Les proches pleurent près du cercueil d'un combattant du Hezbollah lors de ses funérailles dans un cimetière provisoire à Saïda, dans le sud du Liban, le 11 juin 2026. Photo Anwar Amro / AFP
Hassan Fadlallah, député du Hezbollah, a estimé vendredi qu’un éventuel accord irano-américain « aura des répercussions directes sur le Liban, que les autorités libanaises l’acceptent ou non ». Il a accusé certains responsables d'être « exploités » par Washington pour servir les intérêts américains, qui sont selon lui distincts de ceux du pays du Cèdre. Il a dans ce cadre assuré que l’Iran ne cherchait pas à se substituer à l’État libanais, répondant ainsi aux propos du président Joseph Aoun, qui avait déclaré il y a deux jours à l’adresse de Téhéran qu’il y avait une grande différence entre l’aide et l’ingérence.
Hassan Fadlallah s’exprimait au cours d’une cérémonie organisée par le Hezbollah à Jnah, dans le sud de Beyrouth, pour honorer un de ses responsables tué par un bombardement israélien, selon un communiqué. L’élu a ajouté que le Hezbollah avait « totalement confiance dans la République islamique d’Iran, qu’il a vue à l’œuvre dans la confrontation de l’agression israélienne », ajoutant que les dirigeants iraniens ont insisté « pour inclure le dossier libanais dans tout accord ». « Cela ne signifie pas que l’Iran cherche à se substituer à l’État libanais, mais plutôt qu’il l’invite à tirer profit de cet accord, tout en le laissant poursuivre ses propres missions », a-t-il ajouté.
Hassan Fadlallah a souligné que la priorité du Liban reste la confrontation avec Israël, qui continue d’occuper et de bombarder le Sud dans une guerre qui a fait plus de 3 600 morts depuis le 2 mars et des milliards de dollars de destructions. Cette confrontation, a-t-il ajouté, « n’exclut pas des solutions politiques via des négociations indirectes », qui s’inscrivent dans la prolongation de celles entre Téhéran et Washington au Pakistan, qu’il a présentées comme un « vecteur de soutien pour le Liban ».
Le Hezbollah et son allié chiite, le mouvement Amal du président du Parlement Nabih Berry, ont tous deux rejeté les négociations directes entreprises sous l’égide de Washington entre Israël et le Liban dans un processus enclenché en avril, qui a débouché sur des trêves qui n’ont été respectées ni par l’armée israélienne ni par le Hezbollah.
S’il n’écarte pas l’option politique, Hassan Fadlallah a cependant estimé qu’il n’existait aujourd’hui « aucune option face à la guerre existentielle visant le Liban, notamment le Sud, si ce n’est la résistance, la fermeté et les sacrifices ». Et d'ajouter que les options politiques proposées équivalent à une « capitulation totale », reprenant ainsi les termes employés dernièrement par le secrétaire général du parti, Naïm Kassem.
Hassan Fadlallah a affirmé que le Hezbollah « ne fait pas confiance à une classe politique qui multiplie les concessions », ajoutant qu’aucune option politique réaliste n’a été proposée, avant de renouveler son rejet des propositions de cessez-le-feu, estimant qu’elles « comportent des conditions pires que la guerre elle-même, comme le retrait du Hezbollah au nord du Litani et l’octroi à Israël du droit de frapper Beyrouth en cas d’attaque du nord occupé ».
Dans une déclaration relayée par l’Agence nationale d’information, le mufti jaafarite proche du Hezbollah Ahmad Kabalan a lui aussi apostrophé le chef de l’État, affirmant qu’Israël, « qui a fondé son entité et ses projets d’expansion sur le terrorisme et les massacres, n’est pas digne de confiance pour une paix illusoire ».
Dans un communiqué publié à l’issue de sa réunion périodique plus tard dans la journée, le bloc parlementaire du Hezbollah est allé dans le même sens, estimant que le coût de la résistance à Israël est « inférieur à celui de la capitulation ». Le texte a rejeté la récente session de négociations directes entre le Liban et l'État hébreu, et « rejetant totalement ses résultats injustes qui imposent des engagements unilatéraux au Liban ».
« La résistance se tient aux aguets face à l’ennemi, défend sa terre et son peuple, et a réussi à infliger de lourdes pertes aux sionistes en hommes, officiers et équipements, tout en plaçant leur armée dans une véritable impasse dont elle tente sans succès de sortir, a ajouté le bloc. Par sa fermeté et sa constance, la résistance confirme qu’elle est une option réaliste et prometteuse, dont le coût reste bien inférieur à celui de la capitulation ».
Le bloc a ajouté que les négociations directes sont « contraires aux accords de Taëf », signés en 1989 pour mettre fin à la guerre civile. Il a aussi salué hautement la position de la République islamique d'Iran et sa riposte de missiles à la frappe de « l’ennemi sioniste » contre la banlieue sud de Beyrouth.


