Liban

Les gaz à effet de serre dus aux déchets représentent près de 10 % des émissions nationales

Environnement

À un moment où le pays peine à adopter une politique viable de gestion des déchets, après des mois de crise, la jeune Amani Maalouf, fraîchement diplômée de l'AUB, présente les résultats de son étude*, qui passe en revue les différentes techniques et leur potentiel de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

OLJ/Amani MAALOUF
26/11/2015

Il n'y a pas de solution magique aux problèmes de la gestion des différents types de déchets. Chaque option a des implications, des impacts et des coûts. Dans ce contexte, quinze scénarios de gestion des déchets solides ménagers ont été comparés et évalués en fonction des émissions produites qui affectent le changement climatique, en particulier, vu l'imminence d'un nouveau sommet sur le climat qui se tiendra dans moins de deux semaines à Paris, et au cours duquel devrait être adopté un nouvel accord mondial pour limiter les émissions de gaz à effet de serre (GES).
Après ce sommet, le Liban, ainsi que de nombreux pays développés comme en développement, se sera engagé à adopter différentes politiques conçues pour limiter les effets du changement climatique. Ces politiques auront par le fait même des conséquences positives sur l'économie, loin de la mise en place de procédures superficielles, telles que l'incinération en plein air, les dépotoirs sauvages ou l'exportation hasardeuse des déchets solides.
Bien que les émissions générées par le secteur des déchets soient équivalentes aux émissions du secteur industriel au Liban, représentant 9,4 % des émissions totales (selon la deuxième communication nationale du Liban aux Nations unies, publiée en 2011), les études à ce sujet ont rarement établi en profondeur l'ampleur et le type d'émissions générées à partir des déchets ménagers.
Les scénarios proposés dans l'étude qui suit comparent les différentes techniques de traitement des déchets solides ménagers, tenant compte des émissions de GES en particulier. Cet indicateur est en effet important et doit être pris en compte, spécifiquement lors de la mise en place des mécanismes de collecte des déchets, de traitement et de transport, ainsi que la mesure des distances à parcourir à l'intérieur et l'extérieur des pays.

Ce que suggèrent les scénarios
L'étude montre par exemple que l'incinération avec production d'énergie provoque moins d'émissions de GES que les décharges. À savoir que le rapport ne porte pas sur les autres aspects soulevés par l'incinération, comme la production de cendres toxiques, leur traitement et leurs implications économiques.
Il convient également de noter que la comparaison entre les options et les scénarios suggérés n'annule pas la nécessité d'adopter une stratégie qui doit être basée principalement sur le tri des déchets à la source et la réduction de la quantité de déchets produite, qui demeurent des priorités, quelle que soit la technique de traitement. La réduction de la production de déchets, notamment par l'imposition de taxes sur les produits qui se transforment en déchets dangereux et difficiles à traiter, se révèle être le fondement de toute stratégie gouvernementale réussie, capable d'assurer une gestion durable des ressources, la protection de l'environnement, ainsi que la préservation des droits de l'homme et ceux des générations futures.
Le secteur des déchets solides contribue à la production de GES, tels que le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4), l'oxyde nitreux (N2O) et quelques autres gaz qui ont un impact minime. Ces gaz sont émis au cours des différentes étapes de la gestion des déchets, qui incluent la collecte, le transport vers des sites de recyclage, le traitement biologique (compostage ou digestion anaérobique), l'incinération et les décharges.
Les émissions de GES résultant de la gestion des déchets solides au Liban, comme dans les pays en développement en général, sont très élevées, car ces déchets contiennent une grande partie de matières biodégradables organiques. Aussi cette augmentation d'émission de GES est-elle affectée par le déversement aléatoire de déchets sur le territoire, ainsi que le taux élevé de déchets générés par rapport à la taille de la population.
Ces chiffres ont renforcé les inquiétudes concernant la contribution humaine à l'effet de serre, notamment par la gestion des déchets solides. En outre, ils ont conforté la volonté de trouver des moyens pour réduire ces émissions. Pendant ce temps, ces premiers résultats ont été suivis d'études visant à mesurer les émissions de GES provenant de différentes sources et déterminer leur volume dans les opérations ultérieures dans le cadre de la gestion.

La solution idéale, une combinaison de plusieurs technologies
Les GES provenant de la gestion des déchets solides dépendent de la méthode de traitement des déchets, du type de déchets, de leur composition et de la méthode de mesure des GES.
L'étude a examiné toutes les émissions de GES provenant de la gestion des déchets solides ménagers de 1994 à 2013 à Beyrouth, qui comprennent environ 297 municipalités. Cette région abrite plus de deux millions de personnes qui produisent entre 2 800 et 3 000 tonnes de déchets solides par jour.
L'étude montre que, en 2013, environ un peu plus d'un million de déchets solides ont été produits, collectés et triés, tandis qu'environ 7 % des déchets ont été recyclés, 10 % traités biologiquement par le compostage, et le reste, soit 83 %, déversé dans la décharge de Naamé. Pendant ce temps, une partie du gaz de méthane est extraite pour être brûlée sans récupération d'énergie (l'énergie est partiellement produite à partir de 2014).
Plusieurs scénarios ont été étudiés pour évaluer les effets des différentes techniques de gestion des déchets sur la réduction des GES. Leur analyse a montré que tous ceux qui reposent sur les décharges contribuent davantage à la production de GES. Elle a également indiqué que plus on s'appuie sur le recyclage et le compostage, plus le taux d'émission de GES se réduit, d'une proportion de 34 %. Le rapport peut être augmenté si de plus grandes quantités de méthane sont extraites pour la production d'énergie dans le cadre du processus de mise en décharge.
L'augmentation des proportions de déchets compostés et recyclés, ainsi que la récupération de l'énergie issue de l'incinération contribuent le plus efficacement à la réduction des émissions de GES par rapport aux autres scénarios au détriment de l'augmentation des coûts, qui peut atteindre les 40 % (en tenant compte de la faisabilité économique de la récupération d'énergie). En bref, la solution idéale, pour optimiser les résultats en matière de la lutte contre la pollution, serait une combinaison de plusieurs technologies, avec réduction de la production à la base et récupération de l'énergie.

*Étude à l'Université américaine de Beyrouth (AUB), département de génie civil et environnemental, sous la supervision du Pr Mutasem el-Fadel.

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