Cinéma

« La Ville méditerranéenne au cinéma »

Parution

Beyrouth, Marseille, Venise, Athènes, Jérusalem... Qu'ont ces villes de commun sinon qu'elles font partie de la Mare Nostrum ? Une Méditerranée sous l'objectif des cinéastes et actuellement expliquée dans un ouvrage réalisé sous la direction d'Alain Brenas et Toufic el Khoury, édité chez Orizons dans la collection Cinématographies.

10/12/2015

« Même si les villes de la Méditerranée n'ont pas été oubliées dans les exégèses critiques et académiques qui explorent la question de l'espace urbain, d'autres villes comme Paris, New York ou Londres ont toujours suscité plus d'intérêt pour les cinéphiles. Comment ces différentes cinématographies de la Méditerranée représentent-elles ces espaces et les cultures qu'elles portent ? Comment les cinéastes intègrent-ils l'architecture, la géographie ou le climat méditerranéen dans leur approche visuelle ? La géographie de la Méditerranée, grande mer presque fermée, définit-elle les fictions et les images qui s'y développent et leur unité ? » s'interroge Toufic el-Khoury dans l'introduction à l'ouvrage.
À partir de cette « Ville » (au singulier) et aidé par plusieurs intervenants, Alain Brenas (photographe et fondateur depuis 1988 de l'école de cinéma et de réalisation audiovisuelle de l'Alba) et Toufic el-Khoury (chargé de cours et coordinateur à l'école de cinéma de l'Alba) tentent de répondre dans cet ouvrage intitulé La Ville méditerranéenne au cinéma et remettre cette cité à l'honneur.

1. Ce livre est-il la pointe de l'iceberg et prélude-t-il à un projet plus grand ?
Alain Brenas. Cet ouvrage intervient dans un cadre d'études plus large. L'école de cinéma et de réalisation audiovisuelle de l'Alba met en place un projet d'études et d'échanges entre plusieurs écoles de cinéma de pays méditerranéens : la France, le Maroc, la Tunisie, et très probablement l'Italie.
À travers ces différents échanges et diplômes universitaires communs, une collaboration fructueuse peut se mettre en place et initier, nous l'espérons, un courant fédérateur des cinémas de la Méditerranée, et non pas « d'un » cinéma de la Méditerranée. Mais avant de nous lancer dans ces grands projets communs, une réflexion préalable sur les cinémas de la Méditerranée s'imposait. Cet ouvrage en est le fruit. L'Alba, à travers toutes ses écoles, est d'accompagner toute pratique artistique d'un travail de réflexion avancé.

2. Comment est né ce projet ? Parlez-nous de la démarche que vous avez suivie ?
C'est parti d'une rencontre avec Guy Chapouillié, fondateur de l'école supérieure d'audiovisuel à l'Université Toulouse II – Jean Jaurès, et intervenant régulier à l'école de cinéma de l'Alba. L'idée d'une étude collective sur les cinémas de la Méditerranée nous a semblé être une piste de recherche intéressante et le thème de la « ville méditerranéenne » est apparu comme le point de départ le plus prometteur. Les contacts se sont mis en place tout seuls. Il n'y avait qu'une consigne : parler d'une ville méditerranéenne et de ses représentations au cinéma. Ils étaient libres de choisir les cinéastes, les films, les périodes.
L'enthousiasme des premiers universitaires contactés nous a rassurés. À partir d'un début prometteur et enthousiaste s'est établi un travail de coordination entre les contributeurs issus d'une dizaine de pays différents. Le projet a été lancé en septembre 2013, et l'ouvrage publié en novembre 2015. Une table ronde a été organisée au Salon du livre le 31 octobre 2015, avec quatre contributeurs invités pour l'occasion.

3. Qu'est-ce donc la ville méditerranéenne pour vous ? Une ville est-elle un acteur en soi ?
La ville est acteur. Tout lieu géographique a un caractère propre, lequel influence à son tour ses habitants dans leur histoire et leur quotidien. Les villes de la Méditerranée, très souvent les capitales de leurs pays respectifs, sont aussi des villes portuaires, ouvertes vers le large, donc vers l'échange et l'aventure. Des récits épiques de l'antiquité, aux comédies sociales plus contemporaines, la cité est présente, elles sont devenues les auteurs de leur épopée. Le Beyrouthin, le Marseillais, le Napolitain, etc... sont eux et sont leur ville, ils en sont les acteurs.

4. Le cinéma, selon vous, peut-il réunir, sous le thème de la ville, différentes aspirations, rêves et craintes?
À défaut d'un avenir économique et politique commun, le culturel peut être un lien plus naturel et évident. Le cinéma est à l'évidence un des vecteurs les plus porteurs de par ses possibilités de diffusion et de contact avec « des » publics. Et la ville, particulièrement son architecture, sa lumière, arène sociale par excellence, est l'actrice de cet opéra géographique. Toute notre intention était justement de rappeler, à travers la réflexion, la dimension épique de cet espace.

5. N'est-ce pas trop schématiser en créant une ville quasi utopique qui serait la Méditerranée ? Celle-ci serait-elle en continuité de la Méditerranée d'antan ?
Nous nous étions posé cette question bien sûr : comment parler de la Méditerranée, même à travers la ville, sans tomber dans les lieux communs ? Mais c'est un espace qui défie la connaissance malgré les évidences, et qui ne cesse de suggérer l'hétérogénéité des cultures, des peuples et des nations qui le composent, bien qu'ils aient été, depuis des millénaires, en continuelle interaction.
Parler d'un espace méditerranéen, cela suppose surtout un constant échange entre les différents espaces qui le composent, et même pour les fervents Méditerranée-sceptiques, il est difficile de nier que cet échange a été continu depuis trois millénaires.
Appréhender la manière dont le septième art représente cet espace et ses différentes cultures était un défi. Il fallait également identifier les aspects retenus des villes méditerranéennes, à travers les périodes, les cinématographies nationales, les courants artistiques et les œuvres individuelles ; et ce qui, dans la géographie, l'architecture, le climat, le parler et les coutumes, pourrait renvoyer à la notion, plus complexe qu'elle n'en a l'air, de « méditerranéité ».

 

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