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Liban

Après l’incendie des détritus, le pont de Maameltein fragilisé

Environnement

La municipalité de Jounieh accuse des « inconnus » d'avoir allumé le feu. Le ministère des TP recommande l'interdiction de l'accès des poids lourds.

27/11/2015

Les habitants de Jounieh et de Ghazir, ainsi que tous ceux qui ont emprunté mercredi l'autoroute allant vers le Nord, ont expérimenté un brouillard d'un autre type. Ceux qui ont roulé sur le pont de Maameltein-Ghazir l'après-midi et le soir n'ont pas seulement été contraints de passer trois fois plus de temps qu'à l'accoutumée pour traverser quelques mètres, mais ils ont dû pénétrer dans une dense fumée pestilentielle qui venait de sous le pont, racontent des témoins. Bien qu'ils aient fermé leurs fenêtres, les automobilistes ne pouvaient échapper aux relents du brasier de cette montagne de détritus, qui a échappé à tout contrôle.
Le résultat, à en croire des inspecteurs qui se sont rendus sur place, c'est une fragilisation de la structure du pont qui devrait, en attendant des travaux de renforcement, être interdit aux poids lourds.

La surface sous le pont de Ghazir est utilisée, depuis le début de la crise des déchets en juillet dernier, comme lieu de décharge temporaire pour les déchets de la région. Cet espace regorge depuis longtemps de sacs-poubelle, alors qu'une solution nationale au problème des déchets tarde à se profiler. L'incendie de mercredi a nécessité une intervention des pompiers et causé de nombreux désagréments pour les habitants des régions alentour et pour les automobilistes. Une mince fumée s'en dégageait toujours hier matin, affirment des habitants, ce que confirment des informations de l'agence al-Markaziya, selon lesquelles les efforts de lutte contre cet incendie n'ont pris fin qu'à l'aube.

Dans un communiqué publié hier, la municipalité de Jounieh a soutenu que « des inconnus ont provoqué l'incendie ». « L'incendie a éclaté dans l'après-midi du mercredi 25 novembre dans le lieu de stockage des déchets sous le pont qui sépare Jounieh de Ghazir, entraînant des dégâts environnementaux et matériels importants, et rendant la mission des pompiers de la Défense civile extrêmement difficile », souligne le texte. La municipalité dit « avoir contacté immédiatement les différentes autorités concernées, notamment les appareils de sécurité, afin de s'assurer qu'une enquête sera ouverte », évoquant « de forts soupçons que des inconnus aient provoqué l'incident, étant donné que de multiples tentatives de mettre le feu au site avaient été menées auparavant ».

Le texte ajoute que le Conseil du développement et de la reconstruction (CDR) a également été contacté en vue d'une inspection du pont. Une visite d'inspection conjointe du ministère des Travaux publics et du CDR a effectivement eu lieu hier après-midi. Un responsable du ministère a affirmé à la LBCI que les fondations du pont ont été atteintes par les flammes et qu'elles nécessiteront des travaux. Il ajoute que l'équipe d'inspection a demandé à la municipalité de Jounieh de transporter les déchets ailleurs et d'interdire aux poids lourds l'accès au pont.
De son côté, la municipalité a rappelé qu'elle avait fourni tous les efforts nécessaires, depuis le début de la crise, « pour collecter les déchets régulièrement et garder la ville propre », déplorant que « des solutions innovantes, comme celle de transformer les déchets en énergie, aient échoué l'une après l'autre ».


(Lire aussi : Réunion nocturne au Grand Sérail pour passer en revue les contrats d'exportation)

 

Gaz toxiques et particules nocives
Coïncidence ou pas, le ministre de la Santé, Waël Bou Faour, a demandé hier au ministre de l'Intérieur, Nouhad Machnouk, d'envoyer une circulaire aux municipalités pour rappeler l'interdiction de toute incinération sauvage des déchets en plein air, faisant état de « nombreuses plaintes et de visites sur le terrain des inspecteurs du ministère, qui ont noté des dégâts importants et des risques sanitaires conséquents ». En réponse à cette demande, le ministre de l'Intérieur a effectivement envoyé une circulaire en soirée aux municipalités « interdisant catégoriquement de brûler les déchets afin de préserver la santé des citoyens ».

L'incinération sauvage des déchets, comme l'indique bien cette demande faite par le ministre de la Santé, est pratiquée un peu partout, un phénomène aisément constatable : le cas de l'incendie du pont de Maameltein en est une manifestation des plus dramatiques. Naji Kodeih, expert environnemental et militant écologique, rappelle les multiples dangers de cette pratique qu'il considère comme « la plus dangereuse de toutes ». « L'incinération sauvage ainsi pratiquée provoque une combustion incomplète de matières très diverses que contiennent nos sacs-poubelle, dit-il à L'Orient-Le Jour. Elle provoque des émanations d'une longue liste de gaz toxiques et de petites particules. »
Les gaz toxiques, qui viennent s'ajouter aux polluants habituels, sont extrêmement nocifs du fait qu'il suffit d'en inhaler une très petite quantité pour risquer de souffrir de problèmes de santé à court comme à long terme, tels que des cancers, des mutations génétiques ou des dérèglements hormonaux, souligne l'expert. « Je suis encore plus inquiet des émanations de petites particules, qui s'incrustent facilement, de par leur taille infime, dans les poumons, s'introduisant dans le sang pour affecter ensuite tous les organes du corps », poursuit-il.
Naji Kodeih s'interroge également sur le bien-fondé de stocker des déchets sous un pont, estimant que la solidité de celui-ci doit être inspectée après qu'il eut été soumis à de si fortes températures. Il s'insurge enfin contre « ceux qui nous gouvernent, des ignorants ou des fous, je ne sais plus comment les qualifier », faisant référence à l'incapacité du gouvernement à trouver une solution à la crise des déchets en cinq mois.

 

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