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Liban - Éclairage

Crise Iran-Arabie : des secousses ressenties à Beyrouth

Répercussions politiques, économiques ou encore sécuritaires : les tensions entre Téhéran et Riyad n'épargnent pas le Liban, comme c'est le cas pour toutes les autres crises régionales. Jusqu'où peuvent-elles aller ? Des analystes donnent leur avis.

La photo du cheikh Nimr, exécuté en Arabie saoudite, est brandie par un manifestant libanais au centre-ville de Beyrouth. Anwar Amro/AFP

Samedi dernier, les autorités saoudiennes ont annoncé l'exécution du cheikh Nimr Baqer el-Nimr, un dignitaire religieux saoudien de confession chiite, connu pour son opposition ouverte au régime de Riyad. Les relations avec l'Iran s'enveniment aussitôt, allant jusqu'à la rupture des relations diplomatiques. Les déclarations incendiaires ne se limitent pas à Téhéran : à Beyrouth, le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah hausse le ton contre le royaume wahhabite et la polémique s'enflamme aussitôt sur le plan interne. Quel impact aura cette nouvelle crise régionale sur le Liban, un pays déjà miné par une vacance présidentielle qui s'éternise et une paralysie quasi totale des institutions ?

L'analyste Moustapha Fahs est convaincu que le compromis présidentiel qui devait mettre fin à la vacance à la tête de l'État relève déjà du passé. « Au lieu d'élire un président, nous serons probablement plus occupés à protéger des têtes », dit-il, non sans humour. Pour l'analyste, l'impact politique de cette crise sera probablement grave et se traduira par une paralysie encore plus grande des institutions libanaises, notamment du Conseil des ministres. « Cela pourra atteindre un point tel que la redynamisation de ces institutions nécessitera une initiative historique, qui sera non moins qu'une constituante, je le crains, dit-il. Plus personne n'est satisfait de la part qui lui revient dans le système. »
Et d'ajouter : « La guerre – qui n'est même plus froide – entre l'Iran et l'Arabie saoudite ne se transformera pas, je crois, en une confrontation directe dont aucune des deux parties n'a vraiment les moyens. Mais à un niveau libanais interne, il y a une partie (le Hezbollah) qui se sentira probablement isolée. De leur côté, les pays du Golfe resteront-ils aussi soucieux de la situation libanaise s'ils sentent qu'ils sont les seuls à fournir cet effort ? Il n'y a plus que les pressions internationales qui peuvent imposer la stabilité interne au Liban, à supposer qu'elles puissent toujours agir sur le plan interne. »

Pour Sami Nader, directeur de l'Institut du Levant pour les affaires stratégiques, les tensions entre l'Iran et l'Arabie saoudite « ne peuvent qu'avoir des impacts négatifs sur le Liban ». « Dans la situation actuelle, aucun compromis ne peut être réalisé en l'absence d'une entente régionale entre ces deux pays, poursuit-il. C'est le cas, en gros, depuis 2005, en l'absence du rôle syrien, et dans un contexte où les forces politiques sont divisées en deux camps relevant des deux puissances régionales. »


(Lire aussi : Présidentielle : l’attaque de Nasrallah contre Riyad étouffe les espoirs d’un déblocage, l’éclairage de Philippe Abi-Akl)


Quid, dans ces conditions, de l'initiative qui devait déboucher sur l'élection de Sleiman Frangié à la tête de l'État, lancée par l'ancien Premier ministre Saad Hariri à la fin d'année dernière ? Sami Nader estime que l'initiative était sérieuse mais qu'elle n'est pas arrivée à son terme, les Iraniens n'ayant probablement pas obtenu les bénéfices qu'ils escomptent pour faciliter l'élection présidentielle. « L'Iran ne compte apparemment pas lâcher cette carte facilement, souligne Sami Nader. Ce pays a déjà perdu des cartes importantes en Syrie, avec la prépondérance du rôle de la Russie depuis le début de son intervention militaire, au Yémen, où il a perdu du terrain par rapport à l'Arabie, et en Irak, où la libération de Ramadi (qui était contrôlé par le groupe État islamique) s'est faite de toute évidence sans l'aide des factions proches de l'Iran. On ne peut imaginer, par conséquent, qu'il abandonne l'avantage qu'il a au Liban ! »
L'analyste craint que la crise régionale n'approfondisse les effets de la vacance présidentielle, ainsi que la paralysie des institutions. « Comment imaginer le courant du Futur assis à la même table que le Hezbollah en Conseil des ministres après cet échange d'insultes ? souligne Sami Nader. Le dialogue a minima qui était en cours entre ces deux forces politiques, et qui a réussi à éloigner jusque-là le spectre de la discorde confessionnelle, pourrait également payer le prix. De plus, tout trouble à caractère confessionnel est de nature à créer un terrain fertile pour le terrorisme, qui a déjà frappé à plusieurs reprises l'année dernière. Enfin, la paralysie de l'ensemble des institutions augmente naturellement la pression sur la dernière institution qui reste sur pied, l'armée. »

 

(Lire aussi : Nasrallah : Le sang du cheikh Nimr poursuivra les Saoud dans ce monde et dans l'au-delà)

 

La stabilité au Liban
« L'impact sur le Liban ? Il suffit d'écouter le discours du (secrétaire général du Hezbollah) Hassan Nasrallah et les réactions qu'il a suscitées pour comprendre ce que cet impact pourrait représenter. » C'est par ces mots qu'Élias Hanna, général à la retraite et conférencier à l'AUB et à la LAU, résume la situation. L'analyste pense que les répercussions seront beaucoup plus sévères sur les crises syrienne et yéménite qu'elles ne le seront au Liban.
« Dans ce pays, la stabilité est une exigence internationale, même de la part de l'Arabie saoudite et de l'Iran, estime-t-il. Personne n'a intérêt à ce que le Liban retombe dans l'instabilité, sachant que la scène sécuritaire est bien tenue. Mais comme la sécurité absolue n'existe pas, cela n'écarte pas totalement les risques d'incidents, que certains voudront analyser à la lumière des tensions entre Riyad et Téhéran, même s'ils n'en découlent pas forcément. Enfin, les risques d'un clash majeur entre forces politiques au Liban sont minimes : sur le terrain, qui peut faire face au Hezbollah aujourd'hui ? »
Il en va autrement sur le plan politique. « Je pense que tout ce qui est déjà bloqué au Liban le sera encore plus, souligne le général Hanna. Si une entente entre l'Arabie saoudite et l'Iran a permis, par exemple, la naissance du gouvernement de Tammam Salam, cela ne sera plus possible dorénavant. »

(Lire aussi : De l’exécution de Nimr en Arabie saoudite... à la paralysie présidentielle au Liban)


D'un point de vue économique, Sami Nader estime que les conséquences pourraient également être lourdes. « D'une part, le sort de l'aide saoudienne à l'armée libanaise est compromis dans ce contexte, dit-il. L'Arabie saoudite exige en effet des garanties sur l'utilisation de ces armes sous l'égide du gouvernement. D'autre part, les milliers de Libanais vivant et travaillant dans les pays du Golfe pourraient être affectés par les tensions et par l'effet des déclarations faites au Liban, notamment les chiites, qui deviennent les plus vulnérables. Or le Liban vit en bonne partie des rentrées assurées par les émigrés, dont la situation est déjà fragilisée par la crise économique qui sévit dans le monde. Enfin, les pressions économiques sur le Liban, plus particulièrement sur le Hezbollah, du fait de l'implication dans cette crise régionale, peuvent avoir un impact négatif sur le pays et sur les chiites libanais de par le monde. »

 

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commentaires (9)

problème de clavier ... je continue ... A ma connaissance l'Arabie Saoudite n'a pas créer une milice mercenaire au Liban et l'envoyer combattre dans un autre pays arabe Les libanais sont dans une situation de crise désintégrante Tous les pays s'intéressent à la Syrie pour trouver une paix impossible à construire (il fallait faire le nécessaire en 2011) l'état ou se trouve ce pays : détruit totalement au lieu de sauver le Liban de sa désintégration Les chrétiens du MO sont en danger et personne ne fait rien on se gargarise des relations plus houleuses de l'Iran et de l'Arabie Saoudite, la politique des 3 singes, tout simplement

FAKHOURI

15 h 35, le 05 janvier 2016

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Commentaires (9)

  • problème de clavier ... je continue ... A ma connaissance l'Arabie Saoudite n'a pas créer une milice mercenaire au Liban et l'envoyer combattre dans un autre pays arabe Les libanais sont dans une situation de crise désintégrante Tous les pays s'intéressent à la Syrie pour trouver une paix impossible à construire (il fallait faire le nécessaire en 2011) l'état ou se trouve ce pays : détruit totalement au lieu de sauver le Liban de sa désintégration Les chrétiens du MO sont en danger et personne ne fait rien on se gargarise des relations plus houleuses de l'Iran et de l'Arabie Saoudite, la politique des 3 singes, tout simplement

    FAKHOURI

    15 h 35, le 05 janvier 2016

  • On en a marre de l'IRAN et de ses conquetes imperialistes et religieuses infondées On a en marre e L'IRAN fauteur de guerre dans le monde arabe A ma connaissance, l'Arabie Saoudite, avec tous ses défauts n'a jamais tenté de gréer des guerres mais seulement de défendre les sunnites contre des attaques mortelles systematiques A ma connaissance, l'Arabie Saoudite n'a p

    FAKHOURI

    15 h 28, le 05 janvier 2016

  • DORMEZ DORMEZ PROFONDEMENT LES LIBANAIS. LAISSEZ LES MERCENAIRES IRANO/SAOUDIEN DIRIGER LE PAYS. DORMEZ DORMEZ ET CHOISISSEZ ET ACCROCHEZ LA PHOTO DE HASSAN NASRALLAH CHEZ VOUS AVEC SA MÈCHE DE CHEVEUX TOUJOURS SOIGNÉE OU LA PHOTO DE SAAD HARIRI MAIS AVEC SES VÊTEMENTS SAOUDIENS D'ORIGINE ET SA BARBE SAOUDIENNE BIEN SOIGNÉE. ILS VONT SAUVER LE PAYS CES DEUX LÀ. ILS TRAVAILLENT DUR POUR VOUS LES LIBANAIS. DORMEZ DORMEZ .

    Gebran Eid

    14 h 20, le 05 janvier 2016

  • LIBANAIS... SURTOUT VOUS CHRETIENS LIBANAIS... REVEILLEZ-VOUS AVANT QU,IL EN SOIT TROP TARD... CAR ABANDONNER SA PATRIE AUX AUTRES EST LA TRAITRISE ULTIME MEME... ET LES CHEMINS DE L,EMIGRATION SONT NON SEULEMENT DURS MAIS INDIGNES DE TOUT PEUPLE QUI PORTE FIEREMENT CE NOM ! LES ENVAHISSEURS NE PASSERONT PAS SOUS QUELLE FORME OU QUEL NOM QU,ILS SE CACHENT...

    CENSURE + CARENCE + BOURDES = FUITE DES ABONNES.

    12 h 02, le 05 janvier 2016

  • HYPER FAUX TITRE... DES SECOUSSES FABRIQUEES A BEYROUTH...

    CENSURE + CARENCE + BOURDES = FUITE DES ABONNES.

    11 h 27, le 05 janvier 2016

  • De l'avis général l'exécution/assassinat du cheikh chiite non enfant de saoud est un acte de faiblesse des enfants de saoud . Les enfants saouds se voient militairement , diplomatiquement et politiquement encerclés par les forces vives des pays en rébellion contre le diktat des coalitions us/enfant de saoud /sioniste , au Yemen , en Irak , en Syrie et au Liban , ces coalitions appelées à maintes reprises ne sont en fait que des coquilles vides , et les us qui restent des fournisseurs d'arme à cette clique d'enfants de saoud ne s'impliquent plus comme ils le faisaient auparavant , les laissant donc se dépatouiller directement en essayant de faire appel au plus large consensus sunnite , ce qui ne prend pas , comme on l'a vu pour le Yémen .La réunion du Caire dimanche est dores et déjà vouée à l'échec , dites moi seulement une seule de ces réunions qui ait réussi à produire un résultat positif de puis 1948 ?? La série de mesures de rupture des enfants de saoud fera effet boomerang si l'Iran NPR venait à empêcher les compagnies qatar , etihad, emirates le survol de son territoire ! Quand on vous dit que les enfants de saoud sont appelés à disparaître , ce n'est pas qu'une vue de l'esprit , je pense même pouvoir voir ça de mon vivant si Dieu le veut ! Le monde arabe en a marre des incompétents incapables à la solde d'un occicon mendiant et profiteur .

    FRIK-A-FRAK

    10 h 56, le 05 janvier 2016

  • c'est maintenant , dans l'immédiat , et pas après demain que le Hezbollah et le Futur doivent prouver qu'ils ne sont pas , en tous les cas plus , les marionnettes de l'Iran et des Saoud ! c'est tout de suite qu'il leur faut décider que le LIBAN existe . qu'à défaut d'une NATION il est possible et vital de construire durablement un ETAT LIBANAIS ! si cela n'est pas réalisé alors l'HISTOIRE les maudira et DIEU les rejettera de son sein ! à vous de jouer !

    Hamed Adel

    09 h 24, le 05 janvier 2016

  • "Crise Iran-Arabie" : les laquais des deux pays sont pris d'une agitation telle qu'ils en ont le vertige.

    Halim Abou Chacra

    06 h 38, le 05 janvier 2016

  • Les Libanais(h) ont lu maintes banalyes forts basiques rédigés "autrefois" pour tenter de voir 1 peu plus clair, s’il y en a, dans leurs "idées libanistes". De quoi certes posséder déjà 1 notion pas trop vague de leurs inconsciences, de leurs inconsistances, de leur infernale régression, de leurs "circoncisions et/ou excisions" et toutes ces sortes de choses. Mais pas assez pour qu’ils osent, et sans complexe aucun, se lancer dans des échauffourées avec eux-mêmes même ! Tout au plus se permettront-ils de rappeler que ce n’est pas d’hier que leurs propres "idées" ont été contestées, déniées et littéralement éructées. Ce qui n’est pas nécessairement mauvais signe. Quoi qu’il en soit, les Sains réquisitoires à leur encontre les ont ainsi incité à relire les "manuscrits de leur Monde Merveilleux Imaginaire, ce qu’ils font de temps à autre mahééék, ne serait-ce que lorsque leur rituelle conjoncture indigène comprend trop de Malsanité qui suinte. Trop de frénétiques, idiots utiles, religieux et libidineux ou de ceux même qui les condamnent à déguerpir alors qu’ils aimeraient tant avoir envie de déguerpir ! Leur seul destin, semble être de savoir dans quelle mesure ils réussiront à se rendre maître de cette perturbation apportée à ce patelin par leurs pulsions d’auto-anéantissement. Ils sont allés si loin, qu’il leur est facile de s’exterminer à nouveau les uns les autres à présent. Ils le savent, de là une bonne part de leur inquiétude et de leur angoisse. Ô miserere !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    05 h 22, le 05 janvier 2016

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