cette marchandise doit être traitée avant d'être transportée en mer. Vu les conditions mises dans les contrats, il sera impossible de parvenir à l'exporter dans tous les cas. »
Rappelons que le gouvernement a adopté, le 21 décembre dernier, la décision d'exporter les déchets, sur base d'un contrat avec deux compagnies, l'une britannique, Chinook, et l'autre néerlandaise, Hova. Ce sont ces compagnies, conformément au contrat, qui devraient présenter une garantie bancaire et des papiers prouvant l'approbation des pays destinataires. L'une de ces compagnies, Chinook, a présenté sa garantie bancaire dans les délais, et l'autre, selon une source proche de la commission chargée du dossier des déchets, l'a fait hier. Malgré toutes les rumeurs qui circulent, des sources indiquent à L'Orient-Le Jour qu'aucune approbation n'a encore été accordée par un pays quelconque, bien que les pourparlers se poursuivent avec plusieurs pays « pas nécessairement africains ». Selon ces sources « les contrats sont finalisés et attendent d'être signés ».
(Lire aussi : Exportation des ordures : le gouvernement serait en négociation avec plusieurs pays)
Or dans ce processus, Raja Noujaim note plusieurs irrégularités. « Il y a tout d'abord les aspects techniques, dit-il. Nous avons de sérieux doutes sur la capacité des centres de tri de la Quarantaine et de Amroussieh à traiter d'une manière adéquate les déchets, c'est-à-dire les compresser et les débarrasser de leur lixiviat (liquide), vu qu'aucun nouvel équipement ne semble y avoir été placé. Et, surtout, rien n'indique que les déchets vont être désinfectés. Vont-ils les envoyer ainsi en mer sans désinfection ? Il y a une convention qui régit de tels transports, la Convention de Bâle. Le transport de tels déchets non traités peut être sanctionné à n'importe quel moment. »
Mais le plus grand problème, selon lui, reste le fait de confier à une compagnie privée le soin de conclure un accord avec un autre pays pour y transporter les déchets du Liban, ce qui est, dit-il, « illégal, au regard des conventions internationales (qui régissent les rapports entre les pays, pas avec les compagnies), et inédit ».
« Je suis convaincu que cette affaire d'exportation n'est pas sérieuse, que les responsables concernés l'ont proposée pour la faire échouer et pour revenir à la politique des décharges, jusqu'à arriver à l'incinération, souligne-t-il. Sinon, si on effectue le tri demandé, et si on traite les déchets comme il se doit, pourquoi les exporter? Sans compter que les déchets qui datent de plus de 45 jours ne seront pas concernés par l'exportation, alors comment celle-ci résoudrait-elle notre problème ? Existe-t-il un pays qui soit incapable d'effectuer un quelconque traitement de ses déchets en interne ? Or les autorités bloquent intentionnellement toute tentative d'instaurer des systèmes de tri, comme on le constate sur le terrain. »
Le militant se dit « convaincu que cette crise est prolongée artificiellement pour que les Libanais acceptent la solution qu'on voudra bien leur imposer ». Il ajoute qu'une partie de la société civile compte faire face à ce plan et proposer une alternative.
(Lire aussi : Exportation des déchets : Les associations écologiques dénoncent le « manque de transparence » du processus)
Interrogée sur quelques-uns de ces points, une source proche de la commission chargée du dossier des déchets indique que « le contrat final comporte bien, quoi qu'on en dise, une mention du traitement préalable des déchets, notamment le tri, le broyage, la compression et une technique pour assécher les déchets du lixiviat (liquide) », ajoutant que les centres ont été équipés pour cela (ce que nous n'avons pas pu vérifier indépendamment). Elle assure que le prix avancé pour la tonne, 193 dollars, est divisé sur cette base : 125 dollars pour le transport maritime, 33 pour la collecte et le transport interne, 25 pour la compression et le traitement, 6 pour l'embarquement à bord des bateaux et 4 pour la surveillance. Enfin, elle soutient que « la compagnie Chinook étudie la possibilité de traiter indépendamment les déchets anciens et de leur consacrer un transport séparé, en parallèle avec l'exportation des déchets nouvellement produits ». À suivre...
Remarque : cet article a été édité le 12/01/2015 à 13h en raison d'une coquille sur un chiffre.
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Mais enfin il faut arrêter de donner des dates, c'est ridicule!!!! Une fois la poubelle hors du Liban je parle du pays en entier et non certaines régions, alors on y croira. Entre temps SILENCE.
14 h 50, le 12 janvier 2016