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Exposition

Trois « Exotic Girls » libanaises chamboulent Paris

Danielle Arbid, Lamia Ziadé et Mannal Issa s'emparent de la galerie Cinema dans la capitale française pour une expo vitaminée et subversive...

Depuis 2013, Anne-Dominique Toussaint, productrice des films de Nadine Labaki et de Riad Sattouf, invite le 7e art dans sa galerie, un espace dédié à l'influence du cinéma sur la création contemporaine. « Exotic Girls » est la nouvelle exposition qui met à l'honneur la réalisatrice Danielle Arbid.

Étiquetée « provocatrice » au Liban, son rapport au pays natal est pour le moins conflictuel. Et pourtant, elle explique dans une interview : «Au-delà de la provocation pure, c'est la désobéissance qui m'intéresse. » Ainsi, après plusieurs films traitant directement de la guerre et du Liban, elle se détourne de cette lourde charge historique et politique pour envisager des scénarios plus légers, qui lui autorisent la transgression. Entre deux longs-métrages de fiction, elle nourrit son travail d'expérimentations à travers des courts-métrages et des photographies. Elle y emprunte au matériel intime de la famille, des amis, de sa vie à Paris. Sa nouvelle fiction, Peur de rien, qui sortira en France début 2016, flirte avec l'autobiographie. Comme elle, son héroïne arrive en France dans les années 90.

L'exposition présentée à la galerie Cinema est une bande-annonce en images fixes de son film. L'ensemble dessine sur les murs une mosaïque d'instants de vie. « Je dispose les images dans l'espace pour créer une émotion conjuguée de plusieurs photos » raconte Danielle Arbid. Organisées par groupes, les photographies dialoguent par rythme, couleurs, lumière, mouvements. Ce sont des «sensations» prises sur le vif, le spectateur les imagine cinématographiques, s'invente des fictions. Des verres à la main, des amis qui grimacent, des néons rouges, une main glissée dans des cheveux une cigarette entre les doigts... Et puis Paris esquissé sensuellement, les immeubles haussmanniens se fondent avec les lumières des boulevards dans un même lavis qui bave sur le rose de la nuit tombée.

Ce parcours organique célèbre l'effervescence des rencontres et des nuits parisiennes. « À chaque chose qui vous arrive, à chaque personne que vous rencontrez qui a de l'importance à vos yeux, ou bien vous mourrez un peu, ou bien vous renaissez » est écrit sur un livre photographié par l'artiste, mots de Captain John dans Le Fleuve de Jean Renoir. Empreintes d'une expérience de vie, les images de la réalisatrice, en mouvement ou fixes, sont captées « dans une approche très charnelle », elles disent « merci à Paris ».

Insolence et poésie
L'égérie de son kaléidoscope coloré est la jeune Mannal Issa, qui apparaît dans ses photos rayonnante, d'une fraîcheur suave. Elle est également l'héroïne de son film Peur de rien. Et son succès ne fait que commencer puisqu'elle joue pour le prochain film de Bertrand Bonello, Paris est une fête.
Une installation vidéo de Danielle Arbid, dans l'alcôve rouge velours de la salle de projection de la galerie, met en scène l'actrice, qui se balance sous les lumières colorées d'une boîte de nuit. La vitesse de ses mouvements est ralentie manuellement au montage, assouplissant la grâce du geste sur le rythme envoûtant de la musique.

Sur un des murs de la galerie, Danielle Arbid a invité son amie Lamia Ziadé à rentrer en écho avec son travail. Elle aussi a quitté le Liban à 18 ans, pour étudier le graphisme en France. Leurs parcours similaires se prolongent dans la manière qu'elles ont d'appréhender Paris. Lamia Ziadé est l'auteure du roman graphique Bye bye Babylone paru en 2010, saisissante immersion dans son enfance à Beyrouth durant la guerre. Elle signe aujourd'hui un nouvel ouvrage, Ô nuit, ô mes yeux, une ode aux chanteuses orientales que sont Oum Kalsoum, Sabah, Asmahan, Fayrouz, un voyage nostalgique dans l'âge d'or de la culture arabe.

À la galerie Cinema, une série de ses créations aux couleurs flamboyantes narre la panoplie d'une féminité émancipée, où les flacons de parfum et les bouteilles d'alcool se marient dans un même charme raffiné, et les tubes de rouge à lèvres côtoient naturellement l'élégance des cigarettes. Lamia Ziadé dessine un vagin multicolore, joyeuse représentation faite de bouts de fourrure, de tissu et de rubans; matériaux avec lesquels elle fabrique parallèlement une clope géante à paillettes, totem phallique ? Entre les couleurs et l'espace naïf de Matisse, les matériaux de récupération de l'art pop et le kitch d'Almodovar, Lamia Ziadé construit un univers insolent et poétique.

À l'image des histoires qu'elles racontent, dessinent, filment et jouent, ces trois femmes pétillantes rayonnent d'une énergie commune: elles sont libres, jeunes et indisciplinées.

L'exposition « Exotic Girls » se poursuit jusqu'au 20 janvier 2016 à la galerie Cinema, 26 rue St-Claude à Paris.
Avec le soutien de l'Office du tourisme du Liban.

 

Pour mémoire
« Si l'âge d'or a existé un jour, il pourra peut-être revenir »...


Depuis 2013, Anne-Dominique Toussaint, productrice des films de Nadine Labaki et de Riad Sattouf, invite le 7e art dans sa galerie, un espace dédié à l'influence du cinéma sur la création contemporaine. « Exotic Girls » est la nouvelle exposition qui met à l'honneur la réalisatrice Danielle Arbid.Étiquetée « provocatrice » au Liban, son rapport au pays natal est pour le moins...

commentaires (1)

En rapport avec les louanges je suis allé visiter l'expo mais quelle déception!

Beauchard Jacques

18 h 37, le 17 décembre 2015

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Commentaires (1)

  • En rapport avec les louanges je suis allé visiter l'expo mais quelle déception!

    Beauchard Jacques

    18 h 37, le 17 décembre 2015