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Le Liban en 2015

« Les PME paient le prix le plus élevé de la crise économique »

Economie

Le président du Rassemblement des dirigeants et chefs d'entreprise libanais (RDCL), Fouad Zmokhol, revient sur l'impact de la crise économique sur les entreprises et les moyens de les aider à la surmonter.

05/01/2016

Quel bilan général pouvez-vous établir de l'année 2015 au niveau des entreprises libanaises ?
C'est la première fois que le Liban est confronté à une crise économique et sociale qui dure aussi longtemps : cela fait maintenant cinq ans de suite que nous connaissons une très faible croissance. L'année 2015 a été l'une des plus difficiles au niveau économique, avec notamment une perte de confiance générale dans l'économie et des investissements directs étrangers qui ont chuté de 4,85 milliards de dollars à 2,5 milliards en cinq ans. Ce sont les petites et moyennes entreprises (PME) – qui représentent 85 % des entreprises locales – qui en paient le prix le plus fort. Leurs coûts de fonctionnement sont en hausse, leur chiffre d'affaires et marges bénéficiaires en baisse, et elles sont surendettées : l'endettement privé a atteint 55 milliards de dollars, soit 110 % du PIB. Il sera donc difficile pour les PME d'effectuer plus d'emprunts l'année prochaine et, si les mêmes problèmes persistent, je ne vois pas d'amélioration se profiler à l'horizon 2016.

Quels sont les secteurs qui résistent le mieux à la crise et comment encourager les investissements productifs dans l'économie ?
Outre l'agroalimentaire, le secteur qui s'est le mieux maintenu est surtout celui de « l'économie de la connaissance » et des nouvelles technologies. Je pense que nous devons nous baser sur ce type d'activités afin que le Liban devienne un laboratoire d'idées que les entreprises peuvent ensuite exporter en sus de leur savoir-faire. Ceux qui ont réussi dans la mode ou la publicité par exemple ont réussi en suivant ce modèle d'économie de niche, de différenciation, de créativité.

Pour encourager les investissements des entreprises, je prône l'adoption de subventions publiques aux prêts destinés à financer les besoins en fonds de roulement des entreprises afin de leur permettre de réduire leur dette et de les aider à se développer malgré tout. D'autre part, il faudrait que le Liban se montre davantage attractif par rapport aux autres pays de la région et offre des avantages fiscaux aux sociétés étrangères qui y investissent et créent des emplois. L'État devrait en outre servir d'appui à ses PME en leur offrant par exemple de meilleures infrastructures afin de réduire le phénomène actuel de « double facturation » de certains services. Cela leur permettra d'être plus compétitives, plus visibles sur les radars internationaux et de mieux s'exporter. Bien sûr, cela ne peut pas se faire sans stabilité politique, la paralysie créant des délais importants pour les entreprises, en plus de la corruption galopante.


Vous avez effectué plusieurs voyages de diplomatie économique cette année. Quels sont les marchés qui vous semblent les plus intéressants pour les entreprises libanaises ?
D'abord, il faut rebâtir nos liens avec les pays arabes qui ont réduit leurs échanges et leurs investissements à cause de nos problèmes politiques et sécuritaires internes. Cette année, je me suis rendu, à la tête de délégations économiques, en Arabie saoudite, au Koweït, en Jordanie, en Égypte et aux Émirats arabes unis. Nous avons également mené dernièrement des missions économiques intéressantes dans plusieurs pays d'Afrique, car les entreprises libanaises représentent plus de 30 % du PIB de ce continent.

Autre région importante : l'Amérique latine. Le Liban a signé et passé les premières étapes d'un protocole d'accord qui lui permettra d'être admis prochainement dans le marché commun du Mercosur. Cela nous ouvrira de grandes portes, car le Mercosur représente un marché de 280 millions d'habitants à forte croissance. Nous travaillons également avec le Mexique et les membres de l'alliance du Pacifique sur une coordination et un partenariat productif et constructif.

Mais le pays qui a vraiment la cote aujourd'hui, c'est l'Iran, grâce à la levée attendue des sanctions internationales. Nous venons d'ailleurs d'effectuer un voyage de prospection économique très prometteur dans ce pays. D'un côté, les Iraniens peuvent profiter du savoir-faire de nos PME afin de nouer des partenariats et aller à la conquête des marchés internationaux. De l'autre, nous voulons faire notre entrée sur ce marché de 80 millions d'habitants, à fort potentiel de croissance, et ce dans tous les secteurs, en partenariat avec des entreprises iraniennes.

 

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